En finir avec un mythe

Merci à Statistique Canada de remettre les pendules à l'heure; de démontrer que les hausses du salaire minimum décrétées ces dernières années n'ont rien eu d'extraordinaire, contrairement à ce que prétend un certain refrain trop souvent seriné.
Dévoilée la semaine dernière, l'étude intitulée Les hauts et les bas du salaire minimum de 1975 à 2013 révèle ce que bien des gens pressentaient sans nécessairement l'avoir analysé : les hausses des dernières années du salaire minimum au Canada relèvent d'un simple rattrapage.
Il n'y a pas eu d'augmentation à proprement parler. On a simplement rattrapé le terrain perdu. Rien d'autre!
Que nous dit l'agence fédérale précisément? D'abord, que le salaire minimum moyen au Canada était de 10,14 $ l'heure l'an dernier. Mais, surtout, que le salaire minimum en 1975, si on l'exprime en dollars de 2013 (en dollars constants), était presque identique à celui de l'an dernier! Il s'établissait à 10,13 $.
Voilà une étude constructive. Elle permet de voir la forêt plutôt que l'arbre.
Depuis le 1er mai dernier, le salaire minimum général au Québec est fixé à 10,35 $, soit une augmentation de 20 ¢ par rapport à l'an dernier.
Au total, quelque 350 000 travailleurs et employés québécois sont directement concernés par le salaire minimum que décrète le gouvernement du Québec au début de chaque année - lorsqu'il le fait. Plus de femmes que d'hommes sont directement concernées.
La «révision annuelle du salaire minimum fait partie des moyens que le gouvernement privilégie pour lutter contre la pauvreté et valoriser le travail», se targue régulièrement le gouvernement du Québec.
C'est vrai, mais c'est une vérité tronquée, puisque les révisions des dernières années ont à peine maintenu la tête hors de l'eau des plus bas salariés, peut-on constater aujourd'hui.
S'il y avait eu une véritable évolution du salaire minimum, celui-ci atteindrait 11,20 $ l'heure au Québec, l'équivalent du «seuil de faible revenu» calculé par Statistique Canada. Voilà l'objectif à viser graduellement.
Ce que les gouvernements devraient à tout le moins retenir de ce document est de ne jamais, jamais geler le salaire de base. Une telle décision repousse les plus bas salariés de la société dans des abîmes de difficultés. Elle est inique et injuste. Et plus le gel se prolonge, plus le rattrapage prend des années à s'accomplir.
Entre 1975 et 1986, le salaire minimum réel a chuté au Canada. Il a dégringolé de 10,13 $ à 7,53 $. Même période de disette de 1996 à 2003. Voilà pourquoi il a fallu attendre jusqu'à l'an dernier pour rattraper le niveau de 1975.
Aujourd'hui, les gouvernements ont compris qu'ils devaient accroître le salaire général de base au moins au niveau de l'inflation, ne serait-ce que pour assurer leurs arrières politiques. L'ex-premier ministre Lucien Bouchard doit s'en souvenir. Son gouvernement avait ordonné un gel à la fin des années 90, une décision qui avait fini par provoquer un tollé dans plusieurs milieux.
M. Bouchard avait fini par céder, par le dégeler, à la suite de la Marche mondiale des femmes, dont la porte-étendard était Françoise David, aujourd'hui cochef de Québec solidaire.
La grande majorité des salariés payés au salaire minimum travaillent dans le secteur des services : dans l'hôtellerie, le commerce de détail et la restauration. Ce sont des entreprises souvent fragiles, mais leurs vraies difficultés ne proviennent pas du salaire minimum.
Le sort des plus bas salariés ne recule pas, mais il ne s'améliore pas non plus avec l'indice d'inflation. Atteindre le «seuil de faible revenu» est un objectif valant la peine d'être poursuivi. Y tendre graduellement, sur des années, permettrait de rajuster le tir s'il le fallait.