Du cannabis à l'hôpital

Comme dans le cas de l'aide médicale à mourir, politiciens et médecins pourraient bien être forcés par des malades de mener plus vite qu'ils ne le souhaiteraient un débat sur un autre sujet délicat : la consommation de cannabis dans les établissements de santé.
Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) a été confronté à cette nouvelle réalité en début d'année lorsqu'un patient atteint d'un cancer incurable, Charles Bury, a demandé de consommer de la marijuana dans sa chambre d'hôpital étant donné que son état de santé ne lui permettait pas de sortir à l'extérieur.
Son médecin en soins palliatifs a répondu positivement à sa requête et prescrit la drogue. Lorsque le patient Bury a été transféré dans une maison de soins de fin de vie, il a pu continuer d'inhaler des vapeurs de marijuana.
Charles Bury est décédé en février, mais la réflexion se poursuit. Le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CHUS s'est prononcé le mois dernier en faveur de la consommation de cannabis à des fins médicales lors de circonstances exceptionnelles et à certaines conditions. C'est le premier centre à prendre position. Une politique d'encadrement doit également être déposée cet automne pour que l'utilisation soit sécuritaire pour les malades et les employés de l'établissement.
Le CHUS n'est pas seul sur la première ligne. Au printemps, le Collège des médecins du Québec a aussi été le premier collège médical au pays à prendre position et à émettre des directives pour s'ajuster au règlement fédéral entré en vigueur le 1er avril et exigeant dorénavant une ordonnance d'un médecin pour avoir accès au cannabis séché à des fins médicales.
Une réglementation qui indispose les médecins qui voient leur rôle accru, car auparavant, c'est Santé Canada qui autorisait la possession et la consommation du cannabis à des fins médicales. Les professionnels de la santé se sentent pris au piège.
Le secrétaire du Collège des médecins du Québec, Yves Robert, a bien décrit la situation : le gouvernement ne veut pas légaliser le cannabis parce qu'il ne veut pas déplaire à sa base électorale, et de l'autre, il ne veut pas l'étudier comme n'importe quel médicament parce qu'il ne veut pas le légitimer.
Et le médecin qui se retrouve devant un patient qui lui réclame du cannabis à des fins thérapeutiques, il fait quoi? Le cannabis n'est pas un traitement reconnu par la profession médicale, ce n'est pas un médicament homologué. Le Collège conseille donc à ses membres de recourir d'abord à des comprimés, des «cannabinoïdes». Malgré tout, le Collège est prêt à rendre le produit séché accessible à certains patients. Il tient toutefois à ce que des réponses soient fournies sur les dosages, sur l'innocuité des différents produits.
D'où la participation du médecin à un protocole de recherche qui sera exigée pour pouvoir prescrire le cannabis séché. Selon le Code de déontologie des médecins, l'usage d'un traitement non reconnu ne peut être fait que dans un cadre de recherche médicale. Le protocole de recherche du Collège n'est toutefois pas encore finalisé.
Petit à petit, des étapes sont franchies pour répondre aux demandes des malades. Les médecins sont obligés de faire de la gymnastique avec leur cadre légal et médical alors que les choses pourraient être tellement plus simples si Ottawa acceptait de légaliser la marijuana.
Le Collège des médecins a d'ailleurs proposé cette option au gouvernement conservateur, jugeant que la légalisation serait un moindre mal car elle permettrait un contrôle de la qualité et faciliterait l'éducation des consommateurs.
Il aurait été fort étonnant que Stephen Harper et ses troupes acquiescent à cette proposition et l'analysent sérieusement. Les conservateurs démonisent le chef libéral Justin Trudeau depuis qu'il s'est prononcé en faveur de la légalisation du cannabis. Ils ne vont pas s'en priver. Ils sont «accros».