Les rares établissements qui ont testé ces dernières années la relâche automnale disent avoir tenté de limiter ainsi le nombre de semaines où les élèves s'absentent pour partir en voyage avec leurs parents. La réussite éducative n'est pas toujours le premier objectif.

Deux relâches c'est mieux?

ÉDITORIAL / Deux semaines de relâche plutôt qu'une pour les élèves des écoles primaires et secondaires? Des vacances estivales écourtées? Modifier le calendrier scolaire n'est pas une mince tâche, car les impacts vont bien au-delà de l'école. Pour plusieurs parents, un congé équivaut à un problème. Si des écoles changent le calendrier pour améliorer la réussite scolaire des enfants, la déception risque d'être au rendez-vous si certaines conditions ne sont pas réunies.
La Commission scolaire des Navigateurs, sur la Rive-Sud de Québec, jongle avec un nouveau modèle de calendrier. Les écoliers reviendraient en classe une semaine plus tôt en août et profiteraient d'une semaine de relâche en octobre, en plus de leur congé des Fêtes. Les jeunes disposeraient également d'une semaine de répit en mars.
À Lévis, une école secondaire privée, Marcelle-Mallet, a introduit une relâche automnale l'an dernier, sans devancer la rentrée ni repousser la fin des classes. Les journées pédagogiques ont été réaménagées.
Est-ce un modèle d'avenir, un modèle gagnant adapté à la réalité de 2017? Le calendrier du secteur privé peut-il être transposé au secteur public où le profil des enfants et des parents diffère?
La relâche a été instaurée en 1979 pour contrer l'absentéisme des élèves et des enseignants en hausse à cette période de l'année. Les rares établissements qui ont testé ces dernières années la relâche automnale disent avoir tenté de limiter ainsi le nombre de semaines où les élèves s'absentent pour partir en voyage avec leurs parents. La réussite éducative n'est pas toujours le premier objectif.
Égide Royer, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université Laval, indique que le calendrier scolaire a un impact très très faible sur la réussite scolaire. La qualité de l'enseignement et du soutien professionnel a une influence beaucoup plus significative sur les résultats des élèves.
Il note toutefois que le long congé estival nuit aux élèves en difficulté, particulièrement ceux de milieux défavorisés. Le problème, qualifié de «glissade d'été», est bien documenté, selon le spécialiste.
On écourte les vacances d'été, on ajoute une semaine de relâche et le tour est joué? Ce n'est pas aussi simple. Faire revenir l'enfant une semaine plus tôt en août ne le place pas en meilleure posture pour réussir s'il n'a pas eu d'activités stimulantes durant ses vacances et s'il n'a pas lu ou écrit une ligne du 24 juin au 15 août.
D'où la nécessité de voir comment les vacances des enfants en difficulté d'apprentissage peuvent être enrichies. Est-ce que l'école peut demeurer ouverte quelques jours par semaine pour eux durant l'été pour leur donner accès à des camps ludiques et pédagogiques? Est-ce que les municipalités et les organismes communautaires peuvent offrir gratuitement ou à prix modiques des activités stimulantes pour les enfants de milieux défavorisés? Les étudiants en sciences de l'éducation peuvent-ils venir à la rescousse des jeunes en difficulté pour éviter qu'ils régressent en lecture ou en mathématiques durant l'été? Les initiatives en ce sens sont embryonnaires.
Le même souci devrait nous animer si une deuxième semaine de relâche est ajoutée. Ce ne sont pas tous les parents qui disposent d'une banque de congés et qui peuvent se permettre de délaisser le travail pour être à la maison avec leurs enfants. Ce ne sont pas non plus tous les parents qui peuvent payer des services de garde de qualité et de belles sorties à leurs rejetons. Pour certains jeunes, ne pas fréquenter l'école signifie aussi qu'ils sont privés de petits déjeuners.
Modifier le calendrier scolaire exige donc de considérer un ensemble de facteurs. Et d'abord, de procéder à l'exercice pour de bonnes raisons.