Des médecins voraces

Un seul bobo par visite. L'imagination ne manque pas à certains médecins désireux d'accroître leurs revenus. Cette trouvaille s'ajoute à la créativité déployée ces dernières années par des professionnels de la santé pour refiler diverses factures aux malades. Tant que le ministre de la Santé fermera les yeux et tardera à formuler des directives claires, les initiatives douteuses se multiplieront.
Le dernier cas signalé provient du Collège des médecins. Celui-ci observe une augmentation des signalements et des plaintes à l'égard de médecins qui limiteraient leur intervention à un seul problème de santé par visite. Vous souffrez de migraines, vous éprouvez une douleur au genou droit et vous déprimez? Prenez votre mal en patience. Trois rendez-vous, trois coups de carte soleil, trois séjours dans la salle d'attente car le médecin a décidé qu'il ne traitait qu'une chose à la fois. C'est indécent!
La santé et les services sociaux accaparent la plus grande part du budget du Québec. Au cours de l'été, le gouvernement a conclu une entente avec ses omnipraticiens dans laquelle il consent pour les cinq prochaines années une hausse de tarifs de 6 %, en plus de 210 millions $ de primes pour favoriser la prise en charge de patients. Pour certains médecins, ce n'est pas encore suffisant. Ils tentent d'en tirer davantage en accueillant plus souvent le même patient. 
Même si le Collège des médecins assure que cette pratique n'est pas répandue, il a jugé nécessaire de formuler une mise en garde aux professionnels. Avec raison. Il faut dénoncer et agir avant que l'exception ne devienne la règle.
Ces dernières années, nous avons assisté à l'introduction de pratiques où le patient est davantage perçu comme une machine à sous qu'une personne à soigner et à rassurer sur son état de santé. Les frais exigés dans les cliniques médicales et les coopératives de santé pour obtenir des services constituent un bel exemple. Certains sont légaux, d'autres non. Le patient ne s'y retrouve pas.
Un flou persiste et le ministre est peu pressé de le dissiper. Sauf si des malades menacent d'intenter un recours collectif ou si la Fédération des médecins spécialistes lance un ultimatum à Yves Bolduc. On l'a bien constaté ce printemps. Des patients souffrant de dégénérescence maculaire ont dû batailler pendant des mois et déposer une requête devant la Cour supérieure pour cesser de payer chaque mois entre 150 et 230 $ pour une injection de Lucentis.
Si ce cas de surfacturation est solutionné, d'autres attendent toujours le dénouement des enquêtes de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), entreprises à la suite de reportages dans les médias.
En parallèle, la RAMQ vient de lancer une «unité d'inspection à vocation préventive et éducative portant sur les pratiques de facturation de frais aux personnes assurées». L'escouade de quatre inspecteurs visitera les 1900 cliniques et coopératives de santé du Québec au cours des quatre prochaines années pour sensibiliser les médecins et leur personnel administratif aux dispositions de la Loi sur l'assurance maladie.
Une telle opération a certes son utilité, mais elle ne suffit pas. Omnipraticiens et spécialistes réclament depuis des années que le ministre de la Santé dicte des règles claires, globales et dissipe les zones grises.
Le Ministère a déjà depuis 2007 un rapport complet sur les frais accessoires (rapport Chicoine). Au cours des prochaines semaines, un comité mandaté par le Collège des médecins doit aussi présenter le fruit d'une réflexion entamée au printemps. Le ministre Bolduc devra bien un jour donner l'heure juste et dire si, en plus de leur contribution fiscale, les Québécois doivent s'attendre à payer de plus en plus de frais pour obtenir des services dans le réseau public de santé.