Des jeunes à votre service

Environ 200 000 jeunes Québécois de 15 à 29 ans sont actuellement dans un «no man's land» social, hors circuit. Ils ne fréquentent ni l'école secondaire, ni un centre de formation, ni le cégep, ni l'université. Pas plus qu'ils n'occupent un emploi sur le marché du travail. Le gouvernement Marois souhaite établir pour eux un programme de service à la communauté dans les régions du Québec. L'idée mérite d'être explorée.
Le Québec se préoccupe beaucoup du décrochage scolaire, mais il doit aussi s'inquiéter de cette forme de décrochage social, d'exclusion volontaire ou involontaire. Deux cent mille jeunes, c'est 13,4 % de la population québécoise âgée de 15 à 29 ans. C'est beaucoup de monde qu'un Québec vieillissant ne peut se permettre d'ignorer et de laisser de côté.
Le poids démographique des jeunes s'affaiblit. En 1996, le groupe des 15-29 ans représentait 20,3 % de la population. La proportion a chuté à 18,9 % en 2012 et elle sera à 16 % dans 15 ans.
Qui sont ces 200 000 jeunes en transition vers on ne sait trop quoi? De futurs abonnés à l'assistance sociale ou des candidats à l'itinérance? Des filles et des garçons à papa et maman qui peuvent se permettre une «sabbatique» pour réfléchir sans souci à leur avenir? Des créateurs? Des jeunes dont l'état de santé physique et mentale complique et limite un parcours scolaire ou professionnel? Des chômeurs en attente de mieux?
Dans le livre blanc sur la politique québécoise de la jeunesse présenté la semaine dernière par la première ministre Pauline Marois et le député Léo Bureau-Blouin, le gouvernement propose d'instaurer un programme de service à la communauté dans les régions du Québec, comme le font chacun à sa façon la France, l'Allemagne, la Belgique, les États-Unis et le Royaume-Uni.
«Le programme offrirait une expérience de vie stimulante et enrichissante. Il permettrait aux jeunes de développer leur sentiment d'appartenance au Québec et de mieux connaître d'autres régions du Québec que leur lieu d'origine, tout en favorisant leur développement personnel, social et professionnel. À la fin de l'expérience de travail, les jeunes devraient s'engager dans une démarche d'orientation professionnelle, de scolarisation ou d'insertion en emploi», indique le livre blanc. Un genre de Katimavik renouvelé.
Le projet n'est nullement étoffé dans le document riche en bons voeux et muet sur une question qui heurte les jeunes en emploi, les fameuses clauses «orphelin». Le service civique va-t-il être obligatoire ou non? Quelle sera sa durée? Le jeune va-t-il être rémunéré? Les heures de travail communautaire seront-elles transformées en crédits dans un parcours scolaire? Comment sera différencié ce programme de celui d'aide sociale? Qui fera l'arrimage entre les jeunes et les organismes qui pourront profiter de leurs services?
Si le livre blanc est peu explicite, des informations obtenues par La Presse permettent de préciser le modèle préconisé par Québec et les facettes que le Parti québécois pourrait exploiter en campagne électorale.
Le programme de service civique serait volontaire et s'adresserait aux jeunes de 18-24 ans. Ceux-ci pourraient effectuer du travail dans une municipalité, dans un organisme communautaire ou une école, en échange d'une allocation de subsistance versée par l'État. Une dizaine de millions de dollars y seraient consacrés. C'est au Secrétariat à la jeunesse qu'incomberait la responsabilité du programme, et non au ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
L'option supplémentaire suggérée par le gouvernement pourrait permettre de ramener des jeunes à la vie active, de leur faire découvrir la force de l'entraide et de l'engagement, en plus de favoriser les échanges intergénérationnels et entre gens de différents coins du Québec. Ça vaut la peine d'essayer cette formule qui peut s'avérer gagnante tant pour les jeunes que pour les plus vieux.