Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx

De cancre à premier de classe?

ÉDITORIAL / Le Québec, qui rappelons-le a été la dernière province à rendre la fréquentation scolaire obligatoire, peine encore à contrer le décrochage scolaire, et de façon fort préoccupante chez les garçons. Décrochage parental? Décrochage «sociétal»? Décrochage libéral? Toutes ces réponses sont bonnes.

Il serait évidemment plus commode de trouver une seule cause. Pointer du doigt le sous-­financement ou les enseignants incompétents, les commissions scolaires et les syndicats sclérosés et réfractaires au changement, la réforme et ses compétences transversales, les fonctionnaires débranchés du ministère, les études comparatives aux faiblesses méthodologiques.

Il est tentant aussi de faire porter tous les torts aux libéraux au pouvoir depuis 15 ans et oublier que des gouvernements précédents ont aussi erré. En vain.

Tant qu’individuellement et collectivement nous n’accorderons pas à l’éducation l’importance qu’elle mérite, le Québec risque d’être présenté comme le cancre du Canada. Pas de quoi être fier.

Il est temps que le Québec prenne tous les moyens — et les bons — pour se hisser dans les premiers rangs. Qu’il fasse preuve lui aussi de persévérance et qu’il ne limite pas ses efforts à une présentation de politique de réussite éducative et une campagne électorale.

Si le voisin ontarien affiche de bons résultats, ce n’est pas uniquement parce que la note de passage est de 50 % et non de 60 % comme au Québec, et parce que les élèves n’ont pas à réussir toutes les épreuves pour obtenir leur diplôme. C’est aussi parce que le gouvernement ontarien est passé à l’action, que des spécialistes soutiennent les enseignants dans la réussite des élèves, que la formation continue existe, que l’Ontario se fie à la recherche et non à une seule étude, à la direction du vent ou au potentiel de gains électoraux pour dicter ses pratiques en éducation.

Le ministre Sébastien Proulx compte déposer d’ici la fin de session un projet de loi afin de créer un Institut d’excellence en éducation. Si cet institut est indépendant, crédible et doté de ressources suffisantes, si les chercheurs ont accès à des données complètes et récentes sur les résultats scolaires et les programmes, on pourra éviter dans l’avenir que des ministres s’improvisent experts en éducation et que des écoliers servent de cobayes.

Le Québec ferait fausse route s’il se contentait de recopier bêtement le modèle de l’Ontario. Nos réalités sont différentes. L’Ontario a des maternelles 4 ans, mais n’a pas de services de garde éducatifs et des CPE qui permettent de stimuler les petits Québécois de 0 à 5 ans et de déceler leurs difficultés.

L’Ontario n’a pas non plus comme au Québec, 20 % de ses jeunes qui fréquentent l’école privée. La proportion est de 5 % dans le reste du pays. Le Québec ne pourra pas indéfiniment nier que la popularité des écoles privées et la multiplication des programmes particuliers (sport, langue, art, éducation internationale) dans les écoles publiques deviennent problématiques. Le système d’éducation québécois est devenu le plus inégalitaire au pays. 

Par ailleurs, le financement ne serait pas pas la source de tous les maux en éducation, indique une récente étude de l’Institut du Québec. Cette conclusion confortera ceux qui sont réticents à investir davantage en éducation et qui préfèrent que le prochain gouvernement allège leur fardeau fiscal.

«Injecter plus d’argent est une décision valable si et seulement si on mesure l’impact des investissements supplémentaires», écrivent les auteurs de l’étude, Mia Homsy et Simon Savard. L’impact sur les élèves, et non sur les politiciens et leur horizon de quatre ans, devrait-on préciser.