Le chantier Davie a démontré, avec la livraison du ravitailleur «Asterix», qu’il sait faire et respecter les coûts et les délais.

Davie: encore un effort

ÉDITORIAL / Les libéraux fédéraux étaient dithyrambiques jeudi lorsqu’ils ont annoncé que Davie aurait sa part des 7 milliards $ pour l’entretien de 12 frégates de la Marine royale canadienne. «Contrat majeur.» «Le plus grand contrat de l’histoire du chantier Davie de la part du fédéral.» Le Québec partagera leur enthousiasme si Davie obtient d’autres contrats d’ici 2021.

Bien sûr, c’est une bonne nouvelle que le chantier lévisien soit sur les rangs.

Ottawa réalise — le scrutin de 2019 n’y est évidemment pas étranger — que le Québec existe et que son chantier naval est à la hauteur pour livrer la marchandise. Il n’y a pas qu’Irving Shipyards, en Nouvelle-Écosse, et Seaspan Shipyards, en Colombie-Britannique, qui détiennent une telle expertise au Canada.

Mais 2021, c’est bien loin.

La part qui sera finalement accordée au Québec est aussi inconnue.

Davie, tout comme n’importe quel employeur, ne peut retenir ou convoiter une main-d’œuvre spécialisée s’il n’a pas de travaux à lui faire effectuer.

D’autres entreprises embauchent puisque l’économie tourne rondement. Des pénuries de main-d’œuvre existent dans certains domaines. Il faut être devin ou faire preuve d’optimisme pour croire que Chantier Davie retrouvera dans trois ans les travailleurs qualifiés qu’il a dû mettre à pied depuis un an.

Le chantier naval de Lévis souffre déjà d’un important ralentissement. Moins d’une centaine d’employés sont sur place, alors que le site en accueillait 1500 l’an dernier.

S’ils espèrent des gains électoraux, les libéraux ont avantage à revenir au chantier pour octroyer des contrats qui permettront à Davie d’attirer et de retenir sa main-d’œuvre, de conserver son expertise et sa compétitivité.

Si les cycles continuels d’embauches et de licenciements sont jugés inefficaces et coûteux par les supporteurs du chantier Irving, en Nouvelle-Écosse, il en est de même pour le chantier Davie au Québec. 

Ottawa doit être tout aussi sensible à cet argument lorsqu’il est formulé par le Québec.

Le lendemain de la «bonne nouvelle» pour le Québec, le ministre de la Défense se trouvait en Nouvelle-Écosse pour apaiser l’inquiétude de l’industrie navale de la province. Il y a annoncé la construction d’un navire de patrouille pour l’Arctique.

Davie et le Québec ne demandent pas la charité. Le chantier a démontré, avec la livraison du ravitailleur Asterix, qu’il sait faire et respecter les coûts et les délais. Sa piètre performance du passé ne doit plus servir d’excuse pour le mettre à l’écart de la stratégie maritime.

L’an dernier, le chantier Davie avait réussi à mobiliser divers acteurs autour de lui. Des sénateurs québécois de tous les horizons avaient joint leur voix pour qu’Ottawa évite les mises à pied massives et la perte d’expertise.

Le milieu des affaires réclamait pour sa part — et réclame toujours — que le Québec reçoive sa juste part du budget canadien consacré à la construction navale. Il demande à Ottawa de considérer l’octroi du contrat pour le navire ravitailleur Obelix.

Étant donné qu’Irving et Seaspan éprouvent déjà des difficultés à répondre à certaines commandes et doivent repousser des échéanciers, il devient de plus en plus gênant de bouder Davie.

Justin Trudeau soutenait la semaine dernière que d’autres contrats sont à venir. Il promet de travailler avec «tous les endroits au Canada qui peuvent participer pour créer de bons emplois et de bons navires pour les Canadiens».

«Il manque à Asterix la compagnie d’Obelix», a pour sa part lancé le chef conservateur Andrew Scheer, lors de son passage à Lévis.

Est-ce assez pour convaincre le gouvernement Trudeau de permettre à Davie de connaître un autre succès?