Convictions élastiques

C'était hier, ou presque. Pauline Marois promettait des élections à date fixe, confiant à son ministre responsable des institutions démocratiques le mandat de concocter le projet de loi 3, qui visait à «réparer le lien de confiance» entre la population et la classe politique, disait Bernard Drainville. Avec la loi sur les élections à date fixe, adoptée à l'unanimité en juin dernier, le parti au pouvoir n'allait plus pouvoir dissoudre l'Assemblée nationale selon «les petits calculs, les petites stratégies, les petites rumeurs», pour reprendre les mots du député sortant de Marie-Victorin. «Il y a quelque chose de formidable [...] dans le fait que la première ministre soit prête à renoncer à ce pouvoir-là», se réjouissait-il en novembre 2012.
Formidable, en effet. Pauline Marois a enfreint l'esprit de sa propre loi en déclenchant des élections anticipées à la première occasion. Elle réparera le lien de confiance une autre fois. En attendant, le Parti québécois fait le pari que les électeurs ne se formaliseront pas trop de ses incohérences, de ses contradictions et de ses petits mensonges même pas pieux.
Prenez l'arrivée de Pierre Karl Péladeau au PQ. La rumeur de sa candidature dans la circonscription de Saint-Jérôme courait depuis décembre. Le PQ, Québecor et le principal intéressé l'ont vigoureusement démentie jusqu'au 26 février. Elle a été confirmée dimanche. Pourquoi ne pas avoir tout simplement admis qu'il était en réflexion? Pour le lien de confiance, savez?
S'il n'y avait que ça. À l'époque où il était dans l'opposition, le PQ jugeait insuffisant que les ministres libéraux David Whissel et Pierre Arcand placent les actions des compagnies qu'ils possédaient dans des fiducies sans droit de regard. Il n'en démordait pas : les deux hommes devaient vendre leurs actions ou démissionner du Conseil des ministres.
PKP, actionnaire majoritaire de Québecor et éventuellement ministre? Pas pareil, se défend aujourd'hui le même PQ. Maintenant, il y a un code d'éthique alors qu'à l'époque, il n'y en avait pas, plaide-t-il. Hein? Le code d'éthique a rendu acceptable aujourd'hui ce qui était inacceptable hier?
Vous vous souvenez aussi quand Gilles Duceppe réclamait de l'ancien premier ministre canadien Paul Martin qu'il se départisse de ses actions dans Canada Steamship Lines? Par quelle gymnastique d'esprit l'ancien chef du Bloc québécois peut-il aujourd'hui juger, avec d'autres ténors souverainistes, «excessif» d'exiger de PKP qu'il vende ses titres de Québecor?
Puis il y a Alexis Deschênes, cet ancien journaliste de TVA devenu candidat du PQ dans Trois-Rivières qui avait fait savoir en quittant le réseau qu'il en avait assez de se faire souffler dans le cou par la haute direction de Québecor. Lundi, il a louangé sans réserve la candidature de son ancien patron, qui jure qu'il n'a jamais été dans la culture de l'empire d'exercer quelque influence sur le contenu de ses médias.
Encore? Dominique Payette, ancienne journaliste et chercheuse en communications, Pierre Duchesne, ancien président de la Tribune de la presse à Québec, et Jean-François Lisée, jadis blogueur à L'actualité, ont eux aussi pourfendu l'éthique et les pratiques de Québecor avant de porter les couleurs péquistes. Idem pour Agnès Maltais et l'ex-syndicaliste Marc Laviolette. Cette semaine, ils ont accueilli PKP dans la grande famille péquiste comme une joyeuse bande d'amnésiques, avec tout le plaisir et l'agrément que commande la partisanerie.
Et que penser de Martine Desjardins? L'ex-leader étudiante, qui se présente pour le PQ dans Groulx, appuie désormais l'indexation des droits de scolarité, elle qui défendait farouchement le gel à une époque pas si lointaine. Aussi crédible que l'ex-militant écologiste Daniel Breton, qui a récemment endossé la position du gouvernement Marois sur Anticosti, faisant fi des principes qu'il a longtemps défendus avant de devenir député péquiste.
Remarquez, la volatilité des convictions n'est pas l'apanage du PQ. La recrue du Parti libéral dans La Pinière, le docteur Gaétan Barrette, avait accusé les libéraux de tous les maux lorsqu'il faisait campagne sous la bannière caquiste, pas plus tard qu'en 2012. Pour sa propre crédibilité et celle du PLQ, et par respect pour l'intelligence des électeurs, le Dr Barrette n'avait pas envie de s'accorder quelques années de silence partisan avant de changer d'allégeance?
On veut bien saluer l'engagement politique. Pas l'opportunisme.