Compter dans son but

Les cols blancs de la Ville de Québec compteront dans leur propre but s'ils recourent à la grève et perturbent le Tournoi international de hockey pee-wee. Cela équivaut à offrir un prix de consolation au maire Régis Labeaume parce qu'il n'a pas réussi à obtenir d'Agnès Maltais le droit d'imposer les conditions de travail aux employés municipaux. C'est un non-sens, une mauvaise stratégie dans le contexte actuel.
Bien sûr, le recours à des moyens de pression, y compris la grève, est légal. Il se peut aussi que les salariés d'ExpoCité veuillent donner un mandat fort à leur exécutif pour bien faire comprendre à l'administration Labeaume qu'ils sont derrière leur syndicat et qu'ils ne sont pas prêts à déchirer leur convention collective. Mais les cols blancs tomberont carrément dans le piège tendu par le maire et la Coalition avenir Québec (CAQ) s'ils concluaient que le tournoi pee-wee est le moment opportun pour étaler leur rapport de force.
En ces temps où les syndicats n'ont pas la cote, particulièrement dans la région de Québec, les cols blancs prouveraient qu'ils ne pensent qu'à leurs intérêts, qu'ils sont insensibles aux besoins des autres, qu'il est impossible de s'entendre avec eux par la voie de la négociation et qu'il est essentiel d'accorder plus de pouvoir aux élus municipaux.
Peut-on sortir de cette dynamique stérile et coûteuse à Québec? De cette surenchère de menaces et d'injures entre le maire et les dirigeants syndicaux? Les batailles de coqs sont certes distrayantes, mais les citoyens et les contribuables de Québec apprécieraient davantage la conclusion d'ententes où chacune des parties y trouverait son compte. D'autres villes y parviennent.
«Parler moins et agir plus», promet pour 2014 le chef syndical des cols blancs, Jean Gagnon. Transformons sa résolution en «Parler moins sur la place publique et parler plus à la table de négociation», et espérons que le maire y adhère.
Le consensus établi mardi entre la ministre du Travail Agnès Maltais, les municipalités et les organisations syndicales sur la question des régimes de retraite est une occasion à saisir pour chacune des parties.
Le gouvernement refuse le droit de décréter que réclamait M. Labeaume. Même si ce dernier s'y opposait, la ministre Maltais maintient le recours à la Commission des relations du travail, épaulée par la Régie des rentes, pour trancher, en cas d'échec de la négociation. L'intervention possible d'un tiers est essentielle.
Même si les libéraux prenaient le pouvoir aux prochaines élections, il serait fort étonnant qu'ils acquiescent à la demande du maire. On peut difficilement se faire les chantres des droits et libertés et nier le droit à la négociation. Quant à la CAQ, il serait périlleux de miser sur son élection pour voir changer les règles du jeu. Selon le dernier sondage CROP, la formation récolte seulement 16 % des intentions de vote.
Outre la conjoncture politique, un autre élément devrait inciter les parties à négocier sérieusement, soit l'embellie des rendements. Les déficits ont fondu à la fin de 2013, le ratio de solvabilité des régimes privés s'est grandement amélioré. Les firmes Aon Hewitt et Mercer parlaient au début du mois d'un redressement spectaculaire.
Même si cette embellie ne se transpose pas de la même façon dans les régimes des municipalités qui utilisent un ratio de capitalisation, il n'en demeure pas moins que le dossier des retraites risque de perdre son caractère d'urgence dans l'opinion publique.
D'où l'importance de ne pas rater l'occasion d'apporter les ajustements qui s'imposent dans certains régimes. D'où l'importance aussi de cesser de brandir la menace de hausses de taxes (d'ailleurs est-ce que les contribuables ont eu un gel ou une baisse de taxes lorsque les villes ont pris des congés de cotisation) et de formuler des propositions constructives. L'obligation de résultats vaut autant pour le maire que pour les syndicats.