Les finances du Québec ne risquent pas de retomber dans le rouge parce que des parents endeuillés obtiennent davantage d’aide de l’État. La députée péquiste Véronique Hivon souligne de plus que 40 millions $ de surplus «dorment» au Fonds d’aide aux victimes d’actes criminels.

Compassion et capacité de payer

ÉDITORIAL / «Respecter la capacité de payer des Québécois.» La formule sonne faux quand un gouvernement rehausse de façon indécente la rémunération de 10 000 médecins spécialistes. Pire, elle choque lorsque cette préoccupation est exprimée devant des parents dont un enfant a été tué et qui demandent, non pas la lune, mais davantage de soutien psychologique pour survivre à un tel drame, ainsi que de l’aide financière pour assister au procès du présumé meurtrier de leur fils ou de leur fille.

Des représentants de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) étaient présents jeudi à l’Assemblée nationale pour réclamer une réforme et une bonification du programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC).

Et qu’a répondu la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, lorsqu’elle a été interrogée par des députés du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec à ce sujet?

Tout en faisant preuve d’ouverture, elle a cru nécessaire de dire que «lorsque vient le temps d’administrer un programme aussi important que celui de l’IVAC, on doit le faire, oui, avec compassion pour les victimes, pour leurs proches. On doit le faire aussi avec la responsabilité que nous avons, à titre de gouvernement, d’être équitable envers les victimes, avec leurs proches, et aussi d’être responsable, car il s’agit aussi de fonds publics, et nous devons le faire tout en respectant la capacité de payer des Québécois».

Équité, souci du bon usage des fonds publics, respect de la capacité de payer de l’État.

Dommage que la même grille ne soit pas utilisée par tous les ministres et pour tous les groupes qui font pression sur eux.

Dommage que l’on fasse preuve de rigueur pour quelques millions de dollars — la demande de l’AFPAD serait de l’ordre de 1 à 3 millions $ —, alors qu’une grande légèreté prévaut lorsqu’il s’agit de monopoliser des milliards $ pour un groupe de professionnels déjà privilégiés.

Les finances du Québec ne risquent pas de retomber dans le rouge parce que des parents endeuillés obtiennent davantage d’aide de l’État. La députée péquiste Véronique Hivon souligne de plus que 40 millions $ de surplus «dorment» au Fonds d’aide aux victimes d’actes criminels.

Québec verse 129,7 millions $ par année pour indemniser les victimes d’actes criminels. La ministre Vallée rappelle que son gouvernement a ajouté en juin 54 millions $ pour un plan d’action qui s’échelonnera jusqu’en 2019.

Le travail reste inachevé. Encore un effort.

Comment justifier que des parents soient privés de soutien parce que leur enfant a été assassiné aux États-Unis et non au coin de la rue, et que d’autres doivent coucher dans leur «char» ou s’endetter s’ils veulent suivre le procès du présumé meurtrier de leur enfant qui se déroule loin de chez eux?

Si la détresse provoquée par un deuil traumatique perdure, que gagne-t-on à laisser sombrer davantage la personne et à l’éloigner d’un retour à une «vie normale» en coupant l’aide psychologique après 30 séances?

Bien sûr, le régime d’indemnisation des victimes d’actes criminels n’a pas le même fondement ni les mêmes objectifs que les régimes d’assurance automobile ou de santé et sécurité du travail. On ne peut calquer bêtement un régime sur l’autre, mais on ne peut non plus rester impassible devant certaines incongruités.

Dire que le programme de l’IVAC est déjà le régime le plus généreux au Canada s’avère aussi un bien mauvais argument dans le contexte actuel.

Rehausser le budget «compassion» du Québec afin d’améliorer le sort des parents d’enfants assassinés ne suscitera pas un mouvement d’indignation dans la population. Bien au contraire. C’est le refus du gouvernement de le faire qui sera jugé sévèrement.