Justin Trudeau et Donald Trump

Comment se faire des ennemis

ÉDITORIAL / C’est à croire que le président des États-Unis a lu le fameux livre de Dale Carnegie, «How to Win Friends and Influence People», et a décidé de faire exactement le contraire.

Donald Trump a annoncé jeudi qu’il imposerait des tarifs sur les exportations d’acier et d’aluminium provenant de l’Europe, du Canada et du Mexique, tous alliés des États-Unis dans de multiples dossiers. Et pour jeter du sel sur la blessure, M. Trump invoque une clause qui porte sur la «sécurité nationale» pour s’en prendre à son plus proche partenaire.

Il a provoqué la même incompréhension — pour ne pas dire la consternation — lorsqu’il a renié l’accord conclu avec l’Iran sur le nucléaire, et celui de Paris, avec le monde entier. Les États-Unis sont aujourd’hui plus isolés que jamais dans l’histoire moderne, sur la scène internationale. Ça n’est pas tout à fait une surprise avec un président isolationniste, vous direz, mais l’homme passe maintenant de la parole aux actes, et en termes de crédibilité, la diplomatie américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Plusieurs sénateurs républicains ont affirmé hier que la décision de la Maison-Blanche est contraire aux intérêts du pays, mais rien ne permet de croire que le Congrès a trouvé, ces dernières semaines, l’échine pour tenir tête à ce promoteur immobilier qui saccage la réputation de la Maison-Blanche et du pays au complet. C’est le prix qu’ils ont accepté de payer, et ils boiront la coupe jusqu’à la lie.

Il serait tentant de critiquer le premier ministre Justin Trudeau, ou la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, pour la façon dont ils ont mené ce dossier, mais en réalité, il n’existe aucun scénario où l’un et l’autre pouvaient assurer qu’en bout de ligne, un être irrationnel prenne une décision rationnelle. Il faut cesser de prétendre le contraire. Le G7 s’annonce glacial.

Cette administration agit sans gouvernail, sans une analyse lucide des conséquences de ses actions. Son retrait de l’accord avec l’Iran a forcé l’Europe à se rapprocher encore plus de Téhéran. Et le sommet de plus en plus improbable avec le leader nord-coréen est plutôt un sommet d’improvisation et d’incohérence.

Les États-Unis manifestent aujourd’hui plus de déférence envers des adversaires, voire des ennemis, comme la Russie et la Corée du Nord, qu’envers leurs alliés les plus fidèles.

Hier, le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, a soutenu que l’imposition de ces tarifs ne serait qu’un «blip sur l’écran radar» des relations entre les États-Unis et l’Europe, et que l’impact serait minime sur le prix des automobiles ou des canettes de boisson. Cela ne changerait rien fondamentalement aux rapports avec le vieux continent, assure-t-il.

L’argument est illogique à sa face même. Si tel était le cas, pourquoi alors les États-Unis se sont-ils donné autant de mal pour ouvrir cette boîte de Pandore? Et si M. Ross suit sa propre logique, il n’aura évidemment aucune raison de se formaliser des mesures de représailles annoncées hier tant par l’Europe que le Canada, puisqu’elles n’ont selon lui qu’un effet négligeable.

Nous ne sommes pas en pleine guerre commerciale, pas encore. Mais les négociations de l’ALENA ne sont pas sur le point d’être conclues, et les États-Unis continuent d’exiger qu’une clause prévoyant la résiliation de l’accord dans cinq ans soit incluse à l’entente. Le Canada a déjà indiqué qu’il s’y refusait, et le comportement de notre voisin, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, ne nous laisse aucun autre choix. Les États-Unis ne méritent plus notre confiance.