Dans le choix de ses 26 ministres, le premier ministre François Legault semble avoir pris toutes les précautions pour réussir à faire sa marque positivement et limiter les critiques.

Changement bien dosé

ÉDITORIAL / François Legault a habilement joué ses cartes dans la formation de son premier conseil des ministres.

Les caquistes ont marqué l’histoire le 1er octobre en délogeant deux vieux partis. Reste à démontrer maintenant que le gouvernement Legault peut passer à l’histoire pour son audace, sa vision, son intégrité et la justesse de ses actions et de ses décisions.

Reste à prouver aux Québécois qu’ils ont changé de gouvernement pour le mieux.

Un défi pour un jeune parti, une coalition qui plus est, et une équipe ministérielle inexpérimentée.

Dans le choix de ses 26 ministres, le premier ministre semble avoir pris toutes les précautions pour réussir à faire sa marque positivement et limiter les critiques.

Parité hommes-femmes atteinte sans réserver aux femmes les rôles secondaires, place aux recrues et aux anciens du parti, diversité des générations et des expériences professionnelles, bonne représentation des régions.

Le chef caquiste a aussi fourni trois mots clefs à ses ministres : proximité, humanité et ouverture. De quoi rassurer tous les Québécois. À suivre.

François Legault réussit même à tirer avantage de ce qui pourrait être vu comme la faiblesse de son équipe: l’inexpérience ministérielle (seulement lui et Marguerite Blais — nommée responsable des Aînés et des Proches aidants — ont déjà été ministre).

Pour le premier ministre, c’est un signe de renouveau, c’est la promesse qu’un regard neuf sera jeté sur les dossiers. Il demande à ses ministres de mettre leur bagage d’expériences et de compétences «au service du changement».

L’ambiance est euphorique pour les caquistes depuis le 1er octobre. Le travail commence. Le nouveau gouvernement aura à arrimer ses promesses électorales à la réalité.

François Legault a répété hier ses priorités : éducation, économie et santé. Et surprise, il a ajouté une «sincère préoccupation» pour les défis environnementaux. Souhaitons que cette préoccupation demeure. La population est elle aussi en attente de pragmatisme et de résultats en ce domaine.

Marie-Chantal Chassé se retrouve à la tête du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, à un moment où tous les gouvernements doivent rapidement prendre des actions soutenues pour limiter le réchauffement.

Le terme «Développement durable» est disparu du titre du ministère. Espérons que «l’équipe économique de rêve» du gouvernement aura néanmoins cette préoccupation en tête.

C’est beau de vouloir augmenter nos exportations, de dynamiser et diversifier notre économie, et de remettre de l’argent dans les poches des citoyens, mais un laxisme en environnement risque aussi de s’avérer coûteux et contre-productif.

Dans son discours, François Legault a répété que son engagement le plus important en éducation est de «s’assurer que chaque enfant québécois puisse aller au bout de son potentiel».

La tâche de Jean-François Roberge à l’Éducation et à l’Enseignement supérieur est énorme. L’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle révélée jeudi indique que le quart des enfants de maternelles sont en difficulté.

Une situation qui commande une cohérence et une collaboration entre le ministère de l’Éducation, celui de la Famille que dirigera Mathieu Lacombe et le ministère de la Santé et des Services sociaux de Danielle McCann et Lionel Carmant.

Une pression énorme pèse aussi sur ces deux derniers ministres qui héritent des réformes du «bulldozer» libéral Gaétan Barrette et qui doivent outiller le réseau de la santé pour qu’il puisse enfin combler adéquatement les besoins d’une population vieillissante.