Ce que cache «Rambo»

Bernard Gauthier, notre «Rambo» national, aurait beau se transformer en gentil toutou demain matin, mettre de côté ses jurons, délaisser ses t-shirts pour un complet-cravate et négocier de façon moins «virile» les conditions de travail de ses membres, une question demeurerait entière. Quand arrive une manne d'emplois financés par des fonds publics dans une région, comment s'assurer que les «gens de la place», dans ce cas-ci ceux de la Côte-Nord, en obtiennent une juste part?
Loin de nous l'idée de cautionner et d'excuser les pratiques du représentant des opérateurs de machinerie lourde de la Côte-Nord (FTQ-Construction). Le recours à l'intimidation et à des gestes illégaux demeure inacceptable, qu'importe la cause défendue.
Le style de Rambo occulte malheureusement le problème de fond vécu par des citoyens de la Côte-Nord. Celui de voir que les lucratifs contrats et emplois à leur porte, notamment à la Romaine, ne sont pas pour eux, mais pour des travailleurs du Saguenay, de l'Estrie, de Montréal, de Québec, membres de la FTQ ou non.
Cette situation, Bernard Gauthier n'est pas seul à la déplorer. Cela n'a pas fait la manchette - parler «gros bras» et «soupe chaude» est plus vendeur -, mais la ministre du Travail, Agnès Maltais, a jugé pertinent en janvier de créer une Table régionale sur la main-d'oeuvre dans les secteurs industriel et de la construction. Élus, représentants syndicaux, entrepreneurs, Emploi-Québec, Hydro-Québec, Commission de la construction, agence de la santé, Conseil régional des partenaires du marché du travail s'y retrouvent pour discuter des «problématiques» vécues sur le territoire, particulièrement celles liées au phénomène du «navettage». Toutes ces personnes ne sont tout de même pas sous le joug de Rambo ou intimidées par lui!
Il y a actuellement d'importants projets d'investissements sur la Côte-Nord et la ministre estime qu'elle doit s'assurer que les travailleurs de la région contribuent à leur succès et que les retombées attendues profitent à la fois aux citoyennes et aux citoyens, aux gens d'affaires et aux différentes communautés.
L'été dernier, la FTQ et la CSN unissaient aussi leur voix dans le dossier de la mobilité de la main-d'oeuvre. «Il est tout à fait inconcevable qu'on retrouve d'abord et en majorité des travailleurs venant de l'extérieur alors que la main-d'oeuvre disponible de la région se retrouve sur l'assurance-emploi», dénonçaient les représentants nord-côtiers des deux organisations.
Normal, diront certains. Les résidents d'une région n'ont pas à avoir le monopole des jobs sur leur territoire, la main-d'oeuvre est mobile au Québec. L'État investit des milliards de dollars dans de grands projets hydroélectriques, routiers ou industriels et il va de soi que tous les Québécois puissent en profiter. Cela est vrai en théorie. Mais en pratique, plusieurs, y compris dans les beaux bureaux d'avocats montréalais, rueraient dans les brancards s'ils devaient se contenter d'un chèque de chômage ou d'aide sociale alors que d'autres viennent prendre les bons emplois dans leur cour, et tripotent les conventions collectives.
Faudrait-il, pour limiter les tensions, établir des quotas et déterminer quel pourcentage des travailleurs d'une région ayant la formation et l'expérience requises, doit être embauché? La commission Charbonneau pourrait en faire la recommandation et suggérer d'autres pistes pour dissiper la frustration des travailleurs et des entrepreneurs locaux sur les grands chantiers.
La prochaine campagne électorale offre aussi l'occasion de savoir où logent péquistes, libéraux, caquistes et solidaires. C'est une chose de séduire l'électorat des régions en promettant des investissements et en défendant l'occupation du territoire. C'en est une autre de s'assurer que les gens de la région courtisée y trouvent réellement leur compte.