Budget: retenons notre souffle

Pas de hausse de taxes ni d'impôt dans le budget présenté jeudi. Le contribuable québécois peut respirer un peu, mais pour combien de temps? Le plan du ministre des Finances Nicolas Marceau est truffé d'inconnues et de bonnes intentions, dont celle de réussir à comprimer les dépenses de l'État sans affecter les services aux citoyens, notamment dans les secteurs de la santé et de l'éducation. Retenons notre souffle.
Même si le Québec s'engage vers une campagne électorale, le gouvernement Marois s'est abstenu d'utiliser le budget pour distribuer des bonbons supplémentaires aux contribuables et aux entreprises. Par contre, il se garde bien de déballer tout son sac pour ne pas effrayer les électeurs. Le dépôt des crédits réservés à chaque ministère se fera plus tard. Si bien que le ministre Marceau peut ainsi parler de contrôle de dépenses plutôt que de compressions. Le contribuable qui devra attendre plus longtemps ou renoncer à un service saura bien faire la différence.
Le Vérificateur général a jugé ambitieuses les prévisions de dépenses du gouvernement contenues dans sa mise à jour économique de novembre. En prenant connaissance du budget, les termes irréaliste et hypothétique sont apparus jeudi plus appropriés pour bon nombre d'observateurs.
Prenons les deux missions de l'État qui accaparent la plus grosse portion du budget de la province, l'éducation et la santé. M. Marceau veut limiter la croissance des dépenses à 3 % par année. Ces deux réseaux sont déjà sous pression, même si leur budget a été majoré de plus de 3 % au cours des cinq dernières années. Imaginez les choix à venir.
La protectrice du citoyen a constaté cet automne que les compressions en santé avaient déjà des effets bien réels. On peut facilement deviner la suite, d'autant plus qu'Ottawa va réduire ses transferts en santé. L'Association québécoise des établissements de santé évalue qu'il lui manquera 400 millions $ pour fournir le niveau de services actuels. En éducation, ce ne sont pas les économies de 125 millions $ escomptées en reconfigurant les commissions scolaires qui régleront à court terme les problèmes des parents dont les enfants éprouvent des difficultés en classe.
Le ministre dit compter sur une gestion responsable des dépenses publiques. Il veut accroître l'efficience des services offerts à la population afin d'optimiser les retombées de chaque dollar dépensé par l'État. De bien beaux mots et de bonnes intentions qui ne sont pas sans rappeler les objectifs de réingénierie et de meilleure tarification des services publics des ministres libéraux Monique Jérôme-Forget et Raymond Bachand. Est-ce que l'approche péquiste aurait plus de succès?
Évidemment, une meilleure efficience est recherchée, et ce, dans tous les ministères et les organismes. Mais on ne change pas une culture du jour au lendemain. On s'étonne d'ailleurs que le gouvernement annonce que d'ici cinq ans, il effectuera graduellement un examen systématique de la valeur de tous les services offerts. Depuis le temps que Québec peine à équilibrer ses finances, on aurait cru que l'exercice était amorcé depuis belle lurette. On aurait pu espérer aussi que l'opposition ne rechigne pas sur la hausse du tarif des places en garderie, bloqué à 7 $ par jour depuis 10 ans.
En campagne électorale, il est aussi de bon ton de parler de rémunération responsable et d'affirmer que le gouvernement garde un contrôle serré sur les 430 000 salariés de l'État et qu'il tient compte de la capacité de payer des contribuables. Or, le secteur public accuse déjà un retard sur le secteur privé. Dans certains secteurs, notamment le génie et l'informatique, le gouvernement éprouve déjà des difficultés à attirer et à retenir des employés. On a vu ce que la perte d'expertise professionnelle a provoqué au ministère des Transports. Il faut toujours se méfier des calculs à courte vue.