Le brise-glace NGCC Des Groseilliers, venu appuyer le NGCC Terry Fox, était au large de la baie de Beauport, jeudi.

Brise-glaces à la dérive

ÉDITORIAL / Deux récents incidents viennent de nous rappeler, et de confirmer en partie, les craintes exprimées au début de l’hiver sur le vieillissement de la flotte de brise-glaces de la Garde côtière canadienne.

Un traversier Québec-Lévis a été pris dans les glaces pendant plus de quatre heures mercredi dernier, alors que le brise-glace Terry Fox, paralysé par le bris d’une pompe à carburant, ne pouvait intervenir, et que l’Amundsen se trouvait en ravitaillement à Montréal. 

Cet incident démontre d’abord à quel point une situation peut dégénérer rapidement. Plus la flotte vieillit, plus la marge entre un incident et une catastrophe s’amincit. 

Quelques jours plus tôt, un autre navire avait connu des ennuis mécaniques, tout près des piliers du pont de Québec, qui auraient pu être endommagés si une collision s’était produite. Ce navire était chaperonné par un brise-glace. Mais cet autre incident nous rappelle que des infrastructures stratégiques risquent d’être endommagées si les mauvaises conditions sont réunies : un brise-glace immobilisé, des glaces abondantes et le bris mécanique d’un navire. Improbable mais pas impossible. Une crise du verglas maritime, en quelque sorte.

L’épisode du traversier a par contre démontré autre chose : les mesures mises en place par la Garde côtière pour minimiser les risques, en faisant appel aux remorqueurs, fonctionnent. C’est en effet un remorqueur du Groupe Océan qui a dépêtré le traversier pendant que le Terry Fox était en réparation.

Mais c’est une solution temporaire, qui ne règle pas un problème fondamental, dont la Garde côtière elle-même n’est pas la responsable, car elle relève avant tout du gouvernement : l’absence d’une politique claire de renouvellement d’une flotte vieillissante. 

Le gouvernement précédent avait misé sur la construction d’un nouveau brise-glace polaire, le Diefenbaker, dont l’échéancier est sans cesse retardé pendant que les coûts augmentent. Mais les besoins de la Garde côtière sont beaucoup plus grands, avec une flotte de navires dont l’âge moyen est d’au moins 35 ans.

En novembre 2016, le ministre responsable de la Garde côtière canadienne, Dominic LeBlanc, affirmait que le gouvernement fédéral s’engageait à construire de nouveaux brise-glaces. Il s’agissait d’une déclaration vide de contenu — encore à ce jour — et qui visait uniquement à calmer les inquiétudes après que le gouvernement québécois, et de grandes industries comme Rio Tinto, se sont plaints de la dégradation de la flotte.

La Garde côtière mise entretemps sur un programme d’extension de vie des navires pour, dit-on, ajouter de 10 à 15 ans à la vie utile des brise-glaces. Mais l’Union canadienne des employés des transports (UCET), qui représente les employés de la Garde côtière, soutient dans le Journal de Québec que ce programme est l’équivalent d’une mise à niveau qui aurait dû avoir été faite bien avant aujourd’hui.

La flotte de brise-glaces fait partie des infrastructures indispensables du Canada. Il n’est pas normal qu’après toutes ces années, le gouvernement soit encore incapable de présenter son plan d’action. Le blâme repose totalement sur les épaules du gouvernement actuel et du ministre Leblanc, qui a eu tout le temps voulu pour accoucher d’un plan de renouvellement, et qui a d’ailleurs reçu plusieurs propositions en ce sens de la part de l’industrie et du secteur maritime. Le Canada mérite mieux que ça.