Martine Ouellet, cheffe du Bloc québécois

Bloc québécois: le déni et la rancœur

ÉDITORIAL / Loin de freiner l’hémorragie qui risque de tuer le Bloc Québécois, le Conseil général de la fin de semaine dernière a plutôt eu pour effet de précipiter les choses. Le parti est maintenant sous respirateur artificiel.

La cheffe du parti fédéral et indépendantiste, Martine Ouellet, se devait de trouver les mots pour rebâtir les ponts avec les démissionnaires. Elle a plutôt choisi d’y mettre le feu. 

Malheureusement pour elle, il restait pas mal de monde sur l’autre rive. 

La vice-présidente du Bloc, Kédina FLeury-Samson, le directeur-général, Paul Labonne, et le responsable des finances, Sylvain Gauthier, ont tous trois quitté l’organisation au lendemain du congrès. L’ex-premier ministre Bernard Landry, comme Mario Beaulieu avant lui, a lui aussi retiré son appui à Mme Ouellet, mais un peu trop tard, malheureusement, pour modifier l’issue du congrès. 

Il faudra peut-être se rendre jusqu’aux prochaines élections avant d’écrire l’épitaphe du parti. Ou peut-être pas. La saignée ne s’arrêtera certainement pas à ces quelques départs additionnels. Plusieurs militants doivent déjà réévaluer leur adhésion à un Bloc «refondé» sous un tel leadership.

Les sept députés démissionnaires ont annoncé leur intention de mettre sur pied une autre formation politique. Cette option était très certainement présente à leur esprit avant même l’annonce de leur départ. Mais la charge hargneuse de Mme Ouellet au congrès ne leur laissait plus d’autre choix. C’est ça, ou se présenter comme indépendants, rejoindre un autre parti, ou  alors quitter. 

Leur nouveau parti n’est pas encore né que déjà il souffre du même dédoublement de personnalité dont a souffert le Bloc. Sera-t-il indépendantiste ou fera-t-on des compromis avec des candidats fédéralistes au nom de la défense des intérêts du Québec? Cette ambiguité est la source de tous les maux pour un parti qui joue ainsi sur deux plans opposés.

Le discours de Mme Ouellet, en fin de semaine, exprimait autant de déni que de rancoeur. Les problèmes qui déchirent le Bloc, disait-elle, seraient tous dus « à ces sept personnes-là ».

À son prédécesseur aussi, Gilles Duceppe, «reconnu pour contrôler le parti d’une main de fer». On la sent profondément blessée par ces attaques à l’endroit de sa personnalité, mais une crise aussi profonde que celle que vit son parti n’est pas juste le fait de quelques moutons noirs. Et il y en a beaucoup plus que sept.

Si la cause indépendantiste a reculé avec le temps, dit Mme Ouellet, c’est uniquement parce que le PQ et le Bloc ont eu peur d’en parler. Il semble hors de question pour elle de s’interroger sur l’évolution de la société québécoise. Le seul remède, dans un tel contexte, est donc de parler d’indépendance, partout, tout le temps, et l’appui à la souveraineté refleurira comme le lilas au printemps. 

«Il ne faut pas avoir peur de perdre des votes à cause de l’indépendance, pas avoir peur de perdre son siège de député». C’est une bien étrange façon d’encourager d’éventuels candidats à défendre les couleurs de son parti. 

Sa logique revient à demander aux Québécois d’envoyer à Ottawa des députés dont le principal travail serait désormais de convaincre ces mêmes électeurs des avantages d’une république du Québec. 

«L’objectif qui nous réunit est beaucoup plus important que nos égos personnels», a-t-elle conclu au terme de son discours. 

Ça reste à voir.