François Legault a mené la CAQ a une écrasante victoire au scrutin du 1er octobre.

Avoir raison dans l’erreur

ÉDITORIAL / Les maisons de sondage avaient prédit un vote serré, mais l’écart prévu de moins de 3% entre la CAQ et le PLQ est devenu un fossé de 13% dans les bureaux de scrutin. Faut-il s’en inquiéter?

Oui et non.

Tous les sondages avaient correctement conclu à une victoire de la CAQ aux dépens du Parti libéral, anticipé la chute du PQ et, au rythme de la campagne, décelé la forte progression de Québec Solidaire.

Pour cette raison l’erreur — sans précédent au Québec — dans l’estimation du vote global ne provoque pas de sueurs froides en-dehors des cercles politiques et des firmes de sondages elles-mêmes. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas chercher à comprendre comment elle a pu se produire. Le fait qu’elle ait été reproduite dans à peu près tous les sondages devrait permettre de faire l’exercice sans pointer le doigt sur une firme en particulier. Mais cela n’est pas si simple.

Les accusations de Sylvain Gaudreault envers Mainstreet, et des questions, comme celles que j’ai moi-même posées sur Twitter à notre partenaire dans cette campagne, ont envenimé le débat.

Pouvait-on prédire, comme Mainstreet l’a fait, une majorité caquiste tout en prévoyant un résutat aussi serré dans le total des votes? Cela semble improbable à prime abord, mais le fait est qu’un grand nombre de circonscriptions qui ont voté en faveur de la CAQ l’ont fait par une marge importante, de 2000 voix et plus dans au moins 60 d’entre elles. Il n’est donc pas impossible que la CAQ ait pu décrocher une majorité, même avec un appui moindre que celui enregistré lundi.

Ce qui laisse entière la question de l’évaluation du vote global.

En 2015, la Grande-Bretagne a vécu une situation similaire à celle qu’on vient de connaître. Les sondages anticipaient un vote si serré qu’on prédisait un gouvernement minoritaire sans pouvoir dire quel parti prendrait le pouvoir. Les Conservateurs ont pourtant remporté la victoire, avec un écart de 7% et une majorité de sièges.

Le résultat a provoqué un choc, parce que comme ici, l’erreur était dans tous les sondages, et la Royal Statistical Society a jugé nécessaire de commander une étude sur cet épisode, disant craindre «une perte de confiance du public dans les recherches par sondage».

L’erreur observée lundi a été plus grande encore que celle de l’élection britannique. Deux jours avant le vote, la firme Léger estimait l’écart à seulement 2%, jugeant même qu’un gouvernement libéral minoritaire était théoriquement possible, bien qu’improbable. Le vote a démontré l’ampleur de cette erreur, que la maison de sondage reconnait par ailleurs.

La faible participation dans les circonscriptions du West Island a certainement brouillé les cartes pour tout le monde, mais elle n’explique pas tout.

Jean-Marc Léger, comme la spécialiste de l’Université de Montréal, Claire Durand, estiment nécessaire de faire un retour sur ce qui s’est passé. Il serait préférable que cet examen soit collégial et qu’une fois calmées les tensions provoquées par cette élection, on examine cette question à tête reposée.

Nous avons été chanceux, d’une certaine façon, puisque cette erreur n’a pas empêché les sondeurs d’identifier correctement la direction que prendrait le vote. Mais les élections serrées à trois partis semblent être la nouvelle norme, et une mésestimation de cette envergure pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves dans un autre contexte. Tâchons de l’éviter.