Avec des amis comme ça...

Personne ne devrait s'étonner si le ton monte entre Michel Arsenault et les membres de la commission Charbonneau. Depuis le début, l'ex-président de la FTQ et du Fonds de solidarité a tout fait pour s'opposer à cet exercice.
Il y a eu son fameux «On va parler à Pauline», en 2009, dans l'espoir d'empêcher la création même de la commission; ses efforts pour discréditer les reportages qui ont mis au jour les tentatives du monde criminel d'infiltrer le Fonds; et puis sa demande d'injonction pour empêcher la commission de diffuser les conversations enregistrées par les policiers.
Me Sonia Lebel n'avait aucune raison d'être conciliante envers un témoin qui a fait autant d'efforts, depuis cinq ans, pour garder le couvercle sur la marmite.
La commission et la FTQ auraient pourtant dû être des alliés naturels pour lutter contre le crime organisé, mais l'entêtement de M. Arsenault en a fait des adversaires.
Sans l'écoute électronique, on n'aurait jamais pu démêler l'écheveau tissé par tous les acteurs pour masquer leur rôle respectif. Michel Arsenault lui-même n'a jamais trempé là-dedans. Les travaux de la commission confirment sa propre version des faits là-dessus, il a agi pour empêcher la mafia de s'immiscer dans le Fonds de solidarité et est intervenu pour en améliorer les règles de gouvernance.
Mais c'est par rapport aux dérapages de son entourage qu'il ne s'est pas montré à la hauteur de ses responsabilités. Son comportement envers Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée, après leur départ de la FTQ-Construction, est pour le moins équivoque.
Le moment le plus fort, jusqu'ici, du témoignage de M. Arsenault est survenu quand on a fait rejouer cet échange où le président-directeur général du Fonds de solidarité, Yvon Bolduc, confie à
M. Arsenault, que «Johnny [Lavallée], y s'est jamais trop trop caché qu'y prenait des pots--de-vin là...»
Voici le pdg du Fonds qui dit au président de la FTQ qu'il est de notoriété publique que le président de la FTQ-Construction se fait payer des commissions. Mais M. Arsenault appelle ça «des rumeurs», même si au cours de l'enregistrement, on l'entend dire à Yvon Bolduc : «Le corrupteur, c'est-tu qui je pense...?»
La commission Charbonneau et la FTQ auraient dû travailler de concert pour se donner les moyens d'assainir le climat, et des outils qui seront utiles à l'avenir.
Au lieu de cela, l'ex-dirigeant syndical consacre une grande partie de son témoignage à minimiser le problème. Tout ce temps passé, déplore-t-il, à parler de cinq malheureux projets «toxiques» sur 5000.
Pourtant, ces mêmes projets l'ont amené à sortir la FTQ-Construction de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds. En réalité, l'enjeu dépasse de beaucoup ces quelques projets, car l'enquête a démontré que des proches de l'organisation des Hells étaient intervenus pour manipuler les élections de 2008 à la FTQ-Construction, et permettre à l'équipe de Jocelyn Dupuis de se faire élire, juste après que celui-ci eut été forcé de démissionner.
M. Arsenault peut bien se vanter d'avoir réglé le cas de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction en deux petites semaines de septembre 2008, pour ses fameux comptes de dépense. Mais après ce départ, le président de la FTQ a continué de transiger directement avec Dupuis, pendant des mois, pour le projet Carboneutre.
En février 2009, cinq mois après le départ de Dupuis, Arsenault confie à un de ses conseillers qu'il savait que Dupuis était associé à Dominic Arcuri, «un vrai bandit... Assez que j'ai dit à Jocelyn : si tu ramènes ça à mon bureau, ton deal passe pas». La question, c'est : pourquoi ne lui a-t-il pas claqué la porte au nez? La commission aimerait le savoir. Pas pour blâmer Michel Arsenault. Pour éviter à d'autres de revivre la même chose.