Au ras des pâquerettes

Le collègue Gilbert Lavoie avait prédit lundi une fin de campagne sale. Elle l'a été cette semaine, pas de doute.
Les chefs ont tellement été occupés à lancer de la boue ou à s'essuyer ou les deux qu'ils n'ont pas eu beaucoup l'occasion de parler de ce qui est censé intéresser les Québécois : les soins de santé, la croissance économique, la création d'emplois, les finances publiques, la dette, l'environnement et l'éducation (dans l'ordre et selon un sondage CROP-Radio-Canada réalisé en début de campagne).  
La faute aux médias? Un peu court. Vrai que les médias n'aiment pas se faire dicter leurs manchettes par les faiseurs d'image des partis qui voudraient donc qu'on s'en tienne strictement à leur agenda et à leur message. Vrai qu'ils ont un peu beaucoup à voir avec la mise en scène de la campagne-spectacle. Mais ce sont bel et bien les stratèges politiques qui dirigent le jeu et les acteurs. 
Que fait-on pour contourner ou faire oublier un sujet litigieux? On lance une poignée de boue à son adversaire. Quand les sujets de sa campagne ne lèvent pas? On en lance deux ou trois. Quand son parti tire de l'arrière dans les sondages? C'est ça, une brouette. 
Au début de la campagne, le Parti québécois était favori dans les sondages. Pierre Karl Péladeau est arrivé avec son poing levé, le PQ l'a reçu dans le front. Ébranlé, le parti a lancé la charte, qui n'a fait que virevolter. Puis il s'est jeté à corps perdu avec Québec solidaire et la Coalition avenir Québec dans la bataille de l'éthique et de l'intégrité en tirant à boulets rouges sur le navire libéral, le meneur de la course. 
On saura le 7 avril si le navire a pris feu. En attendant, le spectacle n'est pas particulièrement édifiant.
Pendant le débat de jeudi soir, Philippe Couillard s'est vanté d'être le seul chef à ne pas jouer dans le bain de boue. Il avait raison. Sauf que personne ne se fait d'illusions quant aux véritables motifs qui l'incitent à rester à l'écart du terrain glissant de l'éthique et de l'intégrité. M. Couillard est parfaitement conscient que ses adversaires ont plus de munitions contre lui qu'il en a contre eux.
Dans l'état actuel des connaissances, du moins.
Car ni les travaux de la commission Charbonneau sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction ni les enquêtes de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) ne sont terminés, faut-il le rappeler. Allez savoir ce qui sortira du projet Joug de l'UPAC sur le financement illégal des partis politiques, qui ne s'intéresse pas seulement au Parti libéral. Et quelles autres surprises nous réservent les témoins de la commission Charbonneau. 
Nous n'insisterons jamais assez, il est extrêmement dommage que les élections aient été déclenchées avant la fin de la commission Charbonneau, qui n'a eu d'autre choix, pour éviter de politiser ses travaux, de suspendre ses audiences le temps de la campagne. 
Imaginez si le gouvernement Marois avait mis de l'eau dans son vin et que son budget avait été adopté. Que la loi sur les élections à date fixe avait été respectée et que le scrutin n'avait eu lieu qu'à l'automne 2016. Imaginez-vous en train de choisir le nouveau gouvernement en toute connaissance de cause, après le dépôt des rapports de la commissaire Charbonneau et des enquêteurs de l'UPAC.  
La réalité, c'est que les électeurs vont voter le 7 avril sur la base d'un paquet de rumeurs et de suppositions.
Pas sûr que ce soit de nature à mettre fin au cynisme de la population, si vous nous passez le cliché. Et que ça serve la démocratie, si vous nous en permettez un autre.