Le gouvernement du Québec veut obliger le médecin vétérinaire et le médecin à signaler à la municipalité qu’un chien a infligé des blessures.

Attention, chien et proprio dangereux

ÉDITORIAL / Qu’un propriétaire de chien risque de se retrouver plus de trois ans en prison parce qu’un juge le reconnaît coupable de négligence criminelle, il n’y a rien de mieux pour convaincre certains individus que leur ami sur quatre pattes peut être dangereux pour autrui et pour eux-mêmes. Ce qui ne dispense pas pour autant le gouvernement du Québec d’adopter rapidement son projet de loi 128 visant «à favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens».

Les planètes semblent bien alignées pour que le Québec se dote enfin de règles qui éviteront que des enfants et des adultes soient gravement blessés, voire meurent, parce qu’ils ont été agressés par un chien pourtant déjà identifié comme dangereux.

Christiane Vadnais est morte en 2016, à Montréal, après avoir été attaquée dans sa cour par un chien de type pitbull. La jeune Vanessa Biron a été pour sa part défigurée par le même type de chien, en 2015, dans un parc de Brossard.

Ces deux tristes histoires ont ému et fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Il ne faut pas que ce soit en vain.

Plusieurs se retrouveront dans les propos du président de la Société protectrice des animaux (SPA) de Québec, Félix Tremblay. «Notre but, c’est de cesser de simplement réagir aux incidents dramatiques et de contribuer à enfin mettre en place de nouvelles règles qui permettront aux autorités d’intervenir avant un drame.»

La SPA vient de lancer une pétition pour inciter le gouvernement à légiférer d’ici juin. Le ministre Martin Coiteux avait déposé son projet en avril dernier. Les consultations particulières et auditions publiques se dérouleront devant la Commission des institutions les 20, 21 et 22 mars.

Bien sûr, il n’est pas simple pour un gouvernement en fin de mandat de pousser un projet de loi qui soulève les passions. Québec veut obliger le médecin vétérinaire et le médecin à signaler à la municipalité qu’un chien a infligé des blessures. Le gouvernement prévoit que la municipalité pourra, lorsque les circonstances le justifient, rendre des ordonnances à l’égard d’un chien, de son propriétaire ou de son gardien. La Ville pourrait devoir ordonner l’euthanasie d’un animal.

Québec dresse aussi à l’annexe 1 de son projet de loi une liste de chiens «réputés potentiellement dangereux», notamment les pitbulls, les rottweilers, les chiens hybrides issus du croisement entre un chien et un canidé autre qu’un chien, ainsi que les chiens dressés à des fins de protection, de garde, de combat ou d’attaque. 

De beaux débats en perspective. Pour certains, dont la mairesse de Montréal, Valérie Plante, le problème, c’est d’abord le propriétaire du chien, la personne qui tient la laisse. Mme Plante a retiré le règlement interdisant les pitbulls, adopté par l’administration Coderre. 

Pour la SPA de Québec, il ne suffit pas de bannir une race. Il faut, selon elle, traiter de façon rigoureuse les plaintes des citoyens, sans attendre qu’un incident dramatique survienne.

De son côté, le juge Pierre Bélisle, de la Cour du Québec, semble vouloir lancer un message clair aux propriétaires de chien qui prennent leurs responsabilités à la légère. Il prononcera le 23 mars la peine qu’il réserve à Karim Jean Gilles qu’il a reconnu coupable de négligence criminelle dans la cause de la jeune Vanessa Biron. Une peine de trois ans lui paraît trop légère. Il vise une peine «sévère, peut-être même exemplaire».

Certes, tous les propriétaires de chiens, même de pitbulls, n’ont pas le profil «délinquant » de Karim Jean Gilles. Néanmoins, s’il écope de dix ans d’emprisonnement, certains y songeront deux fois avant de laisser leur animal en liberté, sans laisse, sans collier, sans muselière.