Des étudiants manifestent à San Francisco durant une marche contre la violence par armes à feu, un mois après la tuerie de Parkland en Floride.

Armes : manifester et voter

ÉDITORIAL / Ils auront beau être plus d’un demi-million à manifester ce samedi à Washington et dans diverses villes des États-Unis, ce ne sera pas suffisant pour convaincre les élus de légiférer pour un contrôle plus serré des armes à feu. Pour que le message porte et marque enfin un tournant dans ce pays, la mobilisation devra se maintenir et se traduire dans les urnes en novembre, lors des élections de mi-mandat.

Elle est bienvenue et inspirante cette grande mobilisation lancée par les jeunes survivants de la fusillade à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas de Parkland, en Floride, où 17 personnes ont perdu la vie le 14 février.

Mais si la colère et l’indignation se limitent à deux-trois manifestations, à de belles formules sur des pancartes, «Protégez notre avenir, pas les armes à feu», «Les pensées et les prières n’arrêtent pas les balles», et à des témoignages sur les réseaux sociaux, le funeste scénario de Parkland risque de se répéter.

Une autre fois — les armes à feu font plus de 30 000 victimes par an aux États-Unis —, l’émotion se dissipera, l’attention médiatique se déplacera vers un autre point d’intérêt jusqu’à ce qu’une tuerie fasse encore d’innocentes victimes et que des voix déplorent que la NRA (National Rifle Association) a réussi une fois de plus à convaincre les élus de ne pas agir ou de le faire dans l’intérêt du lobby des armes en voulant, par exemple, armer davantage les enseignants.

Si le mouvement initié par les jeunes de la Floride réussit à créer un véritable contrepoids, l’espoir est permis. Déjà, des entreprises (banque, compagnies aériennes ou de location de voitures) ont rompu leur partenariat avec la NRA. En Floride, l’âge minimal pour acheter une arme à feu a été repoussé de 18 à 21 ans.

Pour que d’autres gains se réalisent, les élus doivent craindre le vote de ceux qui réclament un meilleur contrôle des armes à feu. La mobilisation soutenue des jeunes prend alors toute son importance. Les politiciens  ne doivent plus pouvoir les ignorer en se disant qu’ils ne votent pas ou participent très peu au débat politique.

Quatre millions d’Américains atteignent leur majorité cette année et obtiennent ainsi leur droit de vote. L’agence Reuters rapportait jeudi que 5000 volontaires de l’association HeadCount seront présents à la «Marche pour nos vies» dans différentes villes américaines pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales et à exprimer leur choix  aux élections de novembre. Les jeunes peuvent certes faire contrepoids au discours des pro-armes sur les réseaux sociaux, mais leur rôle ne se résume pas à convaincre proches et parents d’adhérer à leur cause.

«Parkland va être la dernière fusillade», disait récemment une participante à la National School Walkout. Réduire le nombre de tueries serait déjà un exploit. Il faudra de la persévérance et de la vigilance.

Comme ici au Canada.  

«Il nous semble très clair que l’objectif premier n’est pas de maximiser la sécurité publique, mais de minimiser le mécontentement du lobby des armes à feu tout en donnant l’impression de passer à l’action», soutenait mardi Heidi Rathjen, diplômée de Polytechnique et porte-parole de Polysesouvient. Elle commentait le projet de loi C-71, sur la réforme sur la Loi sur les armes à feu, présenté par le gouvernement Trudeau.

Polysesouvient rappelle que ce sont les étudiants de Polytechnique qui «ont initié le mouvement canadien ayant mené aux plus grandes avancées canadiennes en matière de contrôle des armes à feu». C’était en 1989. Près de 29 ans plus tard, survivantes et proches des 14 femmes tuées ne peuvent toujours pas baisser la garde. Et ils ne vivent pas aux États-Unis.