Animaux et show de boucane

ÉDITORIAL / L’ex-ministre libéral Pierre Paradis avait promis un gros changement. La cruauté envers les animaux au Québec devait devenir de l’histoire ancienne, du temps où chiens, chats et chevaux étaient considérés comme des «biens meubles» et non des «êtres doués de sensibilité» ayant des impératifs biologiques. Une loi a bel et bien été adoptée. Encore faut-il la faire respecter pour que le changement se produise.

Sinon, la loi n’aura été qu’un «gros show de boucane politique», nous indiquait jeudi le professeur de droit de l’Université de Montréal, Alain Roy. La machine, le MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec), doit selon lui changer ses pratiques et livrer la marchandise. 

La Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, adoptée unanimement à l’Assemblée nationale en 2015, a de nouveau fait la manchette cette semaine.

Selon La Presse, deux SPCA, celle de Montréal et celle des Laurentides-Labelle, constatent que la situation n’a pas changé sur le terrain depuis deux ans et demi.

Qui plus est, que le MAPAQ «leur met des bâtons dans les roues dans l’application de la loi». 

Autre fait décevant rapporté, le cabinet du ministre Laurent Lessard a confirmé que le comité d’évaluation de l’efficacité de la loi qui devait être mis en place ne le sera pas. L’évaluation se fera à l’interne. 

Quand un ministère et un gouvernement se défilent au regard externe, ce n’est pas bon signe. Il y a risque d’évaluation complaisante qui ne mettra pas le MAPAQ, ni les entreprises et les activités concernées dans l’embarras ou dans l’obligation de consacrer plus de ressources à la protection des animaux. 

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement se retrouve sur la sellette avec ce dossier. En 2017, l’organisation d’un rodéo urbain à Montréal avait également soulevé des questions sur l’application du nouveau cadre juridique. Le Festival western de Saint-Tite a également été pointé du doigt. 

À l’initiative du professeur Roy et d’un groupe d’étudiants, une demande d’injonction visant à faire annuler le rodéo de Montréal a été formulée. Ceux-ci estimaient que ce type d’évènements entraînent stress, détresse et risques de blessures chez les animaux. Une entente de règlement a été conclue et a mené à la formation d’un comité paritaire chargé d’examiner le traitement des animaux lors des rodéos. Un rapport est attendu en août. 

Des contradictions existent selon M. Roy entre les nouvelles normes prévues dans la loi et ce qui se passe dans des rodéos, mais aussi dans le cadre d’autres activités touristiques impliquant des animaux. Il soutient de plus que le MAPAQ est en conflit de rôle. Protéger les animaux et protéger l’industrie. 

Que des voix s’élèvent ainsi indique que Québec a mal saisi la portée de sa loi et qu’il ne prend pas tous les moyens nécessaires pour la faire appliquer. Ou, qu’il n’a formulé que de bonnes intentions.

Plusieurs ont applaudi lorsque Québec a légiféré. Ils ont cru que le Québec cesserait d’être le cancre en matière de protection des animaux et de se retrouver dans les derniers rangs du classement de l’organisme Animal Legal Defense Fund.

Se défaire de cette mauvaise réputation, exige une volonté soutenue. Il serait dommage que le recours aux tribunaux soit toujours nécessaire pour y parvenir. 

Le ministre Paradis promettait en 2014 que la situation allait changer. Elle le devait selon lui, oui pour le bien de l’animal, mais aussi pour des considérations commerciales notamment d’échanges avec l’Europe, avait-il expliqué à La Presse canadienne.

Ce serait bête et hasardeux de revenir en arrière.