Le gouvernement de François Legault ne redistribuera pas les 1,4 milliard$ perçus en trop auprès des clients d’Hydro.

Abonnés et électeurs trompés

ÉDITORIAL / Des abonnés d’Hydro et des électeurs ont été roulés dans la farine par la Coalition avenir Québec. Le gouvernement de François Legault ne redistribuera pas les 1,4 milliard$ perçus en trop auprès des clients de la société d’État. Comme les gouvernements précédents, il compte sur les dividendes d’Hydro.

«Taxe déguisée». «Taxe sournoise». Dans l’opposition, la façon de faire d’Hydro et du gouvernement horripilait au plus haut point la CAQ.

Sa députée Chantal Soucy avait déposé à l’Assemblée nationale une pétition signée par plus de 48 000 personnes réclamant le remboursement des trop-perçus. Hydro devait rembourser, répétaient la députée et son chef.

Six semaines après avoir pris le pouvoir, les caquistes changent de discours.

«Malheureusement, dans ce cas-ci, nous ne pourrons corriger les injustices qui ont été faites par les libéraux», a répondu la semaine dernière aux médias une porte-parole du bureau du premier ministre. Le genre de réponse qui alimente le cynisme et la méfiance à l’égard des politiciens. 

Et pourquoi ce qui paraissait possible à un parti il y a encore quelques mois, devient impossible une fois qu’il se retrouve à la barre du gouvernement?

Les explications du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Julien, sont toujours attendues.

À moins que le gouvernement compte sur la mise à jour budgétaire de son ministre des Finances, Éric Girard, en décembre, pour faire oublier sa volte-face.

François Legault a en effet aussi promis de remettre rapidement de l’argent dans le portefeuille des Québécois et à ne pas hausser les tarifs d’électricité plus haut que l’inflation, rappelait également la porte-parole. 

Il est probable que la CAQ n’a jamais eu l’intention de remettre de l’argent aux abonnés d’Hydro. Le parti n’a toutefois pu résister à faire du millage en faisant miroiter un chèque de 350 $ à chaque client d’Hydro. Une demande de recours collectif a même été déposée par la Coalition Peuple allumé. 

Rendue au pouvoir, la CAQ est prête à s’accommoder de cette ancienne «taxe déguisée» et «sournoise». 

Bien sûr, les excédents ont été au fil des ans retournés dans les coffres du gouvernement sous forme de dividendes. La Vérificatrice générale relevait en mai que «des écarts de rendement favorables à Hydro-­Québec ont totalisé 1,5 milliard$ de 2005 à 2017 et lui ont permis de verser 1,1 milliard $ de dividendes supplémentaires  au gouvernement». 

Québec a donc pu utiliser ce 1,1 milliard$ pour équilibrer son budget et payer ses dépenses en santé, en éducation, etc. Il n’y a donc aucun problème puisque toute la population en profite? 

La forme a son importance.

Lorsque les abonnés d’Hydro paient leur facture, c’est pour l’électricité consommée pour s’éclairer, pour chauffer leur maison ou pour faire fonctionner divers appareils. Point. Certains y arrivent d’ailleurs de peine et de misère et doivent prendre des ententes de paiement avec Hydro qui parfois procède au débranchement des mauvais payeurs.

Nos écoles, nos hôpitaux, nos routes et autres missions de l’État sont par ailleurs financés avec les taxes et les impôts fixés selon les revenus.

Hydro n’a pas à se faire percepteur d’impôt par la bande, à dénaturer la facture de consommation d’énergie. Ce n’est pas son rôle. 

En 2017, la députée Soucy écrivait que «personne à la CAQ ne remet en cause le principe de l’impôt et de la taxation pour financer les services publics. Ce que nous réclamons, c’est la simple transparence. Si le gouvernement veut imposer une taxe aux Québécois, qu’il le fasse ouvertement et nous pourrons en débattre».

Transparence. Un mot vite oublié.