Opinions

Qu’en pense Suzanne?

ÉDITORIAL / Philippe Couillard et le Parti libéral ont marqué dans leur propre filet. Un chef de parti, de surcroît premier ministre, qui renie sa parole inspire la méfiance tant de la population que des militants libéraux. Que M. Couillard invoque «l’intérêt supérieur du parti» pour expliquer l’éviction du «doyen» François Ouimet dans Marquette pour le remplacer par l’ancien hockeyeur Enrico Ciccone témoigne de plus de sa difficulté à juger d’enjeux qui lui apparaissent sans doute trop terre à terre.

Dans une entrevue à La Presse, M. Couillard indiquait cette semaine que sa femme, Suzanne, était sa principale conseillère.

Opinions

Avant de dire non à Apuiat

ÉDITORIAL / Le débat actuel entourant le projet de parc Éolien Apuiat, promis en 2015 par le gouvernement du Québec aux communautés innues, est malsain. Non pas parce qu’on ne devrait pas en discuter, mais parce qu’on devrait le faire sur des bases factuelles et en connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas présentement.

On oublie trop facilement que ce projet est d’abord et avant tout une entente entre gouvernements. «Apuiat constitue le premier projet national de la Nation Innue», ont rappelé ces communautés après que la lettre du président d’Hydro, Éric Martel, ait été rendue publique.

Éditorial

L’appât du 8 $ par jour

ÉDITORIAL / Si les politiciens se préoccupaient vraiment du bien et du développement des tout-petits, ils proposeraient des actions pour augmenter la qualité dans les services de garde — tous types confondus — au lieu de simplement rechercher le vote de leurs parents en leur faisant miroiter un tarif unique à 8,05 $ par jour, la gratuité pour tous les enfants ou ceux de 4 ans.

Le volet qualité des services de garde est toujours négligé, voire ignoré, lors des campagnes électorales. Il semble que la prochaine ne fera pas exception même si chaque formation parlera de l’importance d’agir tôt et du rôle des services éducatifs à la petite enfance pour la réussite éducative. 

Le gouvernement du Québec dépense plus de 2,5 milliards $ par an pour des services de garde et pour des crédits d’impôt aux parents dont les petits ne fréquentent pas des garderies subventionnées. Il devrait se soucier de la qualité des services et de leur plus-value pour les enfants. 

Les partis se livrent depuis vingt ans à une surenchère sur le nombre de nouvelles places et sur la contribution réclamée aux parents, mais ils sont trop peu actifs sur les éléments qui font que la fréquentation d’un service de garde aura un effet positif et marquant sur le développement de l’enfant, qu’importe le milieu où vit l’enfant. C’est pourtant un des objectifs de la politique familiale. Le but de celle-ci — il ne faut pas l’oublier — ne se limite à faciliter la conciliation travail-famille, à accroître le taux d’activité des jeunes mères sur le marché du travail et à réduire le travail au noir.

Or, pour avoir un effet positif, le service de garde doit être éducatif et de qualité. Malheureusement, celle-ci n’est pas toujours au rendez-vous. 

Dans la dernière enquête Grandir en qualité (2014), l’Institut de la statistique du Québec relève que la moitié des enfants de 18 mois à 5 ans inscrits dans un CPE (centre de la petite enfance) ont des services classés de qualité acceptable, que 45 % obtiennent des services jugés bons ou excellents et que 4 % reçoivent des services de qualité insatisfaisante. 

Dans les garderies non subventionnées, 53 % des enfants reçoivent des services considérés comme acceptables, 10 % des services jugés bons ou excellents et 36 % sont inscrits dans des milieux où les services sont qualifiés d’insatisfaisants. Faute de données, l’Institut n’a pu évaluer les garderies subventionnées et les milieux familiaux subventionnés.

Comment peut-on se contenter d’une cote moyenne passable et prétendre que les services de garde prépareront mieux les tout-petits, notamment ceux en difficulté et ceux de milieux défavorisés, à la vie et à leur entrée à l’école? 

Cessons de nous raconter des histoires et de penser que nous rattraperons le temps perdu avec des maternelles 4 ans.

Pour que les services de garde fassent une différence dans la vie des jeunes, des conditions doivent être réunies. 

Des chercheurs ont indiqué à la Commission sur l’éducation à la petite enfance que les principaux facteurs de qualité sont la formation initiale et continue du personnel ainsi que son expérience, le ratio éducateur/enfants, les interactions entre le personnel éducateur, les enfants et les parents, le programme éducatif, la capacité à organiser un environnement physique et social adapté aux enfants. Une synergie entre les services de garde, les services sociaux et de santé, les groupes communautaires et les écoles est également nécessaire.

Bien sûr, promettre un tarif de 8 $ par jour ou la gratuité est plus facile à vendre en campagne électorale que des pratiques éducatives dont les effets ne sont pas visibles dans l’immédiat ni dans le portefeuille. Il est pourtant du devoir des élus d’établir des politiques publiques efficaces.

Éditorial

Croquer du fonctionnaire

ÉDITORIAL / François Legault reprend le thème accrocheur de la lutte à la bureaucratie et au gaspillage mais il se garde bien toutefois de chiffrer combien de postes de fonctionnaires pourraient disparaître avec l’arrivée d’un gouvernement caquiste. C’est plus prudent, mais aussi, plus réaliste. L’abolition de postes, même par attrition comme le propose la CAQ, n’est pas une garantie que les citoyens du Québec seront mieux servis et qu’ils en auront davantage pour leur argent.

«Nous allons rénover l’État québécois. Nous allons réduire la taille de l’État. L’État doit se serrer la ceinture», martelait en novembre 2014 Martin Coiteux, ministre libéral responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes, et président du Conseil du Trésor.

Le gouvernement Couillard a réalisé certains de ses objectifs. Il a notamment légiféré pour avoir un décompte plus exact des employés payés par nos impôts et nos taxes. 

Mais, les données prévisionnelles qui accompagnaient ce printemps le budget indiquent une hausse de 1,4 % ou de 926 équivalents temps complet (ETC) dans la fonction publique pour 2017-2018. Une augmentation attribuable en partie à la nécessité d’ajouter du personnel pour réduire les délais dans le système de justice.

Les effectifs de la fonction publique demeurent néanmoins moindres qu’en 2013-2014, précise-t-on dans le document Stratégie de gestion des dépenses, une gestion responsable au bénéfice de la population.

La tendance est-elle en train de changer de direction? Est-ce le signal qu’il y a des limites et des conséquences négatives à supprimer des postes, à ne pas remplacer les employés qui partent à la retraite, à négliger de se bâtir une expertise interne solide et à ne pas embaucher alors que les besoins augmentent dans certains secteurs? 

En 2017-2018, les effectifs sont aussi en hausse de 1,9 % (7935 ETC) dans les organisations hors fonction publique. «Cette augmentation s’explique principalement par les investissements additionnels, annoncés au Plan économique du Québec de mars 2017, en santé et en services sociaux pour diminuer le temps d’attente dans les hôpitaux, accroître et améliorer les soins et services offerts dans les centres d’hébergement de soins de longue durée, diminuer les délais en services diagnostiques et à l’accès à la chirurgie et accroître l’accessibilité aux services de protection de la jeunesse et aux services psychosociaux, ainsi qu’en éducation et en enseignement supérieur pour accroître la réussite éducative des élèves et des étudiants».

Le scénario risque de se répéter. On supprime ou abolit des postes par attrition en début de mandat, puis on embauche lorsque les citoyens sont mécontents et que les élections approchent. 

Les Québécois ont plus d’une fois entendu les politiciens s’engager à réduire le nombre d’employés de l’État tout en jurant que la réorganisation n’affecterait pas les services «directs» aux citoyens.

Aux yeux de certains, tout ce qui doit se réaliser avant ou après le «service direct» semble inutile. La planification, l’analyse des besoins, le contrôle des coûts, le respect des objectifs, le suivi et l’évaluation des programmes et des services paraissent superflus. Et pourtant, ces opérations peuvent éviter le gaspillage, limiter les abus, l’arbitraire et aussi, réduire la bureaucratie, celle, détestable qui retarde inutilement ceux qui livrent les services. 

Encore faut-il que les élus aient l’humilité et la sagesse de reconnaître qu’ils ont misé parfois sur des politiques et des mesures qui ne donnent pas les effets escomptés. Encore faut-il qu’ils aient le courage de corriger le tir sans attendre que des experts externes payés chèrement leur suggèrent ce que des fonctionnaires ont parfois identifié avant eux. 

Éditorial

Pas raciste, juste xénophobe

ÉDITORIAL / Le député de Beauce, Maxime Bernier, a décidé de dire tout haut ce que d’autres — pas tout le monde, Dieu merci — pensent tout bas. «Le multiculturalisme extrême et le culte de la diversité de Trudeau vont nous diviser en petites tribus qui ont de moins en moins en commun», a-t-il écrit sur Twitter.

«La balkanisation culturelle amène la méfiance, les conflits sociaux et potentiellement la violence», écrit-il dans un dernier tweet, qui se conclut ainsi : «Plus de diversité ne nous rendra pas plus forts, cela détruira notre pays.»

Ce n’est pas du racisme. M. Bernier ne prône pas la supériorité d’une race sur une autre ni la domination d’un groupe ethnique sur les autres.

C’est juste de la xénophobie...

Et c’est tout aussi répugnant.

L’idée selon laquelle la diversité ou le multiculturalisme vont «détruire» la culture de ce pays alimente l’un et l’autre. Le député s’en est défendu hier, disant n’avoir critiqué que la volonté de Trudeau d’avoir «plus» de diversité. La distinction est si insignifiante qu’elle ne mérite pas qu’on s’y attarde.

Cette profession de foi n’est pas venue de nulle part. Elle correspond tout d’abord aux positions qu’il a défendues pendant la course à la chefferie conservatrice. La politique d’immigration canadienne vise, disait-il alors, à forcer la transformation de «l’identité culturelle et du tissu social du Canada». La peur de l’étranger est un levier vieux comme le monde qui a été utilisé contre les Juifs, les Irlandais, les Italiens ou les Noirs. Maxime Bernier n’invente rien.

Mais surtout, comme Kellie Leitch avant lui, il se fait le perroquet de l’extrême droite américaine. Il a tenu à peu de choses près les mêmes propos que l’animatrice de Fox News, Laura Ingraham, a prononcés la semaine dernière. «[...] il semble que dans plusieurs endroits, disait-elle, l’Amérique que nous connaissons et que nous aimons a cessé d’exister. Des changements démographiques massifs nous ont été imposés de force...», alors que défilaient derrière elle des images de travailleurs saisonniers venus de l’Amérique latine.

Elle aussi a tenté de minimiser la portée de ses paroles, mais quand David Duke, l’ex-grand sorcier du Ku Klux Klan, affirme que ce commentaire était «l’un des plus importants jamais tenus dans un média d’information», le sens est limpide.

L’immigration est un dossier que le Parti conservateur a exploité par le passé, et même sous un nouveau chef, bien peu de choses semblent avoir changé. M. Bernier a apparemment voulu faire connaître ses vues en prévision du congrès qui se tient la semaine prochaine à Halifax.

Andrew Scheer ne pourra pas ignorer cette nouvelle sortie d’un député qui n’en est pas à ses premières frasques au sein de la formation politique. Ou bien le chef conservateur approuve ce discours ou bien il le condamne. La neutralité n’est pas une option devant de tels propos.

Maxime Bernier, qui craint de voir son pays détruit par un excès de diversité, a pourtant peu de raisons d’angoisser. Les immigrants constituent à peine 1,5 % de la population dans Chaudière-Appalaches, où se trouve sa circonscription, alors que plus de 20 % de la population canadienne est née à l’étranger.

Si ses propos traduisent réellement sa pensée, il ne mérite ni son siège de député ni sa place dans l’opposition officielle, car son discours revient à dire que des Canadiens constituent une menace pour notre pays en raison de leur origine. Le vrai danger vient de ceux qui alimentent la haine.

Éditorial

Google-Facebook: la fête est finie

ÉDITORIAL / «L’époque où ces conduits pouvaient être considérés comme neutre est révolue.» Vous n’avez probablement pas entendu parler de cette citation récente d’un sénateur (Ron Wyden, Oregon), mais elle annonce un revirement du cadre légal à l’intérieur duquel les réseaux sociaux fonctionnent.

Ron Wyden est l’auteur d’une clause, l’article 230 de la Communications Decency Act, adoptée en 1996, qui protège les fournisseurs de «services interactifs numériques» contre toute responsabilité légale pour le contenu produit par leurs utilisateurs. Les «conduits» dont il parle, ce sont donc les compagnies comme Facebook, Twitter, YouTube, à travers lesquels une majorité de la population s’informe. 

«L’idée était de leur fournir un bouclier et une épée. Mais l’épée n’a jamais été utilisée», a expliqué le sénateur. M. Wyden participait à un comité sénatorial sur les campagnes de désinformation menées par des puissances étrangères, la Russie au premier chef. Mais le problème est beaucoup plus large. 

Le patron de Facebook en a donné un aperçu lorsqu’il a déclaré en entrevue, le mois dernier, que son réseau ne bannirait pas les comptes de néonazis, ou de gens qui nient l’holocauste, ou d’un réseau comme Infowars qui propage des théories mensongères de complots. Cela irait contre le principe de «donner une voix aux gens», a-t-il expliqué. 

Sa position est absurde, car elle repose sur une fausse équivalence de contenus, comme s’il n’existait aucune limite. Et Facebook vient d’ailleurs d’expulser Infowars. La prétendue neutralité des réseaux à laquelle aspire Mark Zuckerberg est en réalité un piège à partir du moment où la logique même des filtres et algorithmes créés par ces mêmes réseaux est d’amplifier les contenus incendiaires ou mensongers. 

Ces mécanismes qu’ils ont créés visaient à augmenter leur portée et leurs utilisateurs, mais ils se sont retournés contre nous. Ils n’ont peut-être pas créé la polarisation de l’opinion à laquelle on assiste, mais ils lui ont donné le souffle dont elle avait besoin. 

Aux États-Unis, Google et Facebook à eux seuls sont la principale source d’information pour 70 % des citoyens, selon un article de Rolling Stone. Un pouvoir aussi grand constitue un risque énorme s’il n’est pas accompagné de mécanismes efficaces de contrôle. Et pour l’instant, ils sont à peu près inexistants, tant aux États-Unis qu’au Canada, contrairement à l’Europe.

Quatre compagnies, Apple, YouTube, Spotify et Facebook, viennent de bannir la tête d’affiche d’Infowars, Alex Jones, de leurs services. L’application d’Infowars est encore distribuée par Apple et certaines pages ont survécu, mais c’est la première fois que ces réseaux prennent une telle mesure envers un personnage aussi populaire. Jones comptait 2,4 millions d’abonnés sur YouTube et 1,6 million sur Facebook. 

Les quatre expulsions sont survenues pratiquement en même temps, à quelques jours sinon quelques heures d’intervalle. C’est un signe que ces entreprises réagissaient avant tout à la pression qui s’exerce sur elles de la part du public. 

D’autres leur reprochent au contraire d’exercer une forme de censure, mais des entreprises qui sont se sont assuré le monopole sur les communications et l’information pour des milliards d’utilisateurs ont acquis ce statut de toute façon. Leurs algorithmes exercent une censure de facto. La seule façon de briser cette hégémonie, c’est d’instituer des règles, et de se donner les moyens de s’assurer qu’elles soient respectées. 

La prétendue neutralité des réseaux sociaux est en réalité un piège

Éditorial

Et merci pour vos blindés!

ÉDITORIAL / Le gouvernement libéral a bien tenté de marcher sur le fil de fer qui sépare, d’un côté, la défense de nos valeurs et, de l’autre, la protection de nos intérêts commerciaux et surtout stratégiques au Moyen-Orient, mais le royaume saoudien vient de démontrer la futilité de cet effort.

Les craintes exprimées par la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, devant l’arrestation de Samar Badawi, la sœur de Raif Badawi, ne sauraient toutefois expliquer à elles seules les réactions démesurées annoncées lundi par Riyad. Il se passe quelque chose d’autre, reste à savoir quoi. 

Le régime veut-il envoyer un message aux autres pays occidentaux? Mais pourquoi se sentirait-il si menacé à ce moment précis, qu’il décide de renvoyer l’ambassadeur du Canada, de rappeler le sien et du même souffle près de 15 000 étudiants saoudiens qui étudient au Canada?

Et lundi en fin d’après-midi, on apprenait que la compagnie aérienne saoudienne annulait, à compter du 13 août, tous ses vols au Canada.

Qu’a donc dit la ministre pour provoquer l’ire du prince héritier Mohammed Ben Salman? Un simple tweet :

«Très alarmée d’apprendre l’emprisonnement de Samar Badawi, la sœur de Raif Badawi, en Arabie Saoudite. Le Canada appuie la famille Badawi dans cette difficile épreuve, et nous continuons de fortement appeler à la libération de Raif et Samar Badawi.»

L’injure, on le voit, est sans commune mesure avec la réparation infligée par le royaume. 

Sans doute le prince a-t-il jugé que le Canada, un partenaire commercial somme toute modeste, toutes proportions gardées, pouvait servir d’exemple aux autres nations qui seraient tentées de critiquer les abus des droits humains auxquels se livre le jeune monarque.

Peut-être, aussi, le gouvernement saoudien a-t-il voulu préparer le terrain s’il s’apprête à poser d’autres gestes répressifs. À ce stade, tout n’est que conjecture.

Mme Freeland a raison de garder la tête froide et de maintenir le cap. Il est inutile de vouloir amadouer le gouvernement saoudien en se pliant à ses quatre volontés.

Le premier ministre Trudeau et l’ex-ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, avaient pris la décision impopulaire de ne pas annuler le contrat de plusieurs milliards de dollars pour la livraison de véhicules blindés légers justement pour préserver nos relations avec cet acteur incontournable du Moyen-Orient.

Ce capital politique n’a pas permis d’obtenir la libération de Raif Badawi. Et si quelques mots de la part d’une ministre — une femme évidemment — l’ont réduit à néant, c’est qu’il tenait à bien peu de choses. 

Il ne faut pas s’attendre à ce que les États-Unis se donnent la peine d’intercéder en notre faveur. L’administration Trump a fermé les yeux sur bien pire pour cultiver les faveurs du prince, et le président doit se réjouir de la gifle servie à M. Trudeau, s’il ne l’a pas encouragée, même.

Il serait toutefois surprenant que les rapports entre nos deux pays en restent là de façon durable. Ce n’est pas la première fois que l’Arabie Saoudite prend offense de critiques envers ses pratiques. Elle l’avait fait avec la Suède en 2015. Le conflit s’était réglé rapidement, mais il n’avait pas atteint de telles proportions.

Et l’Arabie Saoudite aussi devra payer un prix, car le pays projette de plus en plus l’image d’un partenaire imprévisible et isolé.

Éditorial

L'angle mort du système de santé

ÉDITORIAL / Les négociations entre les dentistes et le ministère de la Santé n’auraient jamais dû aller jusqu’à la désaffiliation de milliers d’entre eux du régime public des soins dentaires. Le ministre Gaétan Barrette aurait été mieux avisé de maintenir le dialogue plutôt que d’en arriver au point où il doit avoir recours à un arrêté ministériel pour assurer que les services soient offerts. Une négociation se fait à deux, le blâme n’est pas exclusif, mais le ministre a tous les outils pour éviter l’escalade.

Mais à quelque chose, malheur est bon. Cela nous donne non seulement l’occasion de parler d’un domaine négligé de la santé, mais même d’en faire l’un des (nombreux) enjeux de la prochaine élection. En ce sens, la stratégie de M. Barrette pourrait se retourner contre lui si les autres partis en profitent pour se distinguer du bilan libéral en la matière, ce qui ne constitue pas un défi insurmontable. 

Le Québec est l’une des provinces où la santé dentaire est le plus en retard. La Direction de santé publique, citée par l’Ordre des dentistes, observe que «les enfants québécois ont de 40% à 50% plus de caries que les autres enfants nord-américains du même âge» et que la proportion des personnes de 45 ans et plus complètement édentés est deux fois plus élevée au Québec (24%) que dans l’ensemble du Canada. 

Parce que la santé dentaire n’a jamais été incluse dans la Loi canadienne sur la santé, on persiste à y voir une question de responsabilité individuelle ou d’hygiène personnelle. Mais pour ceux et celles qui ont de graves problèmes à faire soigner, cette distinction est futile. Un problème de santé est un problème de santé. Qu’il soit dans les pieds ou dans la bouche n’y change rien.

Le ministre Barrette a raison de dire que «ce n’est pas à la table de négociation que sera déterminé le panier de services». Mais en même temps, lorsqu’il demande aux dentistes de «prioriser» les services qui devraient être couverts, et implicitement ceux qui ne le seraient plus, ou moins, n’est-ce pas exactement ce qu’il fait?

Il est difficile pour les Québécois de se faire une idée précise du désaccord à la table de négociations, mais si on en arrive au point où 2000 dentistes se disent prêts à se retirer du régime public, la moindre des choses serait d’expliquer à ceux et celles qui seraient touchés quel est l’enjeu exact de ces discussions. 

La couverture publique actuelle est inadéquate, pour ne pas dire dérisoire. Mais les blâmes sont à partager pour cet état de choses. Les négociations pour redéfinir les champs de pratique, qui devaient mener au dépôt d’une nouvelle loi, ont avorté en grande partie en raison des intérêts corporatistes des corps professionnels dentaires. 

L’Office des professions avait fait ses recommandations à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, pour permettre entre autres aux hygiénistes dentaires de pratiquer de façon autonome, sans la supervision des dentistes. Le Québec est l’un des seuls endroits en Amérique du Nord où c’est le cas, selon la présidente de l’Ordre des hygiénistes dentaires. 

L’Association des dentistes ne convaincra personne que son opposition à cette pratique est motivée par l’intérêt des patients. Pas dans l’état actuel des choses. 

Ce dossier fait rarement les manchettes, mais l’élection qui s’amorce offre une occasion inespérée de s’y pencher et d’offrir mieux. Québec Solidaire propose un plan audacieux qui mérite d’être considéré. Les autres partis doivent se positionner eux aussi. 

Pierre Jury

Des erreurs de forme et de fond

ÉDITORIAL / La décision de Doug Ford de réformer le conseil municipal de Toronto est mal avisée et soulève plusieurs questions de forme et de fond. Étonnamment, la question fondamentale sur le nombre optimal de conseillers qui devraient représenter les contribuables de la Ville-Reine passe loin, loin derrière.

En effet, M. Ford laisse la population échanger sur les ratios élus/population par exemple, alors qu’il se réfugie derrière une ou deux phrases creuses du genre « Toronto a 25 députés fédéraux, 25 députés provinciaux et devrait avoir 25 conseillers ». Outre le fait que ces chiffres correspondent, M. Ford n’apporte aucune autre justification que les économies budgétaires de 25 millions $, fortement disputées. Car « plus le nombre d’élus est faible pour desservir une même population, plus chacun des élus peut devoir s’entourer d’un nombre important d’employés politiques (et) et une réduction du nombre d’élus n’aurait qu’un effet marginal sur les dépenses », selon une étude du CIRANO de 2013. 

Mais Doug Ford continue comme si tout se faisait par magie. Pendant ce temps, des citoyens soulèvent les exemples de New York (8,5 millions de population, 50 élus, soit 1 pour 170 000) ou de Vancouver (1 pour 70 000) par rapport à Toronto (2,8 millions, 47 élus, 1 pour 60 000), sans égard au fait que ces trois villes sont situées dans des endroits bien différents, avec des cultures bien différentes. Il y a là un début de débat que M. Ford se garde bien d’explorer.

Pourquoi cibler Toronto et pas Ottawa, London ou Windsor ?

Cela laisse filtrer que M. Ford, un ancien conseiller municipal torontois, pourrait avoir quelques mailles à tirer avec son ancienne ville, tandis qu’il laisse les autres tranquille. Pourtant, il y a eu des discussions sur l’à-propos des 23 élus municipaux d’Ottawa (1 pour 40 000) dans le passé. Un sain débat, bien engagé, serait bienvenu.

Et lorsqu’il dit que les progressistes-conservateurs « ont promis un gouvernement pour le peuple », cela ne s’appliquerait que pour Toronto et pas les autres ? 

Cette drôle de logique est tombée comme une surprise sur le dos des citoyens. M. Ford dit qu’il a été transparent dans ses intentions, mais ce n’est pas le cas. Il aurait soulevé l’idée lors d’une rencontre avec le maire de Toronto, John Tory (qui a battu M. Ford en 2015), mais c’est tout. Il n’y a rien dans une promesse d’« un gouvernement pour le peuple » qui laisse entrevoir qu’il entendait sabrer dans le nombre d’élus de la Ville-Reine. Si l’idée était limpide à ses yeux, elle ne l’était pas pour tous les autres. 

Et puis, il y a le moment choisi pour l’annoncer, alors que les mises en candidatures étaient à toutes fins utiles terminées. Si cette idée va de l’avant – et nous n’avons aucun doute que cela procédera puisque le PC est majoritaire à Queen’s Park –, cela chamboulera le calendrier électoral de tout le monde à Toronto. Tout ça pour concrétiser une idée d’un premier ministre qui saute sur une occasion pour provoquer une réforme pas trop populaire.

Doug Ford aurait dû convenir une commission indépendante sur le nombre d’élus dans les municipalités de l’Ontario, pas que Toronto. Et ouvrir la porte à des questions sur la rémunération, tant qu’à faire. Il aurait dû prendre son temps et donner à tous le sentiment qu’ils ont été entendus. En lieu et place, il joue du coude comme un matamore ce qui ne fait ni avancer les objectifs de son nouveau gouvernement, ni avancer la démocratie municipale. 

Éditoriaux

Nous avons créé ces canicules

ÉDITORIAL / Nous ne les avons pas inventées. Les canicules, les sécheresses ou les feux de forêts ont toujours existé. Mais celles qui frappent, simultanément, plusieurs points du globe cet été, c’est nous qui les avons façonnées.

Et ça n’est que le début, un simple avant-goût du monde que nous laisserons en héritage aux générations qui suivent.

Ce que nous modifions avec la hausse de concentration du CO2 dans l’atmosphère, c’est la variabilité, l’intensité, la fréquence de ces phénomènes. Ces canicules généralisées qui frappent aussi bien le Japon que l’Amérique ou la Suède, sont alimentées par des systèmes à l’échelle planétaire.

«Les indices provenant de ces événements extrêmes autour du monde sont très convaincants», soutient dans Inside Climate News Corinne Le Quéré, une Québécoise qui dirige un centre de recherche britannique sur les changements climatiques. «C’est un signe que le réchauffement en est la cause, sinon y contribue.»

Mme Le Quéré était d’ailleurs de passage à Québec récemment pour plaider en faveur d’une meilleure gouvernance de l’État face à ce défi.

Les chercheurs sont de moins en moins réticents à relier des événements précis aux changements climatiques.

Chaque année, depuis six ans, l’American Meterological Society publie un rapport sur les événements extrêmes de l’année précédente. La sixième édition, publiée en janvier dernier, est la première où on conclut que les records de chaleur observés en 2016, tant à l’échelle planétaire qu’en Asie et dans le milieu marin sur les côtes de l’Alaska, n’auraient pas été possibles dans l’ère préindustrielle, sans le CO2 que nous avons rejeté dans l’atmosphère.

Il est trop tôt pour se prononcer définitivement sur l’année en cours, mais une autre organisation, le World Weather Attribution (WWA), qui réunit plusieurs centres de recherche, publie des analyses préliminaires. À partir des données recueillies cette année et les années précédentes, le WWA conclut que les vagues de chaleur sont deux fois plus fréquentes en Irlande, aux Pays-Bas et quatre fois plus au Danemark.

L’année dernière, l’organisation arrivait aux mêmes conclusions pour le sud de l’Europe. Dans le nord de la Finlande, les températures enregistrées cette année ont d’ailleurs surpassé tout ce qui a été mesuré depuis un siècle.

Les scientifiques ne sont pas les seuls à tirer cette conclusion.

En Californie, la présidente de la Pacific Gas and Electric Company (PG&E) affirmait que les feux qui ravagent l’État cette année «sont la preuve que nous vivons dans une nouvelle normalité désormais».

Ce n’est pas pour rien que cette puissante corporation invoque les changements climatiques. Les incendies de cette année risquent d’entraîner des pertes de plus d’un milliard de dollars et l’entreprise fait pression sur l’État pour obtenir des assouplissements.

La compagnie a aussi été tenue responsable, par le Département de foresterie de protection contre le feu de Californie, pour certains des feux qui ont ravagé les régions vinicoles de Napa et Sonoma l’année dernière, en raison de travaux de déboisement insuffisants près des fils, ou de transformateurs qui ont explosé.

L’impact des changements climatiques n’est plus une vue de l’esprit, c’est une réalité qui se calcule par les pertes qu’elle provoque, par les investissements qui sont nécessaires pour adapter nos infrastructures à de plus grands extrêmes météorologiques, et par les pertes de vies humaines qu’elle entraîne.