Éditorial

Le système fonctionne?

ÉDITORIAL / Lorsque les dénonciations abondent, que seulement 5 % des agressions sexuelles aboutissent aux services de police et que 3 plaintes sur 1000 mènent à une condamnation, il est impossible de prétendre que notre système de justice fonctionne bien. Il faut du changement. Maintenant.

La ministre de la Justice du gouvernement caquiste, Sonia Lebel, ne semblait pas être convaincue de cette nécessité. «Le système fonctionne», soutenait-elle mercredi après que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ait indiqué que plusieurs plaintes pour agressions sexuelles déposées contre Gilbert Rozon ne feraient pas l’objet d’accusations.

Heureusement, Mme Lebel, ainsi que le premier ministre François Legault, ont corrigé le tir et convenu qu’une réflexion s’imposait. M. Legault est même ouvert à l’idée d’un tribunal spécialisé en matière de violences sexuelles et conjugales, comme le préconisent le Parti québécois et sa députée Véronique Hivon. Il est prêt à mettre la partisanerie de côté.

La situation commande en effet que les parlementaires examinent comment «le système» peut être amélioré, ajusté, transformé pour que les personnes qui se disent victimes d’agressions sexuelles aient confiance que justice sera rendue, et que celles qui sont accusées d’agressions aient le même sentiment.

Lorsque l’opposition, le directeur du service de police de la Ville de Montréal et une juge se tournent vers le législateur, le gouvernement Legault peut difficilement prôner le statu quo en matière d’agressions sexuelles. D’autant plus qu’à Ottawa, Justin Trudeau ne ferme pas la porte à une révision du Code criminel.

Comme le propose la députée Hivon, des représentants de la magistrature, du DPCP ainsi que des experts psychosociaux et en droit doivent accompagner des élus de toutes les formations politiques dans la recherche de nouvelles façons de faire qui permettront de mieux traiter les plaintes des victimes d’agressions sexuelles.

Depuis le début de la vague de dénonciations, des choses changent. Des services de police ont revu la façon dont ils évaluent les plaintes. Certaines étaient rejetées trop rapidement.

Si les acteurs du système de justice ont été capables en 2016 de se concerter et de proposer des actions pour corriger la problématique des délais judiciaires, si le gouvernement a légiféré et investi pour améliorer l’accès à la justice, tous peuvent déployer les mêmes efforts pour que le sentiment d’injustice cesse de hanter les présumées victimes d’agressions sexuelles.

À quoi bon que ces personnes brisent le silence et dénoncent leur agresseur, si la démarche est douloureuse, ardue et a bien peu de chances de mener à une accusation, à une condamnation.

Le mouvement #moiaussi a incité plusieurs victimes à parler et donné l’espoir que le vent tournerait. Les harceleurs et les agresseurs ne demeureraient pas si souvent impunis.

Ce sentiment d’impunité reviendra et persistera si des changements ne sont pas apportés.

«Il y a une vingtaine de femmes qui ont porté plainte. Elles ne se connaissent pas. Ou elles sont 20 menteuses, ou le système judiciaire est défaillant», a commenté la semaine dernière l’une des Courageuses qui a intenté une poursuite civile contre Rozon.

Dans un communiqué, le DPCP notait pour sa part qu’il «arrive que le procureur, bien qu’il croit la victime, en arrive à la conclusion que la preuve au dossier ne permet pas une démonstration hors de tout doute raisonnable ou que les faits relèvent plutôt du harcèlement sexuel, du droit civil ou d’une inconduite sexuelle».

Deux positions qui illustrent le fossé à combler. 

La ministre Lebel identifie déjà que les présumées victimes pourraient profiter d’un meilleur accompagnement dans le processus judiciaire. C’est un début.

Éditorial

Le débat sans fin

ÉDITORIAL / Il sera difficile d’élargir l’aide médicale à mourir à un plus grand nombre de types de malades tant que les soins palliatifs, les services et soins aux personnes atteintes de troubles mentaux ou de maladies dégénératives ne seront pas mieux assurés, et tant que l’accès à l’aide médicale à mourir souffrira de disparité régionale.

Ottawa a reçu cette semaine un volumineux rapport du Conseil des académies canadiennes sur trois sujets épineux et complexes.

Le gouvernement Trudeau avait demandé au Conseil de l’éclairer sur l’état des connaissances sur l’aide médicale à mourir pour les mineurs matures, pour les personnes dont le seul problème médical invoqué est un trouble mental et les demandes anticipées de citoyens qui formulent leur requête pendant qu’ils en ont encore la capacité.

Le Conseil a regroupé à cette fin plus de 40 experts canadiens et étrangers. Leurs travaux ont duré 18 mois. «Toutes nos évaluations sont uniques en leur genre, mais lorsque la ministre de la Santé et la ministre de la Justice nous ont transmis leurs questions à propos de l’aide médicale à mourir (AMM), nous avons su que nous étions sur le point d’exécuter l’un de nos mandats les plus délicats», écrit le président.

Si les sujets abordés sont délicats pour des experts, imaginez pour des politiciens qui ont rendez-vous avec l’électorat l’automne prochain.

Il serait fort étonnant que les candidats s’avancent sur ce terrain et proposent d’élargir l’accès à l’AMM. Il manque de données probantes. Les experts ne s’entendent pas sur les interprétations à donner à celles qui existent. Tout comme dans la population, leurs avis divergent. Il n’y a pas de consensus à portée de main.

Des Canadiens déploreront que le dossier évolue si lentement. Le débat public dure depuis plus de 50 ans et malgré l’arrêt Carter rendu en 2015 par la Cour suprême, certains trouvent que les parlementaires tardent à répondre à la volonté de malades qui ne sont pas en fin de vie mais qui réclament néanmoins qu’un médecin l’écourte pour mettre fin à leurs souffrances.

Il est cependant nécessaire, avant d’aller plus loin, de mieux roder et de modifier au besoin l’application de C-14 et de la Loi québécoise concernant les soins de fin de vie.

Il est essentiel de démontrer à la population que l’aide médicale à mourir est «le choix» éclairé et personnel du patient et jamais un pis-aller faute de soins et de services suffisants et adaptés. Il est également essentiel de s’assurer que les malades qui réclament l’aide médicale à mourir et qui répondent aux critères pour l’obtenir la reçoivent.

Actuellement, il existe au Québec des disparités régionales dans les soins palliatifs offerts, mais aussi dans l’accès à l’aide médicale à mourir.

«Est-ce que les soins palliatifs sont en fin de vie», a demandé cette semaine le chef du service des soins palliatifs du CHU de Québec, le Dr Louis Roy, qui a livré son message au Parlement. La découverture de soins qui frappe Québec guetterait toutes les régions.

L’accès à l’aide médicale à mourir apparaît aussi à géométrie variable. Le dernier rapport de la Commission sur les soins de fin de vie révèle des disparités.

Les demandes d’aide médicale sont en hausse, mais le nombre de médecins prêts à intervenir demeure restreint non seulement pour des raisons morales ou religieuses, mais bien parce que la charge administrative, professionnelle et émotive est très lourde.

Des ajouts aux soins de santé et de fin de vie, des suppléments de formation et d’informations sont nécessaires avant d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir. Il faut éviter de susciter la méfiance chez certains citoyens, et de créer de faux espoirs chez d’autres.

Il y a des conditions à réunir avant d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir

Éditorial

Journalistes, sur un banc d’école

ÉDITORIAL / Je me suis retrouvé, mercredi matin, à la Polyvalente de L’Ancienne-Lorette, devant des jeunes de cinquième secondaire, dans la classe d’éthique et culture religieuse de Marie-Christine Dutil.

Elle m’avait approché pour savoir si le Soleil accepterait de publier quelques lettres que ses élèves avaient rédigées sur la laïcité et l’interdiction des signes religieux que veut imposer le premier ministre François Legault à certains employés de l’État.

Des élèves de secondaire cinq, qui veulent nous écrire en plus? Je n’ai pas hésité une seconde. 

Voyez-vous, les statistiques sont cruelles à notre égard. Selon un sondage publié cette semaine aux États-Unis, à peine 2 % des jeunes s’informeraient «souvent» dans un journal. Les réseaux sociaux seraient leur première source d’information, pour 36 % d’entre eux. 

Mais dans les faits, le réseau social lui-même n’informe pas. Les nouvelles qu’on y trouve sont écrites par des journalistes, pour des journaux, au sens large, c’est-à-dire une «publication périodique relatant les événements saillants». Qu’elle soit sur papier ou numérique, le rôle du journaliste reste le même. Enlevez le journalisme de l’équation, et un réseau social, c’est une grande cour d’école, pleine de rumeurs, et d’intimidation aussi... 

J’étais curieux de savoir comment ces élèves qui achèvent leur secondaire s’informaient. Si on m’avait posé la question à leur âge, j’aurais été aussi embêté qu’ils l’ont été lorsque je me suis planté devant eux. Ça ne se bousculait pas pour répondre à la question. 

Qui a lu un journal depuis une semaine? Moins de cinq mains se sont levées. Combien utilisent Facebook? Toute la classe au grand complet, évidemment. L’accumulation des données, la reconnaissance faciale? Ça ne les empêche vraiment pas de dormir. 

Mais donnez-leur une chance d’exprimer leur opinion, et la lumière s’allume. Ce qui aurait pu être un devoir parmi d’autres est devenu une chance de se voir publié dans un média. Et ils ont sauté dessus.

On n’entend pas souvent leur génération sur cette question. Une classe n’est pas un microcosme parfait, mais la majorité a du mal à se reconnaître dans cette promesse du premier ministre Legault. Et bien sûr, tous ne pensent pas la même chose. 

J’ai choisi deux de leurs lettres dans notre édition papier (vous en retrouverez quatre dans les plateformes numériques), qui m’ont frappé parce que les auteurs ont chacun pris un certain risque. 

Philippe Drolet et Joélie Lafrance étaient les seuls à endosser la position prônée par la CAQ. Ça demande du courage d’exprimer sa différence sur un dossier aussi émotif, en sachant que l’on se retrouve en minorité, qu’on s’expose à la critique. Ça aussi fait partie du journalisme. «Avoir le courage de ses opinions» est un cliché la plupart du temps, ça ne l’était pas dans leur cas.

J’ai aussi choisi le texte de Nick Bouffard, qui n’a pas eu peur d’invoquer son identité sexuelle pour mettre en évidence la réalité discriminatoire de cette politique. Il en faut du courage pour s’ouvrir comme il le fait, avec spontanéité et avec joie également. 

C’est à ces élèves que j’ai donc, d’une certaine façon, confié la tâche d’écrire mon dernier édito. C’est ma façon de passer le bâton à une autre génération.

En effet, je quitte aujourd’hui cette tribune où j’ai eu le plaisir immense de donner libre cours à ma curiosité, et à certaines de mes obsessions, et le privilège de les partager avec vous. C’est vraiment le plus beau métier du monde.

Éditorial

Espoir pour les proches aidants

ÉDITORIAL / Une personne sur quatre est proche aidante. Avec le vieillissement de la population, avec un réseau de la santé qui peine déjà à répondre à tous les besoins, de plus en plus de Québécois risquent de se retrouver bien malgré eux dans ce rôle exigeant. La ministre Marguerite Blais semble heureusement déterminée à alléger leur fardeau.

Croisons nos doigts pour que l’ex-libérale devenue caquiste ne soit pas revenue en vain en politique et que François Legault respecte son engagement.

Mme Blais promet une politique et un plan d’action pour 2020, et de l’argent dès l’an prochain. Elle souhaite également que la politique soit pérenne et non partisane. 

Des députés de tous les partis ont participé mardi à la première consultation menée par la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants. C’est un bon début.

Les attentes sont énormes et commandent des actions sur plusieurs fronts. Si toutes les formations politiques travaillent ensemble avec tous ceux qui gravitent autour des proches aidants, la ministre parviendra mieux à concocter une politique qui répondra adéquatement aux besoins des citoyens qui consacrent temps, énergie et amour à une personne âgée, à un enfant handicapé, à un conjoint cancéreux, à un proche atteint d’une maladie mentale.

La politique doit avant tout faciliter la vie quotidienne des proches aidants et non, à permettre à l’État de se désengager en matière de santé et de services sociaux. 

Pour sauver des sous, pour pallier aux pénuries de main-d’œuvre qui affectent déjà le réseau de la santé, le gouvernement ne doit pas se fier indûment aux femmes, aux hommes, aux enfants (oui, cela existe) qui assument leur part de responsabilités en prenant soin d’un proche malade ou handicapée. Certains y laissent leur propre santé, voire leur vie.

La ministre Blais doit mettre fin au glissement. 

Chloé Sainte-Marie, porte-parole de la Fondation Maison Gilles-Carle, a dit lors de la consultation de mardi qu’il faut rééquilibrer le rôle de l’aidante dans la société. 

Au fil du temps, les proches aidants ont en effet été appelés à en faire toujours plus. En 2012, la Protectrice du citoyen notait dans un rapport sur l’accessibilité des services de soutien à domicile que le réseau de la santé comptait parfois trop sur les proches des malades.

Raymonde St-Germain rappelait que selon la politique établie par Québec, la participation du proche aidant devait être volontaire. Or, elle constatait malheureusement que le soutien «volontaire» faisait partie du calcul de certains établissements pour déterminer le nombre d’heures de services à domicile accordé à un patient. L’aide naturelle était devenue imposée.

Le problème n’était pas nouveau. En 2000, des groupes de femmes sonnaient déjà l’alarme. Ils reprochaient au gouvernement de trop compter sur le grand cœur et le «cheap labor» des femmes. Près de 60 % des proches aidants sont en effet de sexe féminin.

Les personnes qui jouent ce rôle assument aussi des pertes de revenus de 16 000 $ par année. Un bon nombre concilie travail et la tâche de veiller sur un proche fragile ou non autonome.

Comment leur accorder du répit, atténuer leurs pertes financières, faciliter les communications avec les médecins? Comment donner de la formation à ceux qui doivent, volontairement ou involontairement, jouer le rôle de proche aidant? Selon la professeure Sonia Éthier de l’École de travail social de l’Université Laval, 40 % des proches aidants n’ont pas choisi leur nouveau statut. 

Plusieurs d’entre nous auront à composer avec cette réalité. Lorsque Chloé Sainte-Marie déclare que les gens ne se voient pas comme des proches aidants parce que «c’est se reconnaître comme esclave», cela fait peur.

Nous avons tous intérêt à ce que Marguerite Blais réussisse.

Éditorial

Soigne, enseigne et tais-toi

ÉDITORIAL / Le prof idéaliste devenu ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, vient de créer de grandes attentes dans le secteur public. Il veut briser la loi du silence en ajoutant dans les conventions collectives une clause pour garantir la liberté de parole des enseignants qui dénoncent des problèmes dans le réseau. Espérons que ses collègues ministres et les employeurs locaux manifesteront la même ouverture.

Reste à voir également comment le ministre réussira à concilier dans une clause de convention collective la liberté d’expression prévue dans la Charte des droits et libertés, et le devoir de loyauté du salarié à l’égard de son employeur qu’impose le Code civil. Qu’est-ce qui prévaut? La jurisprudence est partagée. Il existe aussi la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics.

«La loi du silence n’est pas une option pour améliorer notre réseau scolaire. Ce n’est pas en faisant taire les enseignants qu’on va avoir l’information nécessaire pour donner les bons services aux élèves», a affirmé le ministre Roberge, lundi, à La Presse.

L’entrevue faisait suite à la publication d’une chronique de Patrick Lagacé relatant le cas d’une enseignante qui fait face à une procédure de congédiement parce qu’elle a témoigné dans les médias des difficultés rencontrées dans sa profession.

Le ministre prend soin de ne pas s’immiscer dans le conflit opposant l’enseignante Kathya Dufault et son employeur, la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles.

Il cerne cependant bien l’enjeu. «Je veux donner une plus grande liberté de parole aux acteurs de l’éducation parce qu’il me semble que c’est nécessaire d’être capable de nommer les problèmes pour ensuite les régler.»

Logique. Or, sur le terrain — et on peut présumer qu’il en est de même dans les ministères —, il n’est pas vraiment bienvenu que des employés étalent sur la place publique des problèmes, des lacunes ou des incohérences dans l’organisation, la qualité ou la quantité de services.

Les employés s’exposent à des mesures disciplinaires, à des suspensions, voire à des congédiements. D’autres sont victimes d’ostracisme dans leur milieu de travail après avoir révélé des lacunes dans les services que devrait recevoir la population.

Il en est ainsi dans le secteur de l’éducation, mais aussi dans celui de la santé.

Une commission scolaire, une école, un hôpital, un CHSLD n’aiment pas se retrouver dans les médias. Ils supportent les dénonciations des porte-parole syndicaux, mais les témoignages du «vrai monde» les dérangent davantage.

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, soutient que l’omerta règne aussi en santé et que la loyauté, ce n’est pas de se taire, mais bien de respecter son code de déontologie et de se soucier de la sécurité et de la santé des patients.

Son organisation veut d’ailleurs mettre sur pied un fonds de défense pour soutenir ses membres qui alertent le public sur des situations inacceptables.

Émilie Ricard, une infirmière d’un CHSLD de l’Estrie qui a livré en février un poignant témoignage sur Facebook, n’a pas eu à subir de représailles. Son cas ultra-médiatisé a même aidé la FIQ à accélérer des projets pilotes sur les ratios sécuritaires patients/infirmière.

Une infirmière auxiliaire de l’Outaouais qui a utilisé la même formule pour dénoncer le manque de personnel dans son CHSLD durant le congé de Pâques a pour sa part été suspendue 10 jours. Une leçon, une menace pour ceux et celles qui n’en peuvent plus et qui misent sur une sortie publique, non pas pour avoir leur heure de gloire dans les médias et les réseaux sociaux, mais bien parce que leur appel à l’aide auprès des supérieurs immédiats n’a rien donné.

Qui gagne à museler les employés? Certainement pas les patients et les élèves. Il est heureux qu’un ministre désire entendre ce qu’ils ont à dire et à suggérer.

Éditorial

L’impossible rêve de Theresa May

ÉDITORIAL / La première ministre britannique, Theresa May, a préféré battre en retraite plutôt que de subir la cuisante défaite qui s’annonçait si le Parlement avait voté aujourd’hui, comme prévu, sur l’entente du Brexit négociée avec l’Union européenne. Selon Sky News, l’entente aurait été rejetée par 422 voix contre 186 (31 indécis, et 11 abstentions).

Elle retourne donc à Bruxelles pour clarifier, et non renégocier, les termes de l’accord qui accrochent, sur la frontière avec l’Irlande, c’est-à-dire avec l’Europe. Cela ne fera sans doute que retarder l’échéance. Quoi qu’elle obtienne comme éclaircissement, les députés d’Irlande du Nord (DUP) ont déjà annoncé qu’ils rejetaient l’accord dans sa forme actuelle, éclaircissements ou pas.

Londres est dans une impasse, et pour plusieurs raisons.

Le Oui du référendum a été obtenu sous de fausses représentations et après une campagne dans laquelle le camp du Brexit a triché avec la loi, avec les finances et avec les données des électeurs.

Les attentes créées par des promesses irréalistes ne pourront pas être comblées, et cette réalisation devient plus évidente de jour en jour. La possibilité d’un deuxième référendum est pour l’instant écartée, tant par le gouvernement en place que par l’opposition travailliste, mais les voix qui le réclament se font de plus en plus fortes et de plus en plus nombreuses.

L’option souvent évoquée d’une entente «Norvège Plus», où la Grande-Bretagne joindrait les pays membres de L’Association européenne de libre-échange (AELE), ne semble pas plus réaliste. La Norvège y est opposée d’une part, et les conditions actuelles de l’entente entre l’Europe et l’AELE seraient jugées inacceptables par les Britanniques.

Le problème de la frontière irlandaise est pratiquement insoluble. L’Irlande du Nord ne veut ni d’une frontière qui entraverait les échanges avec la République, ni d’une frontière entre les deux îles britanniques, ce qui reviendrait à l’exclure de la Grande-Bretagne.

La République irlandaise ne veut pas plus se voir coupée de l’Europe, et vice-versa. Le coordonnateur des négociations pour le Parlement européen, Guy Verhofstadt, a réitéré hier que «nous ne laisserons jamais tomber les Irlandais».

Cette question est au cœur de l’opposition à l’entente débattue pendant trois jours à Westminster, et rien n’annonce une solution à l’horizon. La Cour européenne de justice a de plus mêlé les cartes hier, avec une décision qui reconnaît que Londres pourrait unilatéralement mettre fin au Brexit et demeurer au sein de l’Europe aux mêmes conditions qui prévalaient avant le référendum.

Cela signifie que, contrairement aux prétentions de Mme May, le choix ne se limite pas à accepter l’entente négociée, ou alors quitter l’Europe sans entente. Il existe désormais une troisième option, mais la Cour a spécifié que l’annulation de Brexit devrait toutefois «suivre un processus démocratique».

La triste réalité, du point de vue des partisans du Brexit, est qu’il est pratiquement impossible de dénouer les liens que l’intégration européenne a créés. Les Britanniques devront payer un prix élevé pour s’en retirer, contrairement à ce qu’on leur a fait croire, ou alors ils doivent se résoudre à de sérieux compromis et accepter un partage des pouvoirs avec le continent européen, comme le font les membres de l’AELE.

Ce sera l’un ou l’autre. Et pour l’instant, ni l’un ni l’autre ne sont acceptables aux yeux des responsables du Brexit. Le divorce doit avoir lieu en mars 2019, il ne reste plus beaucoup de temps et le réveil s’annonce brutal.

Éditorial

Si jeunes et souffrants

ÉDITORIAL / De plus en plus de jeunes du secondaire éprouvent des problèmes de santé mentale. Ils ont moins de 18 ans et souffrent de détresse psychologique, d’anxiété, de troubles alimentaires et doivent recourir à la médication. Ça aussi c’est loin d’être banal. L’état de santé des jeunes devrait nous préoccuper tout autant que celui des tout-petits et des aînés.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a présenté cette semaine un portrait sombre de la santé mentale des jeunes en 2016-2017. Les élèves du secondaire se portaient mieux il y a six ans.

Les chiffres sont inquiétants. En 2010-2011, 21% des élèves révélaient un niveau élevé de détresse psychologique. En 2016-2017, la proportion a grimpé à 29%.

Les troubles anxieux ont aussi fait un bond important. À 9% il y a six ans, ils touchent maintenant, selon la dernière enquête sur la santé des jeunes du secondaire, 17% des adolescents. Les troubles de l’attention, avec ou sans hyperactivité, sont également en hausse. Ainsi que le recours à des médicaments pour aider les élèves à se concentrer, à s’apaiser.

Quel avenir se prépare-t-on si tant de jeunes sont mal en point? Comment sauront-ils poursuivre des études, occuper un emploi, élever une famille sans hypothéquer ou mettre davantage en péril leur santé, leur équilibre, leur vie?

Que peut-on changer dans nos politiques publiques et dans nos modes de vie pour améliorer la santé mentale des futurs adultes? Les services publics sont-ils adéquats pour répondre à la détresse des jeunes et soutenir leur famille?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la moitié des troubles de santé mentale apparaissent avant 14 ans. Le Commissaire à la santé et au bien-être notait en 2012 que si ces troubles ne sont pas dépistés tôt et traités efficacement, ils entravent l’avenir de la personne au plan social, éducatif et professionnel. Ce n’est pas banal.

D’où la recommandation du commissaire d’inclure la psychothérapie dans le panier de services assurés. Tout comme le Collectif pour l’accès à la psychothérapie, il suggérait que la priorité soit donnée aux jeunes de moins de 25 ans.

Il y a un an, le ministre Gaétan Barrette reconnaissait que l’offre de services en santé mentale n’était pas suffisante. Il avait annoncé un investissement de 35 millions$ pour un programme public de psychothérapie.

Un pas dans la bonne direction, mais d’autres doivent être faits.

La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, est-elle prête à améliorer les services et les soins en santé mentale?

La santé est une des trois priorités du gouvernement caquiste. Reste à voir si la santé mentale aura sa juste part. Reste à voir si entre le dépistage de troubles de développement chez les tout-petits, l’accroissement des soins à domicile et l’amélioration des soins aux aînés, de l’attention et des efforts seront aussi dirigés vers les jeunes du secondaire.

Évidemment, la responsabilité de la santé mentale des ados n’incombe pas uniquement au réseau de la santé et aux écoles. Chaque famille, chaque parent, chaque jeune doit également s’interroger sur son mode de vie, ses valeurs.

Les objectifs de performance fixés dans différentes sphères de nos vies sont-ils exagérés, conduisent-ils au stress, à l’anxiété? La supervision parentale est-elle adéquate? Le temps passé sur les réseaux sociaux est-il disproportionné par rapport à celui accordé aux activités physiques et au sommeil? La précarité financière de certaines familles mine-t-elle la santé des enfants?

Protéger la santé mentale des jeunes est manifestement une responsabilité partagée.

La santé mentale des jeunes du secondaire se dégrade.

Éditorial

Les Bougon millionnaires

ÉDITORIAL / La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) a réussi à récupérer 10 millions$ auprès de 184 médecins millionnaires qui avaient réclamé des sommes auxquelles ils n’avaient pas droit. Imaginez les économies de fonds publics si la RAMQ améliore son efficacité et sa capacité à détecter les réclamations abusives ou injustifiées.

Les gouvernements, qu’importe leur couleur, prônent depuis des années l’efficience dans les ministères et organismes, ainsi que la bonne gestion des fonds publics. Il est étonnant, voire incompréhensible, que cette rigueur ait tardé à se déployer à la RAMQ.

Celle-ci a versé 7,7 milliards$ en rémunération à 21 400 omnipraticiens et médecins spécialistes en 2017-2018. Elle a traité 62 millions de demandes de paiement.

Ça vaut la peine d’y regarder de près pour éviter que des médecins facturent pour plus de 24 heures de travail dans une même journée ou réclament le paiement d’examens complets alors qu’ils n’ont fait que de la vaccination.

Certes, la Vérificatrice générale Guylaine Leclerc note dans son dernier rapport des améliorations depuis son constat accablant de 2015. Mais, certaines de ses recommandations ne sont pas encore totalement suivies.

«Les contrôles instaurés à ce jour pour les modes de rémunération autres que celui à l’acte ainsi que pour les majorations et les mesures incitatives, ne permettent pas encore d’obtenir une assurance raisonnable que les versements sont conformes aux ententes et qu’ils reflètent la réelle prestation de travail», indique-t-elle. Elle déplore aussi des progrès limités sur «l’étalonnage» choisi par la RAMQ.

Le changement de culture souhaité par la vérificatrice générale va-t-il s’accélérer avec le nouveau gouvernement, le précédent ayant l’étiquette de «gouvernement de médecins»? 

La formation de François Legault veut revoir le mode de rémunération des médecins. Elle envisage aussi de rouvrir l’entente conclue entre le gouvernement Couillard et la Fédération des médecins spécialistes lorsque les résultats d’une étude de l’ICIS seront connus. 

S’assurer que les sommes versées aux médecins reflètent leur réelle prestation de travail devrait aussi s’ajouter à sa liste. L’embellie budgétaire ne doit pas réinstaurer le laxisme.

Québec, qu’importe le parti au pouvoir, ne ménage pas les efforts pour épingler les fraudeurs de l’aide sociale ou s’assurer que la prestation versée correspond réellement à la situation de la personne dans le besoin. La même rigueur doit s’appliquer à la RAMQ. 

Évidemment, ce ne sont pas tous les 21 400 médecins qui abusent du système ou qui interprètent mal les codes de facturation. Ce serait toutefois aveuglement de penser qu’aucun d’entre eux ne fraude ou ne commet volontairement ou involontairement des erreurs de facturation.

Et pourtant, en 2015, le risque qu’un médecin pose un geste inadéquat, non conforme ou une fraude n’était même pas identifié dans la gestion de risque de la RAMQ, rappelle la vérificatrice. 

Mme Leclerc constate que des contrôles accrus ont déjà un effet dissuasif. Une fédération médicale a précisé à ses membres «qu’elle ne pourra défendre l’indéfendable». Des médecins ont dénoncé des confrères. Certains ont également modifié leur facturation pour annuler des paiements.

La RAMQ a indiqué qu’elle innovera en matière de contrôle de la rémunération des médecins et qu’elle poursuivra avec rigueur et détermination ses travaux afin de démontrer son efficacité au prochain exercice de vérification.

Bien des contribuables, mais aussi bien des médecins éclaboussés par les abus de certains de leurs confrères l’espèrent. Les fonds publics doivent servir à donner des soins et des services et non à enrichir indûment des individus.

Il y a place encore à l’amélioration à la RAMQ.

Éditorial

Écrire la loi avec les autochtones

ÉDITORIAL / Cela fait des générations qu’on attendait une annonce comme celle faite la semaine dernière par la ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, et les chefs des Inuits, Métis et Premières Nations.

Parce que ça fait des générations que les peuples autochtones paient le prix de politiques sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle, qui déchirent leurs familles et leur identité. Un nouveau projet de loi sur les services à l’enfance et à la famille, élaboré conjointement par le fédéral et les représentants autochtones, doit donc être présenté au début de l’an prochain, nous apprenait-on.

M. Trudeau avait posé un geste audacieux en confiant un mandat exigeant à Jane Philpott, qui excellait comme ministre de la Santé. Jusqu’ici, elle lui donne pleinement raison. Elle a su gagner la confiance de ses vis-à-vis autochtones pour qu’ils s’associent à elle lors de cette annonce déterminante. C’était une étape importante sans laquelle ce projet ne pouvait aller de l’avant.

Mais le plus dur reste à faire, parce que l’élaboration de cette nouvelle loi implique une remise en question qui va beaucoup plus loin que les services sociaux. Il faut déconstruire un édifice au complet pour en construire un autre, sur de nouvelles fondations. Cela impliquera un transfert de pouvoirs de la machine bureaucratique fédérale vers les peuples autochtones. Et ça comporte des risques.

La ministre veut que ce soient les autochtones qui «occupent le siège du conducteur». Ce souhait est partagé, mais les autochtones ne veulent pas non plus que ce transfert se traduise par une abdication des responsabilités de la Couronne envers eux. Ce sera un exercice difficile, mais pas irréalisable, si la volonté politique est assez forte.

Au Canada, un enfant sur 130 est placé en famille d’accueil. Au sein des Premières Nations, Métis et Inuits, c’est un enfant sur 12. Pour espérer réduire cet écart intolérable, il faudra aller beaucoup plus loin qu’une réforme des services à l’enfance. Il faut améliorer les conditions de vie, combattre la pauvreté, reconnaître la valeur de leurs cultures.

Le gouvernement fédéral semble en bonne voie d’atteindre un objectif qu’il s’est fixé pour 2020 : éliminer tous les avis à long terme de mauvaise qualité de l’eau potable des réseaux publics dans les réserves. Un dossier comme celui-là, qui ne semble pas relié à celui de l’aide à l’enfance à première vue, aura en réalité un impact important sur le bien-être des communautés, et sur la détresse ressentie dans plusieurs d’entre elles.

Il n’y aura pas non plus de modèle unique qui conviendra à l’ensemble des nations. Les mécanismes à mettre en place devront tenir compte des caractéristiques de chaque peuple. Comme l’écrivait Cindy Blackstock, directrice de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, on ne peut pas réduire un ensemble de peuples aussi vaste et diversifié à son plus bas dénominateur, pour se simplifier la vie.

Il faut d’une part réduire le besoin de recourir à des familles d’accueil en dehors des communautés autochtones, et d’autre part améliorer les conditions de vie des familles pour éviter qu’autant d’enfants aient besoin d’aide extérieure. Si on continue dans la voie actuelle, les besoins n’iront qu’en s’accroissant. La population autochtone grandit quatre fois plus rapidement que la population dans l’ensemble du pays. Nous n’avons plus droit à l’erreur. Plus maintenant.

La ministre veut que les autochtones «occupent le siège du conducteur».

Éditorial

Le meilleur est à venir?

ÉDITORIAL / Le ministre des Finances, Éric Girard, n’a pas tenté de rivaliser avec le père Noël dans son premier énoncé économique, et c’est très bien ainsi. Si le gouvernement caquiste veut faire une réelle différence en éducation et en santé, il aura besoin d’une bonne marge de manœuvre dans son budget du printemps. Il fait par ailleurs un choix judicieux en prévoyant 1,6 milliard $ afin que les entreprises augmentent leur productivité.

Des citoyens auraient bien sûr souhaité que le gouvernement de François Legault retourne dès maintenant plus d’argent dans leurs poches comme il l’a promis en campagne électorale.

La personne âgée de 70 ans qui doit se débrouiller avec un maigre revenu de 22 500 $ par année ne fera pas d’extravagance au prochain réveillon avec le soutien de 16 $ par mois que lui accorde le gouvernement. Le ministre Éric Girard, a beau dire qu’il s’agit d’un «ajout significatif», ce n’est pas avec un crédit d’impôt de 200 $ par année que la retraite deviendra dorée. 

Les personnes qui n’entrent pas dans la catégorie chouchou des caquistes — les familles et les aînés — constateront qu’il y a bien peu, voire rien pour elles dans cette mise à jour économique, à moins qu’elles ne puissent s’acheter un véhicule électrique.

Si elles vivent seules et dans la pauvreté, Québec n’accourt pas pour leur venir en aide. L’an dernier, le Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion suggérait pourtant de porter attention aux personnes âgées, mais aussi, aux personnes seules, aux autochtones et aux individus souffrant de maladie mentale. Les familles ont pu profiter du soutien des gouvernements précédents.

Le premier ministre Legault a indiqué lundi qu’il ne faut pas regarder de haut ce qu’on met dans le portefeuille des gens, qu’il ne faut pas l’opposer à la prestation de services publics. Il est possible, selon lui, de faire les deux. Il aura à le démontrer.

Les années d’austérité budgétaire du gouvernement Couillard ont fait réaliser à plusieurs Québécois qu’un accès rapide à des services professionnels pour les jeunes, des écoles sans moisissures, du personnel en nombre suffisant dans les établissements de santé, ça vaut plus souvent que des baisses d’impôt, de taxes ou de tarifs.

Mieux vaut donc que le gouvernement Legault joue de prudence et présente au printemps un premier budget et des mesures concrètes qui démontreront que l’éducation et la santé sont réellement ses priorités. Cela aurait été peu utile d’investir dès aujourd’hui dans des programmes ou des approches qui ne donnent pas les résultats escomptés.

Le gouvernement a par ailleurs profité de l’énoncé économique pour envoyer un signal fort et essentiel en matière d’économie. Il consacrera 1,6 milliard $ sur cinq ans pour inciter les entreprises québécoises à accroître leur productivité.

Il ne le fait pas en baissant bêtement le taux d’imposition — certaines entreprises pourraient en effet utiliser cette économie d’impôt pour accroître les dividendes de leurs actionnaires — mais bien en augmentant à 100 % le taux d’amortissement des investissements pour du matériel informatique, de l’équipement de production d’énergie propre, du matériel de fabrication et de transformation.

Souhaitons que les entreprises répondent positivement, qu’elles comblent au cours des prochaines années le retard de productivité qu’affiche le Québec par rapport aux autres provinces.

Augmenter la productivité et miser sur l’éducation enrichiront le Québec économiquement et socialement. Le gouvernement vient de poser un premier jalon important en soutenant les entreprises. Au printemps, il devra livrer la marchandise en éducation.