La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott (à droite), dans le foyer de la Chambre des communes, aux côtés du chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde; du président d'Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed; et du président du Conseil national des Métis, Clément Chartier, lors d'une annonce vendredi dernier sur la réforme des services aux enfants autochtones.

Écrire la loi avec les autochtones

ÉDITORIAL / Cela fait des générations qu’on attendait une annonce comme celle faite la semaine dernière par la ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, et les chefs des Inuits, Métis et Premières Nations.

Parce que ça fait des générations que les peuples autochtones paient le prix de politiques sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle, qui déchirent leurs familles et leur identité. Un nouveau projet de loi sur les services à l’enfance et à la famille, élaboré conjointement par le fédéral et les représentants autochtones, doit donc être présenté au début de l’an prochain, nous apprenait-on.

M. Trudeau avait posé un geste audacieux en confiant un mandat exigeant à Jane Philpott, qui excellait comme ministre de la Santé. Jusqu’ici, elle lui donne pleinement raison. Elle a su gagner la confiance de ses vis-à-vis autochtones pour qu’ils s’associent à elle lors de cette annonce déterminante. C’était une étape importante sans laquelle ce projet ne pouvait aller de l’avant.

Mais le plus dur reste à faire, parce que l’élaboration de cette nouvelle loi implique une remise en question qui va beaucoup plus loin que les services sociaux. Il faut déconstruire un édifice au complet pour en construire un autre, sur de nouvelles fondations. Cela impliquera un transfert de pouvoirs de la machine bureaucratique fédérale vers les peuples autochtones. Et ça comporte des risques.

La ministre veut que ce soient les autochtones qui «occupent le siège du conducteur». Ce souhait est partagé, mais les autochtones ne veulent pas non plus que ce transfert se traduise par une abdication des responsabilités de la Couronne envers eux. Ce sera un exercice difficile, mais pas irréalisable, si la volonté politique est assez forte.

Au Canada, un enfant sur 130 est placé en famille d’accueil. Au sein des Premières Nations, Métis et Inuits, c’est un enfant sur 12. Pour espérer réduire cet écart intolérable, il faudra aller beaucoup plus loin qu’une réforme des services à l’enfance. Il faut améliorer les conditions de vie, combattre la pauvreté, reconnaître la valeur de leurs cultures.

Le gouvernement fédéral semble en bonne voie d’atteindre un objectif qu’il s’est fixé pour 2020 : éliminer tous les avis à long terme de mauvaise qualité de l’eau potable des réseaux publics dans les réserves. Un dossier comme celui-là, qui ne semble pas relié à celui de l’aide à l’enfance à première vue, aura en réalité un impact important sur le bien-être des communautés, et sur la détresse ressentie dans plusieurs d’entre elles.

Il n’y aura pas non plus de modèle unique qui conviendra à l’ensemble des nations. Les mécanismes à mettre en place devront tenir compte des caractéristiques de chaque peuple. Comme l’écrivait Cindy Blackstock, directrice de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, on ne peut pas réduire un ensemble de peuples aussi vaste et diversifié à son plus bas dénominateur, pour se simplifier la vie.

Il faut d’une part réduire le besoin de recourir à des familles d’accueil en dehors des communautés autochtones, et d’autre part améliorer les conditions de vie des familles pour éviter qu’autant d’enfants aient besoin d’aide extérieure. Si on continue dans la voie actuelle, les besoins n’iront qu’en s’accroissant. La population autochtone grandit quatre fois plus rapidement que la population dans l’ensemble du pays. Nous n’avons plus droit à l’erreur. Plus maintenant.

La ministre veut que les autochtones «occupent le siège du conducteur».