Donner du sens

ÉDITORIAL / Ainsi s’achève cette campagne électorale 2018. Une drôle de campagne. Échevelée par moments, avec ses thèmes et débats souvent éphémères qui ne semblaient pas coller plus que quelques jours, voire quelques heures dans le tourbillon partisan.

L’absence de la question nationale, qui a largement dominé les scrutins des dernières décennies, n’est pas étrangère à cette impression que les grands enjeux ont été remplacés par des promesses pratico-pratiques, souvent semblables d’un parti à l’autre.

Difficile aussi de mener une campagne sur l’économie et les traditionnelles promesses de créer des jobs alors que les finances de l’État se portent bien et que, question emploi, le casse-tête de la pénurie tend bien davantage vers une recherche de main-d’œuvre que la création de nouveaux postes.

La réponse à cette situation alarmante a surtout été celle de l’immigration. Un thème qui aura, pour le meilleur et pour le pire, donné lieu aux échanges les plus virulents.

Dans la région de Québec, l’arrivée de 5000 travailleurs immigrants par an était d’ailleurs le seul item sur la «liste d’épicerie» du maire Régis Labeaume au moment de formuler ses demandes aux partis.

À Lévis, le troisième lien routier était la priorité du maire Gilles Lehouillier. Ce sujet n’aura finalement pas dominé les échanges autant qu’on aurait pu s’y attendre.

Comme beaucoup d’autres sujets épars d’ailleurs, donnant à plusieurs l’impression que tout est éclaté et va dans tous les sens. En réponse à cette perception tenace, justifiée à bien des égards, Le Soleil avait un objectif : donner du sens, justement.

Sur nos plateformes, tant papier que numériques, notre équipe a fouillé, vérifié, analysé. Par nos chroniques, entrevues, analyses, vérifications des faits, éditoriaux, lettres ouvertes, caricatures, nos pages ont souligné les bons et mauvais coups et fait émerger cette essentielle pluralité des points de vue.

Nous avons aussi comparé des engagements des différents partis sur des questions cruciales comme l’environnement, la santé, le transport, l’éducation, tentant chaque fois d’ajouter une perspective, au-delà du cynisme ambiant.

Pour la première fois, notre Baromètre électoral, ces sondages de la firme Mainstreet menés pour le Groupe Capitales Médias, ont aussi permis de sonder quotidiennement votre humeur citoyenne.

Au moment d’écrire ces lignes, la Coalition avenir Québec dominait largement dans la région de la capitale nationale. Taschereau pourrait voir élue à l’Assemblée nationale une première députée de Québec solidaire hors de Montréal dans cette circonscription représentée pendant 20 ans par la péquiste Agnès Maltais.

Le Parti libéral, qui possédait 8 des 11 circonscriptions de la région de Québec, est pour sa part menacé de voir ses troupes réduites considérablement. Doit-on y voir ce tenace désir de changement à l’heure où les électeurs «magasinent» plus que jamais?

Vous et votre crayon dans l’urne aurez la réponse.

Car donner du sens ne veut pas dire indiquer dans quelle direction voter. Depuis l’élection fédérale de 2015, Le Soleil a rompu avec cette tradition de suggérer une orientation à votre précieux droit.

Devant l’éclatement des enjeux, c’est à vous de donner un sens à votre vote.

Votez pour un parti ou contre un autre, votez stratégique, votez localement pour un candidat qui vous plaît, votez pour des positions qui vous touchent. Votez rouge, bleu pâle, bleu foncé, orange, vert. Mais votez. Ça reste la meilleure façon de faire une différence.