L'auteur de ces lignes est contre la création d’un service de police indépendant pour desservir les besoins de l’UPAC.

Doit-on convertir l’UPAC en un corps de police autonome?

Avant les années 60, l’organisation policière au Québec était un amalgame de plusieurs organismes dépendants soit du gouvernement provincial ou de chaque municipalité du Québec.

Au niveau provincial, on y retrouvait: la police des Mœurs, la police des Liqueurs, la police Provinciale avec ses différents services, notamment la police de la Route, la Gendarmerie et les Enquêtes criminelles. 

Au municipal, chaque municipalité pouvait créer son propre service de police, lequel pouvait comprendre entre un policier ou constable spécial dans les petites localités et des milliers de policiers comme à la Ville de Montréal. 

Au provincial, toutes les organisations chargées de l’application du Code criminel et d’autres lois dépendaient du ministre de la Justice ou du ministère concerné comme celui de la Faune. Quant aux municipalités, elles n’avaient pas vraiment de lien avec le ministère de la Justice, étant indépendantes sur le choix de leur personnel et les orientations.

C’était l’époque de la facilité, de l’inefficacité dans et entre les différentes organisations policières, la compétition entre les différents organismes chargés d’appliquer les lois au niveau provincial et municipal, la disparité dans la prestation de services, l’ouverture à la corruption, la collusion et dans certains cas, le non-respect des droits et libertés individuels.

Quant au politique, il était omniprésent à l’intérieur et à l’extérieur des services de police. Il était d’usage de voir durant les campagnes électorales provinciales des gars de la police des Mœurs, des Liqueurs, de la Route et des Enquêtes criminelles accompagner des candidats, les supporter pour assurer leur élection et pour les policiers, assurer leur job. C’était dans les mœurs politiques de voir à la fin d’une élection des centaines de fonctionnaires provinciaux et policiers perdre leur travail pour être remplacés par du personnel ayant supporté les députés et ministres au pouvoir ou nouvellement élus. 

Il n’était pas rare aussi, durant ces périodes électorales d’assister à des descentes de police des Mœurs et Alcool dans des bars et autres endroits similaires, surtout s’ils n’étaient pas du côté du parti au pouvoir. Quant au niveau municipal, ce n’était pas guère mieux, pour devenir policier, il fallait dans la majorité des cas, avoir du soutien politique, et ces politiciens municipaux exerçaient un pouvoir direct sur le travail de la police tel qu’il fut démontré à la police de Montréal à la fin des années 50 et au début des années 60.

C’était avant 1960. L’arrivée de Jean Lesage et de son Procureur général, Georges-Émile Lapalme, conduit à une réforme complète des organismes chargés d’appliquer le Code criminel et certaines lois provinciales. C’est ainsi que l’on a assisté à la création de la Police provinciale devenue la Sûreté du Québec et l’intégration dans un même Service de police de la police des Mœurs, des Liqueurs, de la Route, des enquêtes criminelles incluant toutes les spécialités que l’on connaît aujourd’hui.

Cette réforme de la police, l’implantation d’une formation policière uniforme à partir des années 68 et plus tard en 2000 avec la loi sur la Réforme et l’Organisation policière est venu renforcer le besoin de coopération entre les différentes organisations policières tout en maintenant une formation policière répondant aux besoins de la population. Sur ce dernier point, je dirais que la formation policière demanderait à être revue afin de s’assurer que les méthodes utilisées répondent bien à la problématique sociale que nous vivons présentement.

Donc, pour répondre à la question que je pose en début de texte, je suis contre la création d’un service de police indépendant, pour desservir les besoins de l’UPAC, tout comme je suis contre la création du Bureau des enquêtes indépendantes. Au niveau national, nous avons la police fédérale (GRC) qui a dans certaines provinces et villes du Canada, en plus de son mandat fédéral, un mandat provincial (police provinciale) et un mandat municipal (police municipale) tout comme la SQ qui, en plus d’avoir un mandat provincial, agit comme police municipale dans la majorité des municipalités du Québec.

Mon expérience à la Sûreté du Québec, à la direction d’un service de police municipal, comme professeur en Techniques policières, mes missions à l’étranger, où j’ai pu étudier le fonctionnement des différentes organisations policières, m’amène à suggérer qu’il y n’ait au Québec, mis à part la Gendarmerie Royale du Canada, que deux seuls types d’organisations policières: municipal et provincial. 

Tous les deux devraient dépendre du ministère de la Sécurité publique avec une direction pour la Police municipale et une autre pour la Sûreté du Québec. Quant à celle-ci, elle devrait regrouper en son sein le bureau des Enquêtes indépendantes et l’UPAC. Le ministère de la Sécurité publique devrait aussi créer un bureau de l’Inspectorat, lequel serait chargé de vérifier périodiquement les différents corps de police au Québec, incluant la Sûreté du Québec.

Il n’y a à mes yeux aucune raison de créer un nouveau Service de police pour s’attaquer à la corruption, la malversation et la collusion, ces activités étant à la base même du mandat de la Sûreté du Québec. Il ne faudrait pas revenir aux années d’avant 1960. Innover ne veut pas dire reculer. Plus vous multipliez les services chargés d’appliquer les lois, plus vous divisez le pouvoir, plus vous augmentez la compétition, les conflits et plus vous ouvrez la voie au crime organisé et toutes autres formes de criminalité. 

Jacques Larose, ex-Commandant Sûreté du Québec, ex-directeur de police, Baie-Comeau