L'hiver dernier, des stagiaires en enseignement ont manifesté devant les bureaux du ministres de Finances Carlos Leitão.

Des stages payants

ÉDITORIAL / Qu’Élections Québec utilise le thème des stages mieux payés pour attirer l’attention des jeunes et les convaincre d’aller voter devrait inciter le prochain gouvernement à mettre aussi à son agenda le sujet de la rémunération — ou de la compensation — offerte aux stagiaires en milieu de travail.

Ce n’est pas parce que le gouvernement de Philippe Couillard est finalement venu à la conclusion qu’il fallait rehausser les bourses des doctorants en psychologie et des futurs enseignants en stage final que ce dossier est réglé et clos.

Dans d’autres champs d’études, des jeunes remettent aussi en question les façons de faire actuelles, car ils y voient des iniquités. Des stages sont obligatoires pour certaines formations, mais sont facultatifs dans d’autres programmes. Dans certains établissements, les stages doivent être rémunérés et supervisés. Dans d’autres non.

Des étudiants veulent mettre fin à cet arbitraire, à ce cheap labor qui toucherait selon eux davantage les emplois occupés majoritairement par des femmes.

L’Union étudiante du Québec rappelait cette semaine que les stages «non compensés» sont principalement dans le secteur public de l’éducation, de la santé et des services sociaux. Elle réclame un état de la situation et souhaite également que la loi sur les normes du travail assure aux stagiaires les mêmes protections, notamment en matière de harcèlement, que les autres travailleurs.

En novembre et en février dernier, des étudiants ont débrayé une journée pour protester contre les stages non rémunérés. Ils revendiquaient la rémunération de tous les stages, tous les niveaux d’étude confondus.

«Les étudiants en génie sont payés, eux, quand ils effectuent des stages! Pourquoi, quand tu effectues un stage en travail social, en soins infirmiers ou en enseignement, il faut que tu le fasses gratuitement, même que tu payes et que tu t’endettes? Clairement, c’est parce qu’il y a une majorité de femmes dans ces domaines et que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur», faisait valoir une militante du Comité pour la rémunération des internats et des stages.

La question mérite en effet réflexion. Même si on peut penser que les futurs diplômés sont en position de force dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre (accueillir un stagiaire fait d’ailleurs partie de la stratégie de recrutement de plusieurs employeurs), certains éviteront de se montrer trop revendicateurs pour ne pas nuire à leur embauche.

C’est un «dialogue social nouveau», un «débat de société intéressant», a déjà affirmé la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

Encore faut-il vouloir en débattre et déterminer quelle voie prendre. Il appartient à l’employeur ou au gouvernement, par le biais de bourses, de soutenir davantage l’étudiant en formation pratique?

La porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, Carole Poirier, indiquait cette semaine au Devoir qu’il faut «regarder le problème dans son entièreté» et non à la pièce.

Un gouvernement péquiste mènerait donc un chantier afin d’avoir un portrait global des pratiques actuelles. Ce portrait en main, il pourrait établir une politique nationale afin de compenser les déplacements et les pertes de revenus des étudiants qui effectuent des stages.

Québec solidaire s’est aussi engagé à ce que tous les étudiants qui doivent réaliser un stage obligatoire obtiennent une rémunération ou une compensation financière.

La CAQ et le Parti libéral n’ont pas encore pris d’engagements pour répondre à cette préoccupation des jeunes.

C’est une chose de valoriser les stages en milieu de travail, c’en est une autre de s’assurer que l’employeur et le stagiaire y trouvent tous deux leur compte.