Comme Hitler, Trump a été capable de bluffer pour accéder au pouvoir. Tous deux ont construit leur progression politique sur une biographie truffée de « fausses nouvelles ». Tous deux ont ainsi réussi à confondre un système qui ne savait pas trop comment réagir.

Des similitudes grandissantes entre Trump et Hitler

Déjà durant les élections américaines de 2016, de nombreux commentateurs politiques, représentants d’organismes publics et privés et journalistes de grands journaux comme le Washington Post ou le New York Times n’hésitaient pas à comparer Donald Trump avec Adolf Hitler.

Bien sûr, cette comparaison est dangereuse. Après tout, Hitler fut responsable de l’Holocauste dans lequel six millions de Juifs ont péri et c’est lui qui a déclenché la Deuxième Guerre mondiale. Trump ne propose pas de politiques aussi radicales. Aussi, pour beaucoup d’observateurs, cette comparaison apparaît farfelue.

Selon eux, en dépit de sa mégalomanie, de ses insultes aux immigrants hispaniques et musulmans, de ses propos racistes à l’égard des gens de couleur, rien ne justifie une telle comparaison ni de croire que Trump suit la même trajectoire qu’Hitler et qu’il veut provoquer des atrocités similaires à celles de ce dernier.

Néanmoins, depuis un an, la tentation de faire cette comparaison ne s’est pas relâchée. Parmi les critiques de Trump qui font cette comparaison, on retrouve le directeur du célèbre Centre Anne Frank. Dans ses commentaires véhéments, Steven Goldstein établit des «parallèles alarmants» entre les États-Unis de Trump et l’Allemagne hitlérienne.

Goldstein a rappelé dans une entrevue à Newsweek la série d’étapes franchies en Allemagne qui ont mené à l’Holocauste durant les années 1930 et comment le processus d’oppression a été marqué par l’isolement, la discrimination et la diabolisation croissante des minorités vulnérables.

Goldstein reproche particulièrement à Trump de véhiculer des préjugés racistes concernant les réfugiés et les immigrants. Loin de vouloir «banaliser l’Holocauste» en assimilant Trump à Hitler, Goldstein affirme qu’il est de sa responsabilité morale de souligner la similitude troublante existant entre les deux situations.

La perception du Centre Anne Frank est corroborée par Ron Rosenbaum, un autre Juif spécialiste mondial sur le dirigeant nazi. Dans son récent ouvrage Explaining Hitler : The Search for the Origins of His Evil, il affirme que Donald Trump utilise systématiquement le Mein Kampf d’Adolf Hitler comme manuel de stratégie politique.

En cela, Rosenbaum rejoint des dizaines d’observateurs qui notent des similitudes de rhétorique raciste et démagogique chez les deux dirigeants. Comme Hitler, Trump a tendance dans sa rhétorique à marginaliser certains groupes en caricaturant leurs modes de vie ou leurs croyances.

Pour Rosenbaum, la façon dont Trump dénigre les Mexicains, les musulmans, les handicapées ou les homosexuels est à la base de cette comparaison. Il y a une similitude avec la perception qu’Hitler avait des Juifs. Trump prend différents groupes comme cibles parce qu’ils ne correspondent pas à son idéal d’une société blanche, laborieuse, chrétienne et masculine.

Rosenbaum dresse aussi de nombreux parallèles dans l’ascension au pouvoir des deux dirigeants. Comme Hitler, Trump a été capable de bluffer pour accéder au pouvoir. Tous deux ont construit leur progression politique sur une biographie truffée de «fausses nouvelles». Tous deux ont ainsi réussi à confondre un système qui ne savait pas trop comment réagir.
Comme Hitler, Trump est dépeint par de nombreux psychologues comme un clown narcissique qui a réussi à prendre le contrôle d’une grande nation en trompant la population par une habile propagande et en tirant avantage du caractère dysfonctionnel du système politique qui s’est avéré incapable de bloquer son ascension.

À l’instar d’Hitler, Trump ne va pas au-delà des slogans, évitant de faire campagne sur des politiques spécifiques. Cependant, les deux dirigeants n’ont pas hésité à décrire les systèmes politiques existants comme étant à la fois fondamentalement incompétents, corrompus et incapables de proposer des solutions aux problèmes urgents existants. En conséquence, tous deux ont promis de redonner la grandeur à leur pays en offrant une nouvelle vision de leadership.

Comme Hitler, Trump normalise le mensonge, réduisant ainsi les attentes de véracité. Il en arrive ainsi à obtenir ce qu’il désire. À la manière d’Hitler, Trump définit le mensonge de telle sorte que chaque nouveau mensonge semble moins grave et moins scandaleux que le précédent, devenant ainsi plus acceptable. Aussi, comme Hitler, Trump cible les journaux qui posent un regard critique sur ses politiques.

Tous deux ont démontré leur ignorance de l’histoire, n’hésitant pas à déformer la vérité et à recourir à des comparaisons bizarres qui sont politiquement motivées. Comme Hitler, Trump a placé ses personnages douteux aux commandes, cherchant en même temps à les faire passer pour des représentants respectables de la politique américaine.

Bien sûr, Trump n’est pas Hitler. Néanmoins, il représente un réel danger pour la démocratie américaine. C’est le message que Barack Obama a livré au début de décembre devant le Club économique de Chicago.

Comparant la situation présente aux États-Unis à celle de l’Allemagne des années 1930, Obama a mis en garde son auditoire contre le danger de devenir trop complaisant. Si les gens ne font pas attention, la démocratie américaine pourrait s’effondrer comme celle de la République de Weimar le fit lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.