Les patients hospitalisés en psychiatrie ont donc été sortis des hôpitaux généraux et ont maintenant moins de soins et de services que ceux hospitalisés dans toutes les autres disciplines, plaident des médecins.

Des patients de second ordre

POINT DE VUE / Depuis toujours, la santé mentale est taboue. Les campagnes de sensibilisation, d’éducation, de prévention se multiplient au fil des années pour «déstigmatiser» la santé mentale. Pour que les familles, la population, les employeurs la considèrent à part entière, au même titre qu’une maladie cardiaque, par exemple. Mais voilà, au sein même du système de la santé, les patients en psychiatrie sont considérés comme des patients de second ordre, de moindre importance.

À Québec, des lits d’hospitalisation en psychiatrie ont été fermés dans les hôpitaux généraux, soit à l’hôpital du Saint-Sacrement et à l’hôpital de l’Enfant-Jésus. Certains de ces lits ont été transférés à l’Institut en santé mentale de Québec (IUSMQ). Désormais, la majorité des lits d’hospitalisation en psychiatrie s’y retrouvent. Toutefois, les soins physiques n’y sont pas les mêmes, ils y sont moins disponibles. L’IUSMQ n’est pas considéré par l’administration comme un hôpital concernant les soins physiques. L’exemple le plus criant est que la couverture du code bleu (code lancé lorsqu’il y a un arrêt cardio-respiratoire) est maintenant de niveau intermédiaire. Les chariots de code, chariots contenant le matériel nécessaire pour réanimer quelqu’un, ont donc été retirés de tout l’IUSMQ, il n’y a plus de moniteurs cardiaques. Quelques omnipraticiens doivent couvrir vaillamment l’ensemble des soins physiques de nos patients hospitalisés. Toutefois, si un patient fait un arrêt cardio-respiratoire, un code bleu, les médecins sur place ne sont plus équipés pour y répondre et réanimer le patient, ils doivent appeler une ambulance. Accepteriez-vous d’être hospitalisé en neurologie sachant qu’il n’y aurait plus de possibilité de vous réanimer adéquatement rapidement? Pourquoi est-ce acceptable en psychiatrie?

Il en va de même pour les demandes de laboratoire, d’imagerie, de consultations : les patients sont considérés comme des patients de clinique externe, ils ne sont pas priorisés, car ils sont physiquement à l’extérieur des hôpitaux et les délais sont longs.

Les patients hospitalisés en psychiatrie ont donc été sortis des hôpitaux généraux et ont maintenant moins de soins et de services que ceux hospitalisés dans toutes les autres disciplines : des patients de second ordre. À quand une campagne de sensibilisation pour que l’on puisse soigner nos patients dans la dignité?

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