Les changements dans les appuis ont été remarquables au cours du dernier mois, particulièrement au Québec. «Le Bloc québécois a plus que doublé son soutien à 33,3 %, tandis que le NPD a grimpé à 12,4 %. De leur côté, les conservateurs ont reculé à 15,4 %, tandis que les libéraux ont chuté à 27,5 %, près de six points derrière le Bloc!» écrit Steve Pinkus, vice-président de Recherche Mainstreet.

Des élections qui relancent le débat sur l’unité canadienne?

ANALYSE / Bien des Canadiennes et des Canadiens ont profité de la longue fin de semaine de l’Action de grâce pour confronter leurs visions sur les élections en cours avec famille et amis. Aussi ces derniers jours ont-ils été potentiellement déterminants sur l’issue de la campagne qui prendra fin le 21 octobre.

Depuis le début, nous avons constaté le lent et constant déclin des libéraux et des conservateurs. Ce qui a moins retenu l’attention des médias, du moins jusqu’à ces derniers jours, c’est le mouvement ascendant du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Bloc québécois.

Le 9 septembre, soit juste avant le déclenchement des élections, les libéraux bénéficiaient du soutien de 37,5 % des Canadiens et les conservateurs, de 34 %. Le NPD n’était alors qu’à 8,4 %.

Chambardement au Québec

Au Québec, les libéraux jouissaient d’une confortable première place à 40,3 %, les conservateurs étaient de lointains deuxièmes à 21 %, suivis du Bloc à 15,5 % et du NPD à 8,8 %.

Un peu plus d’un mois plus tard, soit le 14 octobre, les changements sont remarquables, particulièrement au Québec. Le Bloc québécois a plus que doublé son soutien à 33,3 %, tandis que le NPD a grimpé à 12,4 %. De leur côté, les conservateurs ont reculé à 15,4 %, tandis que les libéraux ont chuté à 27,5 %, près de six points derrière le Bloc!

Du côté du Canada atlantique, la position des partis a beaucoup fluctué, épousant un peu le jeu de l’accordéon. Au déclenchement des élections, les libéraux avaient une confortable avance de plus de 20 %, qui s’est transformée en une égalité à la suite de l’épisode blackface. Aujourd’hui, toutefois, les troupes de Justin Trudeau ont repris la tête, distançant les conservateurs par cinq points.

Libéral en Ontario

Dans la province cruciale de l’Ontario, avec ses 121 sièges, les libéraux dominaient la scène au départ de la course devançant les conservateurs de 15 %, alors que le NPD n’obtenait qu’un maigre 7,5 % des voix. Aujourd’hui, les libéraux disposent de 41,3 % des voix, contre 33,2 % pour les conservateurs, soit une avance réduite à huit points. Pendant ce temps, le NPD doublait son soutien à 16 %.

Dans les Prairies, les conservateurs dominent depuis le tout début et ne sont toujours pas inquiétés aujourd’hui avec quelque 43 % des intentions de vote au Manitoba et en Saskatchewan et avec 64 % des intentions de vote en Alberta. Derrière eux, un renversement de situation passé inaperçu et probablement sans grande conséquence sur les résultats, le vote libéral au Manitoba et en Saskatchewan est passé de 24,4 % en septembre à 17,5 % actuellement, tandis que le NPD progressait de 10,8 % à 27,7 %.

NPD et PLC égal

En Colombie-Britannique, enfin, les conservateurs disposaient lors du déclenchement d’une avance de 12 points, avec 37,1 % de soutien contre 25,1 % pour les libéraux. Les Verts étaient en troisième place avec 18 % devant le NPD qui traînait à 12,8 %. Aujourd’hui, l’écart entre conservateurs et libéraux s’est resserré à 5,5 points, alors que le soutien conservateur est tombé à 29 %. Les libéraux ont plus ou moins maintenu leurs acquis à 24 %. Le NPD en a profité pour presque doubler ses appuis à 24,3 %, à égalité avec les libéraux, tandis que les Verts ont perdu un peu de vigueur à 15 %. La constante est que la formation du chef Jagmeet Singh a pigé dans les voix des conservateurs et des verts.

Bien entendu, dans notre système parlementaire, de nombreux facteurs influent sur le nombre de sièges que chaque parti peut effectivement remporter lors des élections. En ce sens, le vote des libéraux est plus efficace parce que mieux réparti dans l’ensemble du pays, en particulier dans l’Est. Ils conservent ainsi une avance intéressante en Ontario, la province comptant le plus grand nombre de sièges. Mais la montée du Bloc au Québec est venue brouiller les cartes, réduisant les espoirs de gains des libéraux et des conservateurs dans la province.

L’impact du Bloc

Le Bloc pourrait remporter 30 sièges ou plus si ces acquis se maintiennent, freinant les espoirs de majorité des libéraux. Alors que le NPD semblait prêt à perdre la quasi-totalité de ses 14 sièges québécois au moment du déclenchement des élections, il pourrait maintenant réussir à en sauver deux ou trois. Mais le vote québécois étant toujours aussi volatile, il est honnêtement difficile de prédire le nombre de sièges de chaque parti.

Certes, il y a eu un certain nombre de rebondissements au cours de la campagne électorale, mais l’électorat canadien semble globalement plutôt ennuyé par ce qui se passe et donne l’impression d’être déçu par les deux principaux partis en lice. Plusieurs sont manifestement en attente d’un geste ou d’un engagement qui les inciterait à faire leur choix.

Il est actuellement possible que ni les libéraux ni les conservateurs n’obtiennent un nombre suffisant de sièges, même combinés à ceux du NPD et des Verts, pour obtenir une majorité au Parlement. Une coalition composée de ces trois partis serait certainement intéressante à observer.

Toutefois, il existe une réelle possibilité que, quelle que soit la formation politique qui obtienne le plus grand nombre de sièges, celle-ci doive composer avec le Bloc québécois pour mener son programme législatif. Nous avons déjà eu des gouvernements minoritaires, mais aucun qui n’ait été confronté à une telle situation. Il faudrait alors voir comment le reste du Canada réagirait, pris en otage par un parti souverainiste du Québec.

Se pourrait-il qu’il y ait relance du débat sur l’unité nationale? Soudainement, cette élection pourrait constituer un enjeu beaucoup plus important que ce à quoi on pouvait s’attendre, il y a un peu plus d’un mois.