Des boulets aux pieds du système éducatif

Il va sans dire que l’objectif du taux de réussite scolaire fixé à 80 % d’ici 2020 n’est pas en voie d’être atteint.

Avec notre air ahuri devant l’effet monstre des systèmes éducatifs finlandais et japonais, qui connaissent une avancée fulgurante avec des taux bien au-delà de notre objectif, nous oublions nos voisins les plus proches. Les Ontariens, qui sont davantage près de notre réalité, suivent non bien loin avec un taux historique de plus de 85 %. Comment ont-ils atteint ce taux de 20 % plus élevé qu’il y a 10 ans et nous est-il possible de faire de même?

Il est manifeste que nos investissements dans les premières écoles pensées par Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée auront un impact positif sur l’épanouissement et la réussite des élèves. Toutefois, comme le dit le spécialiste en adaptation scolaire Égide Royer, le gouvernement devrait s’attaquer à d’autres problèmes. Il mentionne que l’on devrait revoir la sélection des élèves des écoles privées, puisqu’elle engendre des problématiques énormes dans le système public. 

J’ajouterais que nous semblons oublier la base du système éducatif qui revêt une importance capitale. En comparant avec le système modèle voisin, nous voyons que les changements au niveau de l’enseignement même constituent le cœur de leur succès. Au Québec, nous avons connu une avancée importante depuis la réforme, mais un combat continu nous laisse voir qu’il y a sans aucun doute anguille sous roche. En fait, nos pratiques innovantes en enseignement sembleraient traîner à leurs pieds des boulets énormes.

Certes, il n’est pas à douter que la marche menée par la création d’un programme ayant une posture constructiviste a fait avancer l’éducation en reconnaissant davantage la place de l’élève dans ses apprentissages. On suit de plus belle une approche développementale en fournissant à l’élève la situation propice à la création du savoir et au développement de compétence plutôt que de lui transmettre les connaissances, tel jadis.

Évaluer moins, enseigner plus

Pourtant, l’affolement autour de l’arrivée de la fin d’étape, bien présent dans les écoles et dont je peux témoigner, brise ce contrat didactique mené par les enseignants en s’empressant d’enseigner ce qui est attendu plutôt que de suivre le rythme des élèves. Or, cette aberration montre que la fréquence fixe et trop répétitive des évaluations fait certainement défaut. De même, le temps occupé par les évaluations obsolètes et à la préparation de ceux-ci, au détriment de l’enseignement, conduit à penser qu’il faudrait plutôt utiliser ce temps pour enseigner. Nous devrions nous inspirer de la province voisine qui a seulement deux étapes par année scolaire.

Qui plus est, en ayant les pieds dans les écoles, on remarque évidemment l’incohérence entre l’enseignement promu par le fait de suivre le rythme des élèves et le nombre d’élèves par enseignant. Cette autre aberration conduit donc trop souvent les enseignants à transmettre les connaissances de manière perfide. De l’autre côté de la rivière des Outaouais, les enseignants sont bien souvent deux par classe, ce qui permet de tenir compte du niveau de chacun des élèves. C’est ce que nous devrions faire en commençant par les niveaux scolaires et les écoles les plus à risque. Somme toute, en ce qui concerne la réussite scolaire et le plaisir d’apprendre, il faut, pour s’en convaincre, revoir nos principes docimologiques élémentaires en s’attaquant à cette évaluation archaïque et narcotique, de même que diminuer le nombre d’élèves par enseignant. Commençons par guérir les fêlures qui sont au cœur de cette polémique éducative et faisons un autre grand pas en éducation.

Marie-Claude Hébert, Lévis