Défi sans auto: la ville qui fait peur

POINT DE VUE / J’ai répondu à l’appel. Je participerai au Défi sans auto solo cette semaine. En fait, ce défi, je le relève déjà tous les jours pour aller travailler. Je marche environ 45 minutes l’aller, 45 minutes le retour. Et c’est effectivement tout un défi !

C’est que, je le constate et je l’expérimente tous les jours, c’est très risqué à Québec de marcher pour aller travailler. À chacun de mes trajets, je suis habité par la peur : celle d’y laisser ma peau. Et cette peur est loin d’être irréelle. Encore récemment, deux femmes sont mortes, happées par des véhicules, alors qu’elles…marchaient (!). L’une sur le chemin Sainte-Foy, l’autre sur la rue Dalhousie. Triste, épouvantable, mais surtout révoltant. Ce n’est rien pour calmer ma peur en tant que piéton, bien au contraire. J’ai peur, donc. En fait, la Ville de Québec me fait peur. Pourquoi ? Eh bien d’abord parce que les aménagements, pour le transport actif, font franchement défaut sinon ils sont inexistants. 

Ensuite, parce qu’il y a de la violence. Oui, oui. N’ayons pas peur des mots. Il y a, à Québec, de la violence automobile et de la violence automobiliste. La violence automobile, c’est celle structurelle. Celle d’un aménagement du tout-à-l’automobile. Celle d’un aménagement qui, encore, permet à des camions de type « poids lourd » de longer un trottoir voire d’y embarquer. La violence automobiliste, elle, c’est celle qui est individuelle. Celle de certains citoyens qui lorsqu’ils sont au volant ont des comportements dangereux, entre autres parce qu’ils se perçoivent «roi et maître» (clin d’œil aux propos du maire de Lévis). Faut voir ces violences comme étant liées. 

Le tout-à-l’automobile, qui relève d’un choix politique rappelons-le, ouvre la voie – excusez-le ! – à des dérives, à des comportements dangereux. L’individu-automobiliste, on le sait, est une cible de choix pour les partis politiques. Eh bien, c’est ce qui fait que dans l’aménagement de la Ville, on priorise alors certains groupes (les automobilistes) aux dépens d’autres (les piétons). 

La Ville qui fait peur, c’est la Ville du statu quo. Celle qui n’est pas prête à mettre en œuvre les transformations qui s’imposent, qui sont nécessaires à la sécurité des plus vulnérables de la route. La Ville qui fait peur, c’est son maire qui fait ce commentaire à la suite de la mort d’une piétonne : «Quand un camion comme ça embarque sur le trottoir, il n’y a pas de plan d’action, il n’y a pas de politiques qui peuvent empêcher ça. Les erreurs humaines on [ne] peut rien y faire ». Avec toute cette violence, c’est donc dire combien la Ville me fait peur. 

Mais, oui je relèverai quand même le Défi sans auto solo cette semaine, un défi que je relève d’ailleurs tous les jours. Toutefois, rappelons-le, c’est un défi qui met ma vie en danger. Je continuerai quand même de marcher, d’être hyper-vigilant (pas le choix!), de « bien regarder des deux côtés de la rue avant de traverser » (entendez la critique et le sarcasme), d’espérer les transformations nécessaires, etc. Bref, je ferai tout cela, en espérant que ce ne soit pas mon tour, la prochaine fois, d’être victime de cette « erreur humaine » – celle de qui exactement ? – dont parle le maire de cette Ville qui me fait peur.