Église Saint-Coeur-de-Marie
Église Saint-Coeur-de-Marie

Décevant bilan patrimonial 2019 à Québec

POINT DE VUE / Je suis consterné et dévasté par les démolitions patrimoniales dans la capitale. Outré de voir à quel point les promoteurs dilapident nos trésors collectifs qui constituent une source incontestable de beauté, d’art, d’histoire et d’ingénierie.

Alors que les municipalités devraient réaliser le potentiel de tels bâtiments aux qualités architecturales hors du commun, elles donnent le plus souvent leur accord à de futurs projets sans envergure où le patrimoine est détruit éhontément. Le patrimoine est une ressource non renouvelable. Le jeu des promoteurs semble être le même modus operandi partout. On achète sans condition, on n’entretient pas et on prétexte la dangerosité (et sécurité) pour légitimer la démolition. Ne dit-on pas que notre chien a la rage quand on veut le noyer? Pourtant, la technologie actuelle permet de rebâtir des ruines si la volonté (politique) est là. Force est d’admettre qu’elle s’est perdue quelque part. Et que dire de la valse entre les municipalités et le ministère de la Culture et des Communications qui se renvoient sans cesse la balle en matière de protection, laissant le patrimoine pâtir sous le pic des démolisseurs.

La démolition en cours de l’église Saint-François d’Assise, à Limoilou, s’inscrit malheureusement dans la continuité et laissera un autre bel héritage de la mairie actuelle. Pensons aussi à la destruction crève-coeur de la superbe et unique église Saint-Coeur-de-Marie sur Grande Allée, un bâtiment qui était pourtant emblématique de la colline parlementaire et significatif pour la population de Québec, en plus d’être une oeuvre architecturale exemplaire de ce style en Amérique du Nord. Il y a eu aussi la démolition de la maison Pasquier, à Neufchâtel, datant de la Nouvelle-France; la négligence menant au feu de la magnifique villa Livernois, à Duberger; le sauvetage in extremis de la maison Jobin-Bédard, à Charlesbourg, qui évite la démolition, du moins pour le moment, à la suite d’une intention de classement patrimonial permettant de se soustraire au permis de démolition accordé par la ville de Québec. Demain, ce sera au sort de la très monumentale église du Très-Saint-Sacrement d’être scellé, le seul bâtiment emblématique du quartier Saint-Sacrement et repère visuel marquant qui ponctue l’horizon du Côteau Ste-Geneviève à des kilomètres à la ronde avec ses deux tours rappelant un peu Notre-Dame (de Paris).

Qu’on le veuille ou non, à chaque destruction patrimoniale, c’est une partie de nous qui disparaît et s’efface à jamais. À chaque fois résonne en moi «Ne tuons pas la beauté du monde. Chaque fleur, chaque arbre [lire patrimoine] que l’on tue revient nous tuer à son tour».