Débat sur la laïcité: nous vivons un moment historique

Je me sens privilégié de vivre un moment historique avec le dépôt du projet de loi sur la laïcité de l’État, parce que nous pouvons débattre librement dans quel type de société nous voulons vivre démocratiquement. L’enjeu est simple, voulons-nous revenir, à long terme, à une société dominée par le pouvoir religieux ou préserver la vocation laïque de nos institutions publiques?

En adoptant la loi 21 sur la laïcité de l’État, nous laisserons aux générations futures un héritage politique historique, comme ce fut le cas à une autre époque où le gouvernement du Québec adoptait la loi 101 pour préserver et promouvoir le français. Souvenons-nous que cette loi limitait l’accès à l’école anglaise aux nouveaux arrivants et aux francophones. Rappelons-nous que les mêmes groupes d’influence qui s’opposent aujourd’hui à la laïcité de l’État s’opposaient aussi à la loi 101 sous prétexte que celle-ci brimait les droits fondamentaux comme la liberté de choix à l’école anglaise.

En 1977, le gouvernement de l’époque a eu la sagesse de résister aux pressions d’une certaine élite qui menaçait de quitter le Québec si les droits individuels du libre choix à l’école anglaise n’étaient pas rétablis tout en contestant par la suite, devant les tribunaux, la loi pour la défense de l’usage du français au Québec. Cette fois, les mêmes élites s’opposent à l’utilisation de la clause dérogatoire pourtant reconnue dans la charte des droits et libertés canadienne, sous prétexte qu’il n’y a pas d’urgence et qu’aucune étude n’a pu démontrer que l’interdiction de signes religieux pour certaines fonctions de l’État aura des effets néfastes sur la population. Enfin, ces mêmes élites prétendent que la réputation du Québec à l’étranger sera entachée, comme ce fut le cas lors de l’adoption de la loi 101 à l’époque.

Après dix ans de débats depuis la remise du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, je souhaite que le gouvernement du Québec résiste aux pressions en ayant le courage, comme ce fut le cas lors de l’adoption de la loi 101, de laisser son empreinte historique pour préserver les droits collectifs de la majorité francophone qui appuie très majoritairement la laïcité de l’État et son inclusion dans la charte des droits et libertés du Québec.

L’Assemblée nationale du Québec étant le fiduciaire de la nation québécoise, elle doit adopter d’ici la fin de la session parlementaire ce projet de loi afin de préserver la paix sociale au Québec. Notre devise nationale «Je me souviens» prendra alors tout son sens, et ce, en mémoire de nos parents et grands-parents qui ont été brimés dans leurs droits fondamentaux sous l’emprise du pouvoir religieux, dont l’influence ne doit plus dominer, comme par le passé, nos institutions publiques.

Jean Baillargeon, expert-conseil en communication stratégique