Justin Trudeau

De la diversité de notre langue française

En réaction à la chronique «Ceci n’est pas un incident» de Mylène Moisan parue le 30 avril

Madame Moisan,

J’ai bien aimé votre texte «Ceci n’est pas un incident» à propos de notre Justin national. Je réagis toutefois aux paragraphes dans lesquelles vous semblez mettre sur le même pied des expressions empruntées à l’anglais et des anglicismes évidents ou des «faux amis» (homonymes anglais-français qui n’ont pas le même sens, comme par exemple le mot incident).

Doit-on vraiment jeter l’anathème sur toute expression empruntée de l’anglais pour la simple raison que ça vient de l’anglais? Qu’est-ce qui est non grammaticalement acceptable ou vide de sens à dire «On n’est pas sortis du bois» plutôt que «... de l’auberge»? Aussi, dans l’édition 2013 de mon Petit Robert (dit dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française), au mot frapper, il y a acceptation du sens de l’expression «Frapper un mur» en tant que canadianisme synonyme de heurter, accrocher. L’exemple qu’on y trouve est l’expression «frapper un nœud». Dans le même dictionnaire, il y a d’innombrables sens du mot prendre dont, il me semble, une claire justification de l’expression «Prendre pour acquis». On peut prendre une personne pour une autre, alors pourquoi pas une chose pour acquise? N’y a t-il pas aussi la couleur de notre «nordaméricanitude» à préserver dans notre parlure? Par exemple, «Pousser à la roue» m’apparaît plutôt en noir et blanc et complètement inconnue comparée à «Mettre l’épaule à la roue» dont je voudrais bien qu’on me montre l’hérésie.

J’ai été le premier à être horripilé lorsque j’ai entendu un lecteur de nouvelles en France dire «drug dealer» au lieu de «trafiquant de drogue» ou «home jacking» au lieu de «invasion de domicile». Mais je suis aussi exaspéré par ceux qui pourfendent le «Bon matin» sous prétexte que c’est un calque de l’anglais «Good morning»; n’est-ce pas faire preuve d’un certain pharisaïsme de la langue? Notre langue ne peut-elle pas recevoir une bonne contribution d’une langue étrangère dans la mesure ou celle-ci n’en éclipse pas le sens et n’altère en rien la grammaire?

Loin de moi bien sûr l’idée de contester la qualité de votre travail de journaliste par mon présent commentaire, Madame Moisan. J’ai seulement le goût de vous demander de ne pas céder trop facilement aux demandes de correction de votre français tout en conservant, bien sûr, votre désir de vouloir vous amender si nécessaire.

Steve Boivin, Saint-Flavien