«Les médias déjà profondément affectés par l’érosion des revenus publicitaires et la vampirisation de leurs contenus par les géants du Web devront être appuyés par des politiques publiques qui reconnaissent leur apport à la société et à la vie démocratique. La crise de la COVID-19 aura permis d’illustrer toute la pertinence d’un journalisme professionnel et indépendant», écrit Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture–CSN.
«Les médias déjà profondément affectés par l’érosion des revenus publicitaires et la vampirisation de leurs contenus par les géants du Web devront être appuyés par des politiques publiques qui reconnaissent leur apport à la société et à la vie démocratique. La crise de la COVID-19 aura permis d’illustrer toute la pertinence d’un journalisme professionnel et indépendant», écrit Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture–CSN.

Culture et médias: les chantiers de la relance

POINT DE VUE / L’horizon porte encore tous les signes de l’incertitude liés à la crise actuelle et nous sommes collectivement plongés dans une position pénible où l’attente se mêle à un certain sentiment d’impuissance. Partout au pays, des secteurs entiers d’activité sont paralysés et les perspectives de relance demeurent difficiles à cerner. Toutefois, cet état de choc doit céder le pas à un effort politique structuré afin de permettre la mise en place des conditions requises pour une relance juste et équitable. Cela est d’autant plus vrai pour les secteurs de la culture et des médias d’information.

Durement touchée dès les premiers instants de la crise, la culture sera probablement l’un des derniers secteurs à connaître une relance en raison des mesures de distanciation sociale qui risquent d’être en vigueur pour encore longtemps. La culture doit faire partie des priorités de nos gouvernements, car elle contribuera à dessiner les contours de notre société post-COVID-19. Pourtant, pendant cette période où les plateformes numériques occupent une place prépondérante dans nos foyers, la culture québécoise et francophone risque d’être engloutie devant l’abondance des contenus américains.

Pour leur part, les médias déjà profondément affectés par l’érosion des revenus publicitaires et la vampirisation de leurs contenus par les géants du Web devront être appuyés par des politiques publiques qui reconnaissent leur apport à la société et à la vie démocratique. La crise de la COVID-19 aura permis d’illustrer toute la pertinence d’un journalisme professionnel et indépendant. Ne pas soutenir les médias reviendrait à précipiter nos sociétés vers un vide informationnel avec le risque de voir ce vide comblé par plus de désinformation. Une situation intenable pour le vivre ensemble et la vitalité de notre démocratie.

Trois chantiers pour la relance

La Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN) propose ainsi trois chantiers pour assurer une relance cohérente et progressive des secteurs culturel et médiatique.

Prolongation de l’aide ponctuelle: premièrement, nous considérons que les mesures telles que le Programme canadien d’urgence (PCU) et les subventions salariales doivent être prolongées au-delà du 6 juin prochain. Une disposition qui permettrait d’éviter l’effritement économique et d’assurer en partie la pérennité des secteurs culturel et médiatique.

Mesures de relance: en matière de relance, nous misons sur un effort politique structuré. Pour y arriver, il est essentiel, pour la culture, que des comités tripartites soient mis en place afin d’élaborer un plan et une vision ancrée dans la réalité de chacun des milieux. Des règles de santé et de sécurité claires doivent être réfléchies conjointement, ainsi que les solutions financières les plus appropriées.

La FNCC–CSN intervient depuis le début de la crise auprès des gouvernements et des organisations, mais souhaite qu’une structure de travail officielle soit mise en place rapidement. Ces comités doivent donner une voix aux travailleuses et aux travailleurs de la culture afin que leurs droits soient respectés et que les aides qui seront versées ruissellent également jusqu’à eux.

Quant aux médias d’information, nous considérons que les programmes existants doivent être bonifiés. Par exemple, nous proposons au gouvernement fédéral d’élargir l’accès au Programme de crédit d’impôt sur la masse salariale pour les médias d’information et d’en rehausser les plafonds. Cette bonification d’un programme déjà existant donnera un peu d’oxygène à nos médias partout au pays et permettra entre-temps de tabler sur des réformes législatives, telles que les réformes évoquées dans le rapport du Comité Yale.

Tous les programmes existants visant à soutenir les médias et la culture devront être bonifiés et une place devra être faite aux radios, qui, de façon générale, n’ont accès à aucune subvention et vivent la baisse de revenus publicitaires de plein fouet.

La culture et les médias devront également être intégrés dans les stratégies d’achat local qui seront développées afin de sauver nos entreprises.

Mesures structurelles: enfin, ce sera au niveau structurel que la réponse politique devra faire preuve d’une grande vision et de beaucoup de leadership. Dans un contexte où les finances publiques sont mises à mal, nous n’avons plus le luxe, collectivement, de tolérer les passe-droits accordés aux géants du Web qui participent de façon insuffisante à notre fiscalité. Il est grand temps que nos propositions soient prises en compte pour ce qu’elles sont, soit des réponses pragmatiques à des problèmes structurels réels.

Les plateformes de partage numérique, telles que Facebook, bénéficient de contenus pour lesquels ces géants du Web ne versent aucune forme de redevance. Continuer d’acquiescer à cet état de fait, c’est consentir à étouffer irrémédiablement nos écosystèmes culturels et médiatiques. Nous désirons travailler avec les gouvernements afin de mettre en place un système de redevances qui aurait comme objectif de protéger notre capacité de production culturelle et d’assurer l’accès à de l’information indépendante et locale.

La FNCC–CSN a pu constater, dans les dernières semaines, à quel point les travailleuses et les travailleurs autonomes ont peu, voire pas de protection ou de filet social. Cette réalité, nous la constatons notamment dans le milieu culturel et elle nous inquiète profondément. Au-delà des mesures temporaires actuellement en vigueur, nous interpellons les gouvernements afin qu’ils adoptent des mesures durables en élargissant le filet social, car être travailleur autonome ne doit plus rimer avec précarité.

La situation de crise doit être un moteur de changement et doit nous permettre d’apporter des solutions à la hauteur des défis. Pour les médias et la culture, ceux-ci sont énormes et nous en appelons à la proactivité des gouvernements. La FNCC–CSN leur tend une main en ce sens, espérons que l’appel sera entendu.