Les Québécois ont plus d’une fois entendu les politiciens s’engager à réduire le nombre d’employés de l’État tout en jurant que la réorganisation n’affecterait pas les services «directs» aux citoyens.

Croquer du fonctionnaire

ÉDITORIAL / François Legault reprend le thème accrocheur de la lutte à la bureaucratie et au gaspillage mais il se garde bien toutefois de chiffrer combien de postes de fonctionnaires pourraient disparaître avec l’arrivée d’un gouvernement caquiste. C’est plus prudent, mais aussi, plus réaliste. L’abolition de postes, même par attrition comme le propose la CAQ, n’est pas une garantie que les citoyens du Québec seront mieux servis et qu’ils en auront davantage pour leur argent.

«Nous allons rénover l’État québécois. Nous allons réduire la taille de l’État. L’État doit se serrer la ceinture», martelait en novembre 2014 Martin Coiteux, ministre libéral responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes, et président du Conseil du Trésor.

Le gouvernement Couillard a réalisé certains de ses objectifs. Il a notamment légiféré pour avoir un décompte plus exact des employés payés par nos impôts et nos taxes. 

Mais, les données prévisionnelles qui accompagnaient ce printemps le budget indiquent une hausse de 1,4 % ou de 926 équivalents temps complet (ETC) dans la fonction publique pour 2017-2018. Une augmentation attribuable en partie à la nécessité d’ajouter du personnel pour réduire les délais dans le système de justice.

Les effectifs de la fonction publique demeurent néanmoins moindres qu’en 2013-2014, précise-t-on dans le document Stratégie de gestion des dépenses, une gestion responsable au bénéfice de la population.

La tendance est-elle en train de changer de direction? Est-ce le signal qu’il y a des limites et des conséquences négatives à supprimer des postes, à ne pas remplacer les employés qui partent à la retraite, à négliger de se bâtir une expertise interne solide et à ne pas embaucher alors que les besoins augmentent dans certains secteurs? 

En 2017-2018, les effectifs sont aussi en hausse de 1,9 % (7935 ETC) dans les organisations hors fonction publique. «Cette augmentation s’explique principalement par les investissements additionnels, annoncés au Plan économique du Québec de mars 2017, en santé et en services sociaux pour diminuer le temps d’attente dans les hôpitaux, accroître et améliorer les soins et services offerts dans les centres d’hébergement de soins de longue durée, diminuer les délais en services diagnostiques et à l’accès à la chirurgie et accroître l’accessibilité aux services de protection de la jeunesse et aux services psychosociaux, ainsi qu’en éducation et en enseignement supérieur pour accroître la réussite éducative des élèves et des étudiants».

Le scénario risque de se répéter. On supprime ou abolit des postes par attrition en début de mandat, puis on embauche lorsque les citoyens sont mécontents et que les élections approchent. 

Les Québécois ont plus d’une fois entendu les politiciens s’engager à réduire le nombre d’employés de l’État tout en jurant que la réorganisation n’affecterait pas les services «directs» aux citoyens.

Aux yeux de certains, tout ce qui doit se réaliser avant ou après le «service direct» semble inutile. La planification, l’analyse des besoins, le contrôle des coûts, le respect des objectifs, le suivi et l’évaluation des programmes et des services paraissent superflus. Et pourtant, ces opérations peuvent éviter le gaspillage, limiter les abus, l’arbitraire et aussi, réduire la bureaucratie, celle, détestable qui retarde inutilement ceux qui livrent les services. 

Encore faut-il que les élus aient l’humilité et la sagesse de reconnaître qu’ils ont misé parfois sur des politiques et des mesures qui ne donnent pas les effets escomptés. Encore faut-il qu’ils aient le courage de corriger le tir sans attendre que des experts externes payés chèrement leur suggèrent ce que des fonctionnaires ont parfois identifié avant eux.