La semaine dernière, neuf hebdomadaires et un quotidien de Postmédia ont annoncé leur fermeture.

Crise des médias: la plus grande menace à la diversité canadienne

Chaque 1er juillet est l’occasion pour le Canada de mettre de l’avant sa diversité culturelle et la vitalité de ses régions. Pourtant, cette année, la fête a un goût amer. Cette pluralité tant célébrée s’effrite à grande vitesse, au rythme effréné des fermetures de journaux locaux. Cette année, la voix de nombreuses régions du pays s’est éteinte et, à moins d’une action rapide du gouvernement Trudeau, cette diversité régionale ne sera plus qu’un slogan vide de sens.

La semaine dernière, neuf hebdomadaires et un quotidien de Postmédia ont annoncé leur fermeture. Cette annonce, qui suit celle de 36 publications du Canada anglais et de plusieurs autres au Québec plus tôt cette année n’est pas une surprise et c’est ce qui fait le plus mal. Depuis plusieurs mois, nous interpellons les gouvernements et les élus de tous les partis au sujet de la crise des médias. Tous disent comprendre l’intérêt de maintenir une information journalistique de qualité partout au pays, mais le sentiment d’urgence n’y est pas.

L’année 2018 sera sans doute l’année charnière de l’information au pays. Sera-t-elle celle où les gouvernements auront eu le courage de dépasser les intérêts partisans pour assurer la survie du journalisme régional et national? Pour le moment, le Canada demeure le cancre parmi les pays industrialisés sur le plan de l’aide gouvernementale aux médias et il serait temps de sortir de cette queue de peloton.

Nous pourrions discuter en long et en large des décisions prises par un média ou un autre pour s’adapter au virage numérique. Mais s’attarder sur cette question masquerait le véritable enjeu: les médias écrits pourront-ils survivre au Canada sans l’aide de l’État?

La réponse est non. Les médias écrits sont tous passés en mode «survie» au cours des trois ou quatre dernières années, chacun se demandant comment produire la même information avec moins de revenus. Ceux-ci sont condamnés à disparaître si rien n’est fait, car la source de leur désarroi demeure bien présente: la chute des revenus publicitaires.

La publicité, le nerf de la guerre

Le débat sur l’avenir de l’information est complexe et il est commun de blâmer les médias comme étant responsables de leur sort. Cette posture me semble aussi pertinente que de dire qu’un chômeur est responsable d’une crise économique qu’il subit. Nous n’avons plus le temps des faux débats et des disputes partisanes. Que les journaux soient payants ou gratuits, imprimés ou numériques, à tendance fédéraliste ou souverainiste, la question n’est plus là. Les médias vivent tous principalement de revenus publicitaires et la source s’est tarie dramatiquement depuis que Google et Facebook ont mis la main sur ces milliards de revenus.

Une aide étatique nécessaire

Ces jours-ci, il est aussi de bon ton de dénigrer le travail des journalistes parmi les opposants à toute aide gouvernementale aux médias. Ceux-ci semblent à la fois mal connaître ce métier et fermer les yeux sur ses apports nécessaires. Sommes-nous réellement prêts à vivre dans un monde sans information journalistique? Qui passera des journées à décortiquer les projets de loi ou les budgets, à assister aux débats parlementaires ou à enquêter pendant des semaines sur des systèmes de corruption? Les journalistes sont les yeux et les oreilles de la population et ils sont un atout nécessaire à la démocratie.

Les timides programmes d’aide récemment créés autant du côté provincial que du fédéral doivent céder la place à des mesures beaucoup plus costaudes et structurantes. On pense ici particulièrement à des crédits d’impôt sur la masse salariale, qui permettraient le maintien des emplois et la continuité dans la production de contenus d’information de qualité.

Au Québec, lors de la campagne électorale, nous interpellerons nos politiciens pour savoir s’ils considèrent que le journalisme professionnel doit encore jouer son rôle de contre-pouvoir et de surveillance. Cet automne, nous attendons des engagements concrets de la part de tous les partis pour assurer la pérennité et l’indépendance de nos sources d’information.

À Ottawa, le gouvernement fédéral préparera pour sa part son dernier budget avant les élections. Espérons que le message soit entendu à temps.

Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications de la CSN (FNC-CSN)