Crise des médias : l’urgence de plus et de mieux

POINT DE VUE / La menace de faillite du Groupe Capitales Médias était en pratique annoncée. L’entièreté de l’industrie des médias du Québec, encore davantage que celle du Canada compte tenu des limites du marché domestique, est menacée depuis longtemps par une transition technologique et numérique dans laquelle elle veut s’inscrire, mais sans moyens adéquats pour le faire.

La presse écrite, comme la radio et la télévision généralistes, voit année après année ses revenus publicitaires chuter. Pour les médias écrits toutefois, la crise est pire : ses contenus sont librement partagés sur les réseaux sociaux sans que les entreprises ayant payé pour que l’information soit créée en tirent le moindre revenu. Pire, ce sont les géants du Web qui se trouvent à «pirater» l’achalandage et les revenus publicitaires des médias québécois.

Quand Justin Trudeau parlait de sunny ways (les voies ensoleillées), il ne pensait sans doute pas à la situation des médias au Québec. Ses propositions pour éventuellement soutenir les médias ne permettront pas leur survie. Les avantages consentis aux organisations sans but lucratif sont discriminatoires; les aides accordées selon la masse salariale ou les abonnements présentent certaines vertus, mais demandent des améliorations. C’est toutefois très insuffisant.

Insuffisant, parce que le problème réside dans ce détournement des revenus publicitaires des médias créateurs de contenus au profit des multinationales du Web. Et, pour ajouter l’insulte à l’injure, le gouvernement de Justin Trudeau consent à ces mêmes géants des congés de taxes auxquels les entreprises québécoises n’ont pas droit. On ne doit donc pas s’attendre à ce que Justin Trudeau ose s’engager dans la même voie que la France : percevoir de ces entreprises au-dessus des lois un revenu de taxation qui pourrait être retourné aux médias, aux créateurs de contenus et aux artisans tant de l’information que des arts.

De plus, il faut saluer la décision du gouvernement de François Legault qui, pour éviter que les journaux et applications numériques du Groupe Capitales Médias ne sombrent, a consenti un prêt d’urgence de 5 millions $. Malheureusement, cet argent ne donne que trop peu de temps pour que soit structurée une offre solide et durable pour la survie de ces médias et de l’information régionale qu’ils offrent. Il faut donc qu’Ottawa prenne aussi ses propres responsabilités et offre une aide comparable, également sous la forme de prêt. Cette aide est essentielle à la diversité de l’information et s’avère à coût nul pour les contribuables puisque les éventuels acheteurs devront assumer au complet le remboursement des prêts.

Le Bloc Québécois n’hésite pas à prendre fait et cause pour la culture, les arts et l’information au Québec. Nous invitons tous les partis fédéraux à en faire autant. Malheureusement, le Parti libéral de Justin Trudeau en fait trop peu, le fait trop tard, et le fait sans courage. Pour leur part, les conservateurs d’Andrew Scheer sont opposés à l’aide aux médias, qu’ils voient comme des adversaires de leur programme, et ce faisant, choisissent de les museler. 

L’information n’est pas un bien de consommation. L’information est un service essentiel qui, pour bien remplir son rôle de poumon de la démocratie, exige diversité, liberté et indépendance. La survie du Groupe Capitales Médias est un élément essentiel de cet enjeu collectif. Et pour éviter une autre crise, un autre effritement, nous avons le devoir et aussi le courage d’envisager au nom de l’intérêt national de vraies solutions en toute équité pour l’ensemble de nos artisans et de nos entreprises en information. Le Bloc Québécois s’y engage.