COVID-19: l’immigration plus pertinente que jamais

POINT DE VUE / Le retard des derniers mois dans l’accueil des immigrants aura plusieurs conséquences notamment sur la reprise économique. Il faut réaliser l’importance de l’immigration pour notre société et rendre le processus d’accueil plus efficace. 

Alors que le Québec se déconfine graduellement, certaines personnes s’inquiètent de l’arrivée d’étrangers au pays et remettent en question la pertinence et la nécessité de l’immigration. En avril, le gouvernement caquiste a laissé entrevoir qu’il pourrait revoir à la baisse ses niveaux d’immigration. La récente réforme du Programme de l’Expérience Québécoise (PEQ) affectant notamment les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers semble malheureusement aller dans ce sens. Autour du 10 mai, c’était au tour du PM Trudeau de mentionner qu’il pourrait diminuer ses cibles en immigration. Le discours populaire m’apparait également être en faveur d’une réduction générale de l’accueil de nouveaux arrivants. 

Historiquement, au Québec et de par le monde, après chaque récession, le débat sur la pertinence de l’immigration revient. On veut laisser de l’emploi aux citoyens actuels. Cette rhétorique a prouvé son échec et sa fausseté à de nombreuses reprises. Les immigrants ne « volent » pas les jobs, ils contribuent, en fait, à créer de l’emploi et de la richesse collective. Ceci a été démontré dans de nombreuses études et on l’observe actuellement avec les problèmes de production que vivent nos agriculteurs qui doivent se priver de l’apport de plusieurs travailleurs saisonniers. Pour différentes raisons, ces travailleurs saisonniers, ainsi que les nombreux immigrants que nous accueillons depuis des années, ne peuvent juste pas être remplacés! Pour ce qui est du contrôle de la propagation de la Covid, il faut évidemment être vigilant, tester massivement et prendre les moyens qui s’imposent pour endiguer cette crise de santé publique. Toutefois, dans un contexte où la transmission communautaire est déjà malheureusement bien installée, le lien entre la réduction du nombre d’immigrants ou même le refoulement des étrangers à nos frontières est loin d’être établi et cette pratique pourrait avoir de graves conséquences dans une économie qui sera affaiblie et qui aura grandement besoin de toutes ses ressources pour rebondir. 

À peine réouvertes, plusieurs entreprises de la région de Québec s’inquiètent déjà du manque de main-d’œuvre, un problème qui était criant dans les dernières années et qui ne semble pas s’estomper. Les annonces radio offrant des emplois, et autres stratégies de recrutement coûteuses pour nos entrepreneurs déjà grandement affectés, recommencent à circuler abondamment. Une situation qui sera assurément exacerbée dans le futur en raison des cicatrices laissées par la chute drastique du nombre de nouveaux arrivants dans les derniers mois.

Les Québécois ne compétitionnent généralement pas avec les immigrants pour un emploi. Ces derniers acceptent souvent des emplois boudés par les Québécois, ou bien ils ont des compétences et des diplômes recherchés. Autrement dit, même s’il y aura plusieurs serveurs de restaurant disponibles cet été, ceux-ci ne pourront pas vraiment se recycler pour travailler en optique photonique.

Indépendamment des qualifications, le nombre anticipé de travailleurs actifs ne suffira tout simplement pas à remplacer les nombreux départs à la retraite prévus d’ici 2030, année où l’on prévoit d’ailleurs que le nombre de naissances sera inférieur au nombre de décès. Avec une croissance démographique aussi insuffisante, on se dirige vers une reprise beaucoup plus lente que prévu si l’on se prive de l’expertise internationale ainsi que de nombreuses jeunes familles qui contribueront à rembourser, par leurs impôts, le déficit fiscal occasionné par la crise et la mise en place de toutes les subventions.

Au-delà du fait que l’on a besoin de monde et de travailleurs, il y a aussi d’autres enjeux à considérer avec la réduction des cibles en immigration. Des réunifications familiales sont retardées et certains de nos citoyens voient des membres de leur famille prisonniers dans des pays où les conditions de vie déjà difficiles se dégradent rapidement en raison de la crise. Nous nous devons également de continuer à respecter nos ententes de coopération internationale en matière d’accueil de réfugiés dont le nombre ne cesse de croitre mondialement. 

Tel que discuté récemment dans certains médias, il y a aussi la situation des immigrants non régularisés ou des demandeurs d’asile, dont plusieurs sont actuellement au front dans nos CHSLD et résidences pour personnes âgées, qui risquent encore l’expulsion si le gouvernement n’agit pas plus rapidement pour leur offrir un certificat de sélection du Québec. 

Devenir plus efficace en immigration 

Trop d’immigrants qui participent actuellement activement à notre société font toujours face à des risques d’expulsion. C’est en simplifiant la procédure d’immigration, embourbée dans un chaos kafkaïen de compétences fédérales et provinciales, et en intervenant rapidement pour que les immigrants obtiennent leur résidence permanente et éventuellement leur citoyenneté, qu’il sera possible d’intervenir sur les aspects sanitaires et sociaux. Ce genre de crise ne doit pas être gaspillé et devrait nous servir à revoir nos façons de faire. En l’espace de quelques jours, les médecins québécois ont obtenu l’autorisation de faire des consultations par téléphone et la télémédecine est présentement en pleine ébullition. Cet exemple démontre qu’il est rapidement possible de se débarrasser de bureaucratie archaïque, couteuse et inefficace. 

Une plus grande ouverture envers l’immigration profiterait indéniablement à notre société et notre économie en plus d’offrir une vie meilleure à bien des familles. Il faut absolument se débarrasser collectivement des fausses croyances populistes, ridicules et contradictoires qui accusent tantôt les immigrants de voler nos emplois, tantôt de bénéficier de notre assurance-emploi. C’est bien connu, plusieurs immigrants participeront plutôt à la création d’emplois puisque la proportion d’immigrants entrepreneurs est plus élevée que dans la population en général. Évidemment, il y a des enjeux de sécurité, d’accueil et d’adaptation à notre société et à nos valeurs québécoises, mais plusieurs organismes communautaires déjà bien établis sont spécialisés en la matière et prêts à se relever les manches. 

En conclusion, il faut éviter que la pandémie induise des blessures sur notre tissu social québécois d’ouverture et d’accueil. Ne laissons pas nos inquiétudes infondées prendre le pas sur notre humanité et notre raison en laissant place à la résurgence d’un discours xénophobe. 

Il faut réaliser que l’arrivée d’un immigrant et de sa petite famille constitue une richesse socio-économique inestimable pour des années à venir.