COVID-19 et soins aux aînés: une répétition générale pour 2031?

POINT DE VUE / Les défis du vieillissement de la population atteindront un sommet en 2031, alors que la courbe du vieillissement des baby-boomers entrera en conflit avec la capacité d’accueil de nos «milieux de vie pour aînés» et celle du système de santé.

Déjà aujourd’hui, les défis entraînés par la pénurie de main d’oeuvre (personnel infirmier et préposés), les listes d’attente et le manque de lits font craindre le pire alors que 25% de la population aura 65 ans et plus en 2031. Le réseau de la santé fait face à un problème de taille et absolument prévisible : si rien n’est fait d’ici là, le Québec n’aura pas le nécessaire pour traiter respectueusement ses aînés. Et le scénario COVID-19, qui nous révèle ses épisodes au jour le jour, n’est peut-être que la répétition générale d’un scénario connu et annoncé.

La cascade d’événements malheureux largement rapportés dans les médias cette semaine a mis en lumière un problème fondamental quant à l’offre de services aux aînés au Québec : privilégier la concentration des aînés en grand nombre dans des établissements dédiés n’est efficace qu’en apparence. 

Rappelons-nous que ce modèle d’habitation pour aînés nous distingue face au reste du Canada et ailleurs dans le monde . Selon la SCHL, 18,4% des personnes de 75 ans et plus choisissent de déménager en résidence pour aînés . Dans le reste du Canada, c’est seulement 6,1% des personnes du même âge qui choisissent cette option et il en va de même lorsqu’on se compare aux autres membres de l’OCDE , en particulier les pays nordiques : le Québec fait bande à part. 

À l’ère où les pandémies représentent une menace concrète, imprévisible et certainement périodique, il est grand temps de remettre en question notre dépendance à ce modèle, grand temps de prendre des actions concrètes pour soutenir l’autonomie des personnes dans leur communauté et leur domicile : une préférence largement exprimée de la part des principaux intéressés.

Lorsqu’on pense au maintien à domicile, on se préoccupe souvent des aspects matériels et concrets des activités quotidiennes, domestiques, de surveillance, d’entretien en lien avec l’habitation, de répit pour les proches aidants ainsi que des services d’assistance personnelle. Ce sont des éléments fondamentaux du maintien à domicile, offert principalement par les employés des 100 entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD) dont on a constaté que le salaire était inférieur à l’allocation d’urgence offerte par Ottawa. Il est impératif de réinvestir dans ce secteur pour qu’il devienne attrayant pour les personnes qui y travaillent. 

Cependant, on oublie souvent d’autres préoccupations essentielles, qui touchent de nombreuses personnes aînées : l’isolement et la solitude, la quête de sens, la faible participation sociale, la perte d’un rôle dans la société, le manque de disponibilité de services “médicaux” et “sociaux” de qualité à domicile et le respect de leur autonomie décisionnelle. La seule solution qui s’offre à nous est d’aller vers les gens, leur offrir du soutien et de l’accompagnement dans leur milieu de vie, prévenir l’aggravation de leur état de santé et respecter leurs choix même les moins bons.

Plusieurs provinces et pays répondent déjà aux mêmes enjeux par des alternatives innovantes dont le Québec peut s’inspirer. D’ailleurs, en supportant le développement de projets de gériatrie sociale et en mettant quelques ressources supplémentaires sur le développement des services de proximité, le gouvernement du Québec a fait un pas dans la bonne direction . L’échéance de 2031 en appelle toutefois à des changements plus considérables qui feraient en sorte que la majorité des soins puissent être donnés à domicile et que les autres options soient réservées à des cas précis et à de réels choix. 

Nous croyons que cette crise peut nous servir de moteur pour repenser efficacement le modèle d’habitation et de soins. Nous sommes assez créatifs pour offrir un accompagnement répondant aux besoins multiples de la population, et ce, en travaillant ensemble pour que toute personne dispose d’options intéressantes et adaptées à leur mode de vie. Mettons à profit cette triste répétition générale pour éviter que l’histoire se répète. 


  • J. Benoit Caron, directeur général du Réseau de coopération des entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD)
  • Pierre Delagrave, Idéateur du livre Vivre vieux, vivre heureux, guide pratique et inspirant pour rester chez soi
  • François Grisé, DGA - Un et un font mille, Directeur artistique du cycle Vivre vieux
  • Stéphane Lemire, interniste-gériatre, Président-fondateur de la Fondation AGES, auteur du livre Vieillir la belle affaire : garder son pouvoir d’agir