«De nombreuses personnes semblent satisfaites des décisions prises par le trio McCann, Arruda et Legault alors que d’autres expriment des doutes relativement à la proximité du directeur national de santé publique avec le pouvoir», écrivent les autrices de la lettre.
«De nombreuses personnes semblent satisfaites des décisions prises par le trio McCann, Arruda et Legault alors que d’autres expriment des doutes relativement à la proximité du directeur national de santé publique avec le pouvoir», écrivent les autrices de la lettre.

COVID-19 : science, politique et santé publique

POINT DE VUE / La pandémie de COVID-19 agit comme un révélateur d’asymétries, de privilèges et d’injustices. Elle met aussi en exergue les modalités de sa gestion par les autorités gouvernementales et sanitaires. De nombreuses personnes semblent satisfaites des décisions prises par le trio McCann, Arruda et Legault alors que d’autres expriment des doutes relativement à la proximité du directeur national de santé publique avec le pouvoir.

Si les modalités de la gestion sociopolitique préoccupent autant ces jours-ci, c’est que la proximité du scientifique et du politique apparait comme une menace à l’adhésion de la population aux décisions du gouvernement.

Pour plusieurs personnes, le nécessaire devrait être fait pour établir une démarcation claire entre le travail mené par la direction de la santé publique et par le premier ministre, notamment en réintroduisant l’expertise dans le «silo» qui lui est propre, celui de la science. L’idée est, d’une part, qu’il faut éviter d’entacher l’interprétation scientifique de la situation et, d’autre part, que la confiance de la population repose sur une compréhension de la science et du politique comme mutuellement exclusifs.

Or, tirer sur les fils de l’écheveau pour démêler la science et le politique dans le cadre de la gestion de cette pandémie est inutile : l’expertise de la direction de la santé publique est un plein constituant de l’action politique. Elle est affectée par des contraintes technoscientifiques, matérielles sociopolitiques, économiques, légales et réglementaires. Elle s’effectue dans une itération d’échanges discursifs avec le premier ministre et son équipe et non pas de façon linéaire et causale du scientifique vers le politique (d’ailleurs, le Dr Arruda est aussi sous-ministre adjoint à la Direction générale de la santé publique). Autrement dit, le silo dans lequel d’aucuns tentent de ramener le travail de la direction de la santé publique n’existe pas : il est une vue de l’esprit.

Ce qui précède n’empêche pas qu’il faille continuer de s’intéresser aux modalités de la gestion de la crise sanitaire actuelle. En effet, les décisions prises par la cellule de crise dont fait partie le Dr Arruda s’arriment à une vision du Monde parmi d’autres possibles. Ce qui est au cœur des préoccupations actuelles, ce sont les conflits de visions, les logiques argumentatives, les mesures de déconfinement et la reconduite des injustices sociales et géographiques. Pour cette raison, la gestion scientifico-politique québécoise de la pandémie est discutable, c’est-à-dire qu’elle mérite d’être scrutée scrupuleusement, questionnée et comparée avec d’autres.