Un mémorial s'est organisé dès lundi soir, et s'est poursuivi mardi, sur la rue Yonge, où s'est déroulé le drame.

Comprendre sans céder à la peur

ÉDITORIAL / Québec et Toronto unies dans l’horreur. Alexandre Bissonnette et Alek Minassian. Mêmes questions, même incompréhension que de jeunes hommes puissent prendre la vie d’innocents, même sentiment d’impuissance. Et heureusement, même solidarité exprimée ici et ailleurs, et même envie de ne pas céder à la peur.

Lui, Alek Minassian, quelles étaient ses motivations pour rouler sur plus d’un kilomètre, foncer sur des gens avec un camion dans une artère achalandée de Toronto, un lundi d’avril ensoleillé? Quelles étaient les sources négatives d’inspiration, les fragilités de cet homme de 25 ans? Misogyne «célibataire involontaire»? Un Marc Lépine version torontoise? 

Il y aura plusieurs hypothèses, mais il faudra du temps pour le savoir avec certitude. 

Plus d’un an après la tuerie à la Grande Mosquée de Québec, on en apprend encore sur ce qui a incité Alexandre Bissonnette à s’attaquer aux fidèles musulmans en janvier 2017. La représentation sur sentence a permis d’apprendre qu’il aurait pu commettre son geste odieux à l’Université Laval ou au centre commercial Laurier Québec. Les musulmans sont devenus sa cible. «C’est la couleur du temps», est venu dire mardi au tribunal le psychiatre-légiste Sylvain Faucher. «Il y a 60 ans, ç’aurait peut-être été les Juifs, qui étaient identifiés dans le monde occidental comme les fauteurs de trouble, ceux qui nuisaient». 

Lundi, qu’est-ce qui a poussé Alek Minassian à louer une camionnette et à rouler pour tuer 10 personnes et en blesser une quinzaine d’autres? 

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Malgré l’attaque violente au camion-bélier à Toronto, les autorités canadiennes n’ont pas jugé nécessaire de modifier le niveau de menace terroriste au Canada. Alek Minassian aurait agi seul, sans motivation politique ou religieuse. La sécurité nationale au Canada n’est pas menacée. Cela ne rassure que partiellement.

Ce cas illustre une fois de plus que personne ne peut prétendre être pleinement en sécurité et à l’abri d’individus voulant accomplir leurs sombres desseins. Depuis Nice, en 2016, l’horreur s’est déclinée de différentes façons dans plusieurs villes du monde. Des attaques au camion-bélier ont été revendiquées par Daech, par des membres de l’extrême droite, par des islamophobes, mais d’autres sont l’œuvre de forcenés souffrant de troubles mentaux.

Alek Minassian a quant à lui publié sur Facebook un message dans lequel il se réclame d’Elliot Rodger, un meurtrier ayant abattu six personnes et blessé d’autres en Californie en 2014, avant de se suicider. Rodger détestait les femmes et se surnommait le «gentleman suprême». Où peut mener cette piste? Ce meurtrier a-t-il inspiré Minassian? La police a confirmé mardi que ce filon faisait partie de l’enquête et que la plupart des victimes sont des femmes.

Le chauffeur fou de Toronto, un ancien membre des Forces armées canadiennes, cherchait-il son moment de gloire, qu’importe la façon d’y parvenir?

Les derniers évènements nous amènent une fois de plus à nous interroger sur la diffusion des images des tueries de masse et de l’influence qu’elles peuvent avoir chez des personnes fragiles. 

Dans le cas du carnage à la mosquée, il ressort que Bissonnette avait visionné des vidéos en lien avec la tuerie dans une école de Colombine au Colorado, qu’il avait cliqué 200 fois sur des sites Web traitant de Dylann Roof, le suprémaciste blanc qui a enlevé la vie à neuf personnes de race noire dans une église de Charleston. La tuerie de Marc Lépine à Polytechnique a aussi attiré son attention.

Bien sûr, de telles images n’expliquent pas tout.

Si Alek Minassian voulait être le «héros» du jour, il devra partager le titre avec le policier Ken Lam qui a procédé sans violence à son arrestation. C’est l’élément remarquable et positif des tristes évènements de Toronto.