«En début de crise, plusieurs croyaient que la relance serait rapide et fulgurante et serait portée par une volonté de rattrapage. Malheureusement ce n’est pas le cas», écrit Jacques Paradis. 
«En début de crise, plusieurs croyaient que la relance serait rapide et fulgurante et serait portée par une volonté de rattrapage. Malheureusement ce n’est pas le cas», écrit Jacques Paradis. 

Comment notre industrie de la télé sortira de la crise?

POINT DE VUE / Tout le monde s’entend, à court terme nos priorités vont aux aînés, aux travailleurs de la santé et à tous les travailleurs essentiels. Cependant, les médias sont essentiels pour être bien informé et en cette période de crise on s’en rend particulièrement compte avec le rendez-vous quotidien que nous avons avec le premier ministre du Québec. 

Parce qu’on a plus de temps en confinement, on constate aussi que le volet divertissement des médias est essentiel à notre santé mentale, au soutien des valeurs qui nous sont propres et au maintien d’un star-système à la québécoise auquel nous nous identifions.

Qui dit divertissement dit aussi contenus de qualité. Pour produire ces contenus, ça prend des auteurs, des producteurs et toute une chaîne de production pour en arriver à la diffusion sur différentes plateformes télévisuelles ou numériques.

Si les chaînes de télévision généralistes et spécialisées nous informent et nous divertissent par le biais de contenus riches et de qualité, c’est grâce à une industrie de production forte et créative.

Au Québec, nous avons un écosystème particulier en matière télévisuelle par la création de sitcoms, de séries fiction et de variétés qui met en valeur nos vedettes et nous fait découvrir les talents d’ici.

Notre télé, un miroir de la société québécoise

Nous aimons nos animateurs, acteurs, chanteurs et musiciens et l’économie de la culture et des médias carbure au vedettariat. Le vedettariat télévisuel alimente d’ailleurs aussi les autres médias, que ce soit les journaux, la radio, les magazines et les plateformes numériques.

Les vedettes font partie de la famille et le phénomène du star-système à la québécoise est une forme de résistance domestique dans un océan anglo-saxon.

Le Gala Artis diffusé à TVA récompense le talent d’ici et attire près de 2 millions de téléspectateurs. Le Gala des Gémeaux en fait autant en attirant plus d’un million de téléspectateurs à Radio-Canada. 

C’est sans aucun doute le reflet du dynamisme de notre industrie. Mais il s’agit d’une industrie où règne une grande précarité, les techniciens, caméramans, réalisateurs, monteurs et autres sont majoritairement des pigistes ou des contractuels.

Et présentement, tout un pan de l’industrie de la production est sur pause.

On parle ici d’impact économique puisque l’industrie de la production télévisuelle et cinématographique représente près de 15 000 emplois et sa contribution frôle le milliard de dollars à notre PIB.

Comment les multiples composantes de cette industrie, à commencer par les créateurs, auteurs, scénaristes, comédiens, producteurs, ainsi que les diffuseurs et les organismes de financement comme Téléfilm, les Fonds Quebecor, Cogeco, Bell, Greenberg et la SODEC, vont-elles sortir de cette crise? 

Que peuvent-elles ou doivent-elles faire pour survivre et traverser cette crise afin de maintenir notre écosystème télévisuel bien vivant ? 

Ces questions se posent et sont bien sûr encore plus d’actualité avec la crise de la COVID-19. Sachant à quel point cette industrie est de plus en plus vulnérable face à l’omniprésence des NADA (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ et Apple TV).

En espagnol, NADA ça veut dire RIEN!

Les NADA affament nos diffuseurs de contenus, sans contribuer suffisamment aux productions et sans payer leur juste part fiscale à nos gouvernements, ne laissant pratiquement RIEN (Nada) ou que des miettes dans l’industrie de la production télévisuelle d’ici.

Souvenons-nous que le format CD a fait disparaître le vinyle, les plateformes numériques comme iTune ont fait disparaître les CD à leur tour et aujourd’hui l’écoute en continu, (comme Spotify, Deezer, Youtube Music, Google Play Music et Amazon Music), a mis iTunes sur la ligne de touche. 

L’histoire risque de se répéter dans l’industrie de la télé avec les plateformes de diffusion numérique des géants comme Netflix, Amazon Prime Video, Disney +, Apple TV et de nombreuses autres.

L’organisme de règlementation, le CRTC, convient que son cadre règlementaire doit être revu, notamment en raison de la place de plus en plus grande qu’occupent les plateformes numériques étrangères qui ne sont soumises à aucune obligation de contenu canadien imposé aux diffuseurs nationaux.

Si nous voulons changer le cours des choses, nous devons commencer par changer nous-mêmes nos modes de consommation télévisuelle en encourageant un peu plus les plateformes numériques d’ici. 

Le secteur de la télédiffusion contribue largement à l’économie québécoise. Il est primordial que les agences et les annonceurs repensent leurs stratégies et supportent davantage nos diffuseurs de contenus afin de soutenir la production au Québec. 

Malgré que les télédiffuseurs revoient leur modèle d’affaires pour s’adapter à cet environnement changeant et que leurs parts de marché demeurent appréciables par la qualité des contenus, les revenus publicitaires fondent comme neige au soleil! Moins il y a de revenus, moins il y a possibilité de créer du contenu de qualité à valeur ajoutée!

Ce qui est étonnant et rassurant c’est de constater, dans cette situation exceptionnelle et incertaine de confinement, que les citoyens aient accepté de changer leur mode de vie, leur consommation et leurs comportements. 

Aidons-les à choisir et consommer les produits culturels du Québec!

En ce moment, nous sommes en situation d’urgence et où, du jour au lendemain, l’industrie de la production télévisuelle a été mise à l’arrêt. 

L’Union des artistes (UDA), l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS) et l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) ont demandé unanimement la suspension des tournages et des productions liées à la télévision, la publicité et au cinéma en raison de la pandémie.

C’est des centaines d’activités de productions par année qui sont menacées et des milliers de personnes qui travaillent quotidiennement sur les plateaux de tournage qui sont mis au chômage.

La chaîne de production entre auteurs, producteurs et diffuseurs est en panne

La créativité et l’innovation de l’industrie télévisuelle québécoise ont toujours été au rendez-vous et alimentent l’imaginaire des téléspectateurs depuis des années.

Cependant, on constate que l’élan donné par les nouvelles plateformes de diffusion et de visionnement perturbe le marché et les modèles d’affaires existants de la télévision conventionnelle.

Avec les nouvelles habitudes de divertissement télé (ex.: Netflix, ICI.tou.tv, Club illico, Crave, Amazone Prime Video, etc.), on ne regarde plus la télévision comme autrefois. On est sélectif, on choisit où, quand et comment on regarde. On visionne en rafale et on enregistre des séries à regarder plus tard et sur un autre appareil.

La technologique a bouleversé les habitudes de consommation télé.

Netflix a lancé récemment Netflix Party permettant à ses abonnés de voir un film ou une série tout en conversant en direct avec un groupe d’amis sur la plateforme. 

Certaines plateformes de diffusion numériques donnent maintenant accès à des contenus sans publicité, ce qui vient également changer la dynamique concurrentielle.

Bref les télédiffuseurs d’ici traversent une période difficile et la survie des producteurs est tributaire de ces diffuseurs.

Penser un redémarrage comme ce qui était avant la crise serait une grave erreur!

En début de crise, plusieurs croyaient que la relance serait rapide et fulgurante et serait portée par une volonté de rattrapage. Malheureusement ce n’est pas le cas. 

Il faudra adopter une nouvelle approche, une nouvelle façon de faire, se renouveler pour répondre à de nouveaux besoins et de nouveaux modes de consommation.

Pour l’ensemble de l’industrie télévisuelle, c’est une occasion de se réinventer et de proposer des solutions innovantes et créatives.

Jacques Paradis est aussi ex-président de l’Association des agences de publicité du Québec (maintenant A2C)
Auteur d’un mémoire présenté à la Commission de l’Assemblée nationale sur l’Avenir des médias au Québec (2019)