Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
Le président américain Donald Trump.
Le président américain Donald Trump.

Comment Donald Trump pourrait-il remporter les présidentielles de 2020?

ANALYSE / La convention nationale démocrate débute aujourd’hui. Celle des républicains se tiendra dans une semaine. Depuis le début de juin, Joe Biden surfe sur les sondages avec une avance se situant constamment entre 10% et 15%. 

Cela n’est pas surprenant. Après tout, Trump s’est montré si incompétent dans la gestion de la pandémie que les États-Unis affichent le pire dossier dans le monde. Sans compter que les États-Unis ont enregistré au 2e trimestre, avec une baisse de 32,9%, la pire chute de leur PIB de leur histoire.

Dans ces circonstances, bon nombre d’analystes prédisent un véritable balayage démocrate, tant dans le vote populaire qu’au collège électoral. Presque tous les États balanciers (les fameux swings States) accordent une confortable avance à Biden. Entre une gouvernance erratique et une approche posée et empreinte de compétence, le public américain indique clairement son choix. Même la base des irréductibles pro-Trump semble s’amenuiser.

D’ailleurs, Allan Lichtman, le professeur de sciences politiques qui a développé 13 critères pour définir le vainqueur éventuel des présidentielles américaines, anticipe une victoire de Biden. Or, Lichtman a prédit correctement le résultat de chacune des élections présidentielles depuis 1984. 

Pourtant, Trump est loin d’être battu. Ce dernier est un gagnant dans l’âme. Il est prêt à tout faire pour l’emporter, en faisant ce qu’il a fait toute sa vie. Afin d’être admis à l’université, il en a envoyé un autre passer l’examen d’entrée à sa place. Dans la gestion de son empire, il a fait fi des lois en bon quérulent qu’il est. Comme le New York Times l’a démontré, il s’est remis de 6 faillites en ne payant pas sa juste part des impôts et en côtoyant les spécialistes en blanchiment d’argent.

En 2016, tous les indicateurs prédisaient une victoire d’Hillary Clinton. Il faut se rappeler comment, en août 2016, Trump implorait les Russes d’intervenir dans la campagne. Le rapport Mueller démontra qu’ils le firent dans les heures qui suivirent. En dépit de cela, Clinton avait une avance de 7% dans les sondages à deux semaines du scrutin. 

Toutefois, cette avance fut réduite à 2% à la suite de l’intervention de James Comey, le directeur du FBI. Ce dernier, un républicain, indiqua qu’il avait ouvert une enquête sur Clinton, en évitant cependant de mentionner que son bureau menait une enquête similaire sur Trump. Le reste fait partie de l’Histoire.

Un groupe bipartisan d’une centaine d’anciens généraux et anciens hauts fonctionnaires, incluant d’anciens secrétaires d’État et de la défense, fut formé pour parer à une éventuelle défaite de Trump. Ce groupe est convaincu que ce dernier va tout faire pour se maintenir au pouvoir. 

Sa stratégie est claire. Déjà il parle de l’élection 2020 comme étant la plus corrompue de l’Histoire. Il est disposé, le cas échéant, à contester l’élection devant le Congrès. En cas de défaite de Trump, les États-Unis pourraient assister pour une première fois en 230 ans à un  refus de transférer paisiblement le pouvoir à un autre parti politique.

Mais avant d’en arriver là, il va utiliser tous les moyens imaginables pour l’emporter. Toutefois, pour cela, Trump a besoin de faire réduire sensiblement le vote pro-Biden. Les républicains ont déjà radié fallacieusement 17 millions d’électeurs, essentiellement provenant des minorités raciales ou du milieu étudiant, entre 2016 et 2019.

Lors des primaires, les républicains dans différents États sous leur contrôle ont recouru à une stratégie pour réduire considérablement le nombre de bureaux de scrutin. Ils ont déployé cette stratégie particulièrement dans les districts à forte concentration démocrate. Par exemple, Louiseville et Lexington, deux villes du Kentucky ayant respectivement 600 000 et 300 000 habitants, n’avaient chacune qu’un seul bureau de scrutin. Les personnes désirant voter devaient attendre jusqu’à 8 heures. 

Par ailleurs, certains observateurs accusent Trump de vouloir profiter du coronavirus pour réduire la participation électorale. Des millions d’individus qui ont perdu leur emploi seront moins tentés d’aller voter, ayant des questions plus pressantes dont s’occuper. 

Par ailleurs, 40 millions d’Américains, dont 80% provenant des minorités afro-américaines ou latinos, étaient menacés en date du 1er août d’être évincés de leur logement pour défaut de paiement à cause du coronavirus. Or, pour voter, les lecteurs doivent prouver qu’ils ont une adresse permanente. Cette éviction représente une arme idéale pour diminuer le vote démocrate.

Maintenant, Trump est prêt à utiliser les pouvoirs de l’administration fédérale pour l’emporter, bien que la loi américaine défende à un président en exercice d’utiliser l’appareil administratif américain pour des fins électorales. Trump a déployé 75 000 policiers fédéraux dans des villes démocrates sous prétexte que les autorités locales ne remplissaient pas leur mission de maintien de la loi et de l’ordre. Or, ces mêmes policiers pourraient très bien intervenir lors du dépouillement des boîtes de scrutin selon le groupe bipartisan ci-haut mentionné.

Comme les démocrates ont plus tendance que les républicains à voter par la poste, dû au coronavirus, Trump s’est lancé dans une campagne qualifiant le vote par anticipation de frauduleux. Pourtant, cette pratique existe sans poser de problème depuis des décennies. Trump et sa famille ont encore voté par la poste dans les primaires de la Floride. D’ailleurs, le nouveau directeur du service postal, un fidèle adjoint de Trump, est accusé d’avoir retardé indûment le vote par anticipation dans les primaires de New York pour montrer que le système n’était pas fiable. 

La stratégie de Trump est en place. Les États-Unis risquent fort d’assister à une réduction considérable de la participation électorale. Au lieu d’avoir une participation de 130 millions d’électeurs, comme en 2016, on pourrait bien voir ce nombre diminué à tout au plus 80 millions. 

Mais grâce à cette réduction de la participation électorale, Trump pourrait bien se maintenir au pouvoir. Ce scénario peut paraître irréaliste et cauchemardesque. Il n’en reste pas moins qu’avec Trump, tout est possible. Il nous a montré qu’il ne respectait aucune règle morale, légale ou constitutionnelle.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.