Le nombre de plaintes liées aux matières résiduelles formulées par les citoyens de la Ville de Québec a explosé en 2018.

Collecte des ordures à la Ville de Québec: symptôme d’un mal plus profond

POINT DE VUE / Dans son rapport annuel pour l’année 2018, le Vérificateur général de la Ville de Québec nous apprend que 60 % des plaintes formulées par les citoyen.ne.s étaient liées aux matières résiduelles.

Parmi les 17 321 plaintes formulées à ce sujet, les principaux motifs invoqués étaient les suivants : 43 % pour des ordures non ramassées, 18 % pour des matières recyclables non ramassées, 10 % pour des encombrants non ramassés et 6 % pour des résidus verts. La principale cause de cette hausse : la décision prise en 2009 par la ville de privatiser son service de collecte des ordures ménagères l’ayant rendu dépendant des entreprises sous-traitantes.

Ce fiasco de la Ville de Québec illustre une fois de plus l’incapacité de la Ville de Québec à gérer de façon responsable et durable ses matières résiduelles. Ce fiasco s’ajoute à celui de la mauvaise gestion de l’incinérateur qui, pendant plus de 30 ans, n’a jamais été équipé de brûleur au gaz, allant ainsi à l’encontre des Lignes directrices relatives au fonctionnement et aux émissions des incinérateurs de déchets solides urbains du Conseil canadien des ministres de l’environnement émises en 1989. Ce fiasco s’ajoute à l’échec de réaliser le Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles de 2004 qui, à la suite de la mobilisation citoyenne, prévoyait un ensemble de moyens qui, s’ils avaient été mis en place, auraient permis la fermeture de l’incinérateur en 2024.

Ce fiasco s’ajoute aux tergiversations de la Ville de Québec concernant les solutions à privilégier pour retirer les résidus alimentaires et les résidus verts de l’incinérateur. À la suite d’une étude réalisée en 2005 par la firme Solinov, la Ville annonce en 2011, six ans plus tard, un premier projet de 50 000 tonnes, puis, en 2014, sans justification, elle annonce un nouveau projet 3,7 fois plus gros : soit la construction d’une usine de biométhanisation de 182,600 tonnes/an permettant le traitement de résidus alimentaires et des boues municipales. De 2014 jusqu’à la mi-avril 2019, la Ville nous annonce un coût de construction de 124,5 millions $. Puis, avant même la première pelletée de terre, qu’elle en coûtera 190 millions $ : soit 51 % plus cher que prévu.

Si le passé est garant de l’avenir, nous sommes justifiés d’être inquiet.e.s à l’égard de ce nouveau projet, l’un des plus gros en Amérique du Nord et reposant sur plusieurs choix technologiques hasardeux. Et notre inquiétude est d’autant plus grande que la Ville s’entête à ne pas écouter les préoccupations et les autres possibilités mises de l’avant par notre mouvement pour améliorer ce projet afin qu’il coûte moins cher pour les citoyen.ne.s de l’ensemble de la Ville de Québec et qu’il contribue à améliorer la qualité de l’air et la santé des citoyen.ne.s du quartier Limoilou.

Réal Caron, Québec

Jean-Yves Desgagnés, Québec

Marie-Hélène Deshaies, Québec

Véronique Laflamme, Québec

Membres du Mouvement pour une ville Zéro Déchet