Pierre Paradis

Clique et éthique

ÉDITORIAL / Est-ce vraiment parce qu’ils sont épris de justice ou parce qu’ils craignent le député Pierre Paradis que les libéraux ont voté contre le rapport de la commissaire à l’éthique et à la déontologie imposant au député de Brome-Missisquoi une pénalité de 25 000 $ pour avoir utilisé son allocation de logement au profit de sa fille et de son gendre?

«La clique avant l’éthique». «L’éthique à la carte». «Absence de boussole éthique». Les adversaires politiques utiliseront abondamment ces formules d’ici le 1er octobre. Avec raison. Ce n’est guère rassurant de voir qu’un gouvernement peut repousser du revers de la main un rapport d’enquête et mettre à mal une institution dirigée par une personne nommée par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

Il faut avoir de bonnes raisons pour accepter de traîner un tel boulet en campagne électorale et s’opposer à la commissaire à une période où la population est fort sensible aux questions éthiques et au bon usage des fonds publics.

Le premier ministre Couillard et le leader parlementaire Jean-Marc Fournier plaident qu’approuver le rapport de Me Ariane Mignolet aurait pu entraîner une injustice pour le député Paradis. Ils rejoignent celui-ci dans sa défense. «Il y aurait une profonde injustice à ce que M. Paradis soit le seul député qui fasse les frais d’une réforme discrétionnaire, de nature révisionniste et à portée rétroactive, de la part de la commissaire quant à son allocation de logement».

Le prix pour éviter une injustice à M. Paradis, député depuis 1980, risque d’être élevé pour le Parti libéral. MM. Couillard et Fournier ont beau dire qu’ils votent contre un rapport et son contenu et non contre la commissaire et l’institution, ce n’est pas ce que retiendront bon nombre de citoyens.

Ils retiendront plutôt que les libéraux ont demandé un avis juridique externe — du jamais vu —, qu’ils n’ont formulé aucune demande d’éclaircissement ou de précision à la commissaire, que majoritaires, ils ont voté contre la recommandation de sanction et que le député peut conserver les 25 000 $ que la commissaire réclamait.

Certains constateront de plus que les élus se gargarisent du mot éthique, à condition qu’aucune sanction n’accompagne les écarts et les manquements. Mme Mignolet note d’ailleurs que le processus d’enquête et l’intégrité du commissaire ont été mis en cause dans les deux cas où des enquêtes ont mené à des recommandations de sanction.

Pourquoi le gouvernement Couillard prête-t-il ainsi le flanc à la critique à quelques mois du scrutin?

Certes, les parlementaires doivent apprivoiser le code de conduite mis en place il y a huit ans. La commissaire doit également apprivoiser son rôle et les parlementaires doivent accepter que son style soit différent de celui de son prédécesseur. La commissaire invite le bureau de l’Assemblée nationale à arrimer ses règles au code d’éthique et de déontologie. Les élus ont le devoir de le faire sans fragiliser une institution.

«Donc, il vaut mieux mettre à mal une institution importante pour notre démocratie que de se mettre à dos le député de Brome-Missisquoi, et qui sait ce qu’il pourrait nous raconter», a lancé jeudi le député péquiste Pascal Bérubé.

Dans sa réplique à la commissaire, Pierre Paradis note que «ceci n’est pas, malgré ce qu’on veut faire croire, qu’une simple histoire de logement». Il réclame une enquête pour déterminer si son rôle en tant que ministre de l’Agriculture a pu être compromis de mauvaise foi et si son exclusion du cabinet a pu servir des fins politiques. Il se dissocie aussi du leadership actuel du Parti libéral.

L’équipe de Philippe Couillard doit espérer qu’après avoir rejeté le rapport de la commissaire et lui avoir évité de débourser 25 000 $, M. Paradis sera bien tranquille et bien discret.