Les signataires de la lettre se disent épuisées et dénoncent, entre autres, le manque de personnel dans les CHSLD.

CHSLD: nous tenons le système sur nos épaules

Depuis la réforme de M. Barrette, nous, préposées aux bénéficiaires (PAB), voyons chaque jour se dégrader le système des CHSLD, et ce, de façon particulièrement catastrophique depuis un an. Depuis 12 longs mois, la pénurie de PAB est chronique et ce sont nous, celles qui restent, qui devons prendre en charge le travail des employées manquantes.

Nous tenons depuis 12 mois ce système sur nos épaules, sans aucune reconnaissance, alors que nos gestionnaires se contentent d’exiger que nous restions en poste, même après avoir couru toute la journée pour faire à deux ou trois le travail de quatre. Ou d’exiger que TOUS les soins soient donnés, sans nous dire comment il serait physiquement possible de le faire, en traitant même le manque de bains ou de soins comme un manque d’organisation de notre part plutôt que comme un problème de pénurie de personnel.

Depuis un an, nous devons également vivre avec une direction centralisée, qui ne nous côtoie plus, qui ne répond plus à nos appels à l’aide et ne nous offre plus de soutien. La gestion ciussienne de M. Barrette nous a donné des gestionnaires déconnectés de la réalité, rompus à une gestion des ressources humaines qui porte mal son nom, faisant fuir les gestionnaires cherchant réellement des solutions pour améliorer les choses (car il y en a!). Nous payons cher une bureaucratie qui, non contente de ne pas faire son travail, traite ses employés comme étant le problème.

Loin de s’attaquer à la source de nos difficultés, à ce qui fait en sorte que les résidents ont des bains aux deux ou trois semaines, ne sont pas levés, ou rasés, etc., on préfère nous dire de nous arranger, et nous donner des formations futiles ou réformer les menus (immangeables depuis, par ailleurs). Loin de s’améliorer, la situation empire, car après un an à souffrir de cette situation, plusieurs tombent en burn-out ou se blessent sérieusement, et celles qui nous quittent ne peuvent plus être remplacées.

Malgré les reportages, les articles, les plaintes des familles et des résidents, les appels à l’aide se heurtent à un mur. Nous sommes un service essentiel, et nous en sommes conscients. On en a d’ailleurs souvent profité pour nous contraindre plutôt que de chercher à rendre nos salaires et nos conditions de travail attrayants afin de s’assurer une relève.

Plus aucun jeune ne veut faire un travail aussi dur (physiquement et psychologiquement) pour un tel salaire. Ne serait-ce pas la moindre des choses si nous sommes aussi essentielles que vous le dites?

Rien ne change, le personnel est épuisé. Devant l’inaction et l’indifférence de nos dirigeants et de nos gestionnaires, nous n’avons d’autres choix que de dire : NON!

NON aux heures supplémentaires obligatoires pour un personnel déjà épuisé;

NON à l’obligation impossible et déconnectée de donner tous les soins même en situation de pénurie;

NON surtout aux directives irréalistes tombées d’en haut, sans jamais chercher à véritablement régler le problème.

Et, surtout, n’ayez pas le culot de répondre, comme d’habitude, que «des millions de dollars ont été investis» et que «les choses se sont améliorées». Nous, et tous ceux dont nous nous occupons, méritons mieux que votre inaction et vos mensonges.

Kathryn Fortin, PAB, Québec

Ont aussi signé la lettre : Lina Cloutier, Anne Fiset, Hélène Bourget, Mélanie Germain, Dominique Trempe, Érika Langlois, Chantal Bernais, Marie-Josée Lavoie, Maritza Moreira, Cetou Mukanda, Halima Mohamed, Anastasia Magoronnor, Vincent Desmeules, Line Lortie, Betty Quigley, Jessie-Alexandra Émond, Cindy Roy, Jessica Fortin, Stéphane Charette, services alimentaires; Line Lemieux, Karine Rochette, Marc Giguère, entretien ménager; Jennyfer Vaillancourt, Caty Tremblay, Danielle Reeves,(retraitée); Julie Gingras, Michel Defoy, auxiliaire; Francesca Bernier, Mélanie Joseph, Robin Pelletier, Julie Chantal, Martine Saint-Gelais; Kathy Gagnon, Julie Côté, auxiliaire; Chantale Racette, Roxane Nadeau, Renée Labrecque, ex-travailleuse de la santé; Anne Journeault, Sophie Rouleau, Anne Duchesne; Sandra Hamel