Choix de soins de fin de vie

Lettre en réponse à Monsieur Yvon Bureau

Monsieur Bureau,

Nous souhaitons apporter quelques précisions à vos propos parus le 27 janvier en réaction au texte «Accès aux soins palliatifs dans les CHSLD : inquiétant manque de couverture médicale», publié le 19 janvier dernier.

La Société québécoise des médecins de soins palliatifs (SQMDSP) et l’Association québécoise de soins palliatifs (AQSP), comme leur nom l’indique, sont deux regroupements qui ont pour mission de se soucier de la qualité des soins palliatifs offerts au Québec par des équipes multidisciplinaires et de leur accessibilité pour toute personne qui privilégie ce choix comme soins de fin de vie.

Si, comme vous l’écriviez, vous vous inquiétez du fait que la présidente et la vice-présidente de ces regroupements ont signé le manifeste du Collectif des médecins contre l’euthanasie, vous ne vous êtes pas donné la peine de comprendre ce que l’on fait dans la vie : des soins palliatifs! Sachez par contre que nos membres sont libres de pratiquer des soins palliatifs et d’offrir l’aide médicale à mourir. Certains le font, d’autres pas. Chacun a droit à son opinion quant aux enjeux sociétaux et politiques que soulèvent ces deux options de soins de fin de vie ainsi qu’au respect.

Nous ne sommes pas là non plus pour défendre les intérêts financiers des médecins qui pratiquent les soins palliatifs, car soyons honnêtes; nous faisons partie des médecins québécois dont la rémunération annuelle est la moins élevée. Non, passer des heures au chevet d’une personne en fin de vie n’est pas payant comparativement à voir des patients aux 15 minutes. Nous pouvons par contre vous témoigner combien c’est valorisant, et cela vaut tout l’or du monde.

Lorsque vous nous accusez de ne pas accueillir l’aide médicale à mourir au sein de la programmation de notre colloque annuel, ce qui est faux puisque nous avons eu ateliers et conférences sur le sujet, c’est pour la simple et bonne raison que notre colloque s’adresse aux professionnels qui œuvrent en soins palliatifs et offre des crédits de formation continue aux participants venus se perfectionner. Si nous plantions des choux, nous organiserions un colloque sur la culture des choux et les personnes qui y participeraient seraient des planteurs de choux.

Mais ce qui est important, au-delà de toutes ces précisions que nous ne devrions pas être obligées de faire et au-delà du ton et du discours d’opposition que vous tenez à notre endroit, c’est que les personnes en fin de vie au Québec et leur famille aient accès à des soins, peu importe l’option qu’elles choisissent, soit les soins palliatifs ou l’aide médicale à mourir. Ce qui est malheureux, c’est que ce n’est pas le cas, car les soins palliatifs ne sont pas accessibles partout. Cela nous désole, comme médecins et citoyens d’une société démocratique.

Permettez-moi, Monsieur Bureau, de terminer en vous racontant une anecdote. Une charmante dame de 87 ans me demandait si elle devrait choisir l’euthanasie pour s’assurer de mourir dans la dignité. «Pourquoi vous me posez cette question?» lui ai-je demandé. «Parce que chaque fois que j’ouvre les journaux, la radio ou la télévision, on me dit combien c’est merveilleux de mourir par l’aide médicale à mourir et parce que j’ai peur de mourir dans la douleur en CHSLD ou à l’hôpital.» On ne devrait pas avoir de telles craintes dans le réseau de la santé québécois, mais la place accordée à l’aide médicale à mourir dans l’espace public, dans les médias et dans le réseau de la santé rend cette peur réelle. Monsieur Bureau, nous nous entendons cependant sur une chose : transférer un résident de CHSLD dans les dernières heures de sa vie, faute de soins, ne doit pas être une option.

Louise La Fontaine md PhD
Présidente AQSP
Présidente comité éthique AQSP

Christiane Martel md
Présidente SQMDSP